La plus grande aciérie d’Europe sur le point de fermer

L’aciérie située à Tarente dans le sud-est de l’Italie est considérée comme trop polluante.

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La plus grande aciérie d’Europe sur le point de fermer

Vendredi soir dernier, la juge Patrizia Todisco a adressé une notification à la direction de l’aciérie pour lui indiquer qu’elle ne pouvait "pas prévoir de faculté d'utilisation du site" à des "fins productives" pendant la période d'assainissement de cette énorme usine.

Le site est sur la sellette depuis plusieurs mois, du fait d’une émission de grandes quantités de polluants. Les 11 500 salariés du groupe craignent une fermeture du site. Une inquiétude qui avait été apaisée la semaine dernière par l’annonce de la mise sous séquestre de l’usine. Le tout en laissant à la direction la faculté d’utilisation, et donc implicitement la poursuite de la production d’acier.

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Mais cette nouvelle déclaration de la juge semble aller dans la direction d’un arrêt de la production d’acier dans l’usine italienne. La juge est notamment revenue sur ses précédentes initiatives en précisant par exemple que la mise sous séquestre qu’elle avait décrétée ne pouvait servir qu’à la dépollution et à la mise aux normes. La juge s’appuie notamment sur une étude menée en 2011 montrant un excès de mortalité dans la région évalué entre 10 et 15%.

Un appel en cours

Dès samedi, le patron d’Ilva, Bruno Ferrante, a annoncé vouloir faire appel de la décision de la juge et a convoqué un conseil d’administration. "Dire non à l'activité productive signifie éliminer la lymphe vitale de l'entreprise, sa raison d'être, a-t-il déclaré au journal Corriere della Sera. Désormais, il est clair qu'une partie de nos interlocuteurs veulent la fermeture mais nous nous battrons jusqu'au bout".

Face à cette situation, le chef du gouvernement italien Mario Monti a annoncé qu’il allait envoyer des ministres en mission sur le site de Tarente pour éviter la fermeture. Il a donc demandé aux ministres du Développement économique Corrado Passera, de l'Environnement Corrado Clini et de la Justice Paola Severino, de se rendre sur place le 17 août, selon des sources gouvernementales qui se sont confiées à l’agence Ansa. Le chef du gouvernement cherche à trouver une solution et à savoir comment le gouvernement peut s’attaquer à ce dossier.

Le Secrétaire à la présidence du Conseil, Antonio Catricalà, a fait savoir le 13 août qu'il envisgeait de saisir la Cour constitutionnelle. "Nous demanderons à la Cour Constitutionnelle de vérifier qu'un de nos pouvoirs n'ait pas été violé: celui consistant à mener la politique industrielle", a expliqué ce haut responsable, dans une interview à Radio Uno. Il estime que l'arrêt de la production serait une décision gravissime.

Du côté des responsables politiques, le président de gauche de la région des Pouilles, Nichi Vendola, a qualifié la situation de "dramatique réclamant un maximum de clarté et responsabilité". Il a dit ne pas comprendre "si nous sommes devant un processus irréversible de fermeture de l'usine ou devant un parcours d'instructions à respecter", en soulignant la nécessité de préserver l'emploi tout en assainissant le site.

Concurrence

Pour le ministre de l’Environnement italien, Corrado Clini, l’arrêt de la production d’acier favoriserait les concurrents européens du groupe italien, et notamment les Chinois. Dans un entretien accordé au journal Corriere della Sera, il s’interroge : "quand on parle de bloquer la production, il faut assumer ses responsabilités et je ne parle pas seulement des 20.000 salariés qui dépendent directement de l'Ilva de Tarente mais des sites qui utilisent en Italie la production d'Ilva: qui fournira l'acier à l'économie italienne ?". Selon lui, "l'Italie y perdrait, alors qu'à la fenêtre je vois déjà plein de concurrents européens sans parler des Chinois qui en tireraient certainement un gros avantage".

Il atteste que cette annonce se percute frontalement avec ce que le ministère du Développement durable avait voulu pour ce site, à savoir un plan de dépollution et qu’elle ne tient pas compte du travail effectué par le gouvernement ni de son propre rôle.
Le gouvernement a alloué récemment plus de 330 millions d'euros à la dépollution et la remise aux normes de l'usine de Tarente qui produit à elle seule 9 des 28 millions de tonnes d'acier fabriquées annuellement en Italie.

Dans la journée du 13 août, Mimmo Panarelli, secrétaire général de Fim, syndicat des ouvriers de la sidérurgie a souligné que "des recours seront déposés auprès de toutes les instances possibles contre la décision du juge".

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