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La pluie menace les cultures de printemps

Franck Stassi , ,

Publié le

Entretien Les fortes pluies qui s’abattent depuis le début de la semaine sur la France ne seront pas exemptes de conséquences sur les grandes cultures, explique à L’Usine Nouvelle Sébastien Poncelet, consultant pour le cabinet en gestion du risque de prix Agritel. Les cultures de printemps, dont les semis viennent d’être réalisés, sont les plus sensibles.

La pluie menace les cultures de printemps © DR

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L’Usine Nouvelle - La forte pluviométrie actuellement constatée peut-elle affecter les grandes cultures?

Sébastien Poncelet - Il y a un dicton assez aimé des agriculteurs, selon lequel le mauvais temps est celui qui dure trop longtemps. C’est vraiment une réalité aujourd’hui : on a tendance à dire qu’avoir de l’eau au printemps est très bon pour les plantes… mais en avoir trop, c’est mauvais ! De la même manière que l’on dit qu’un temps trop ensoleillé et trop sec n’est pas bon pour les plantes, un printemps trop humide ne l’est pas non plus. On réalise des rendements records lorsqu’il y a suffisamment d’eau et de chaleur.

Comment les plantes se sont-elles comportées lors des derniers épisodes de ce type?

D’après nos données, les années d’excès de chaleur (ou de manque d’eau) ou, à l’inverse, de fraîcheur et d’excès de pluviométrie ne sont pas des années où l’on réalise des rendements au-dessus de la tendance. Toutefois, les années d’excès d’eau lors du printemps conduisent, statistiquement, à moins de mauvaises récoltes que les années où il fait très chaud et très sec. Une forte pluviométrie a été enregistrée aux printemps 2008 et 2013 : les rendements y ont été proches de leur tendance normale, mais pas au-dessus. Actuellement, on s’éloigne des capacités à avoir de très bons rendements.

Quelles sont les conséquences potentielles sur les cultures de printemps, dont les semis se sont récemment terminés?

Le principal risque pour les cultures de printemps consiste en un retard de développement. Les cultures de printemps se sèment en avril/mai, et se récoltent en septembre/octobre. Elles poussent en un temps très court, c’est une course contre la montre. Les cultures qui ont été semées il y a quelques semaines (maïs, tournesol) sont fortement handicapées, puisque les graines qui commencent à germer sont asphyxiées par l’excès d’eau. Elles manquent de chaleur. Dès qu’une plante pousse lentement, elle se fait attaquer par les ravageurs. Les jeunes plantes sont ralenties dans leur développement par la fraîcheur et l’excès d’eau, ce qui les expose encore plus aux limaces, aux oiseaux…

Qu’en est-il pour les cultures d'hiver?

Elles en sont au stade de reproduction de la plante (création des grains, notamment pour les céréales, comme le blé). Le blé est semé en octobre et récolté fin juillet. Une culture d’hiver qui a dix mois devant elle a le temps de rattraper un accident de parcours.
L’excès d’eau favorise le développement de maladies cryptogamiques (ou fongiques) : champignons, rouilles, septoriose, etc., d’où un risque sur les rendements. Si la plante prend du retard, on ne part pas forcément sur de bonnes bases pour atteindre l’optimum du rendement, mais on peut essayer de rattraper cette période. Néanmoins, il faut rappeler que tout retard est préjudiciable. Si on perd 15 jours car les plants surnagent, leur période de développement est compromise.

Comment ce retard peut-il être rattrapé?

Les agriculteurs sont très à l’affût pour soigner leurs cultures. Ils interviennent de façon rigoureuse pour freiner le développement de maladies, et il y a de fortes chances qu’ils gagnent ce combat. Il faut cependant noter que sur les parcelles inondées, si le blé est couché, il sera plus compliqué à récolter.

Propos recueillis par Franck Stassi

Le maïs, plante sensible

"La pluie est un problème qui peut engendrer des risques de maladies complémentaires. Il y a déjà des problèmes importants de virose qui ont été identifiés, complète Renaud de Kerpoisson, président-fondateur de la société de conseil en gestion du risque de prix Offre et demande agricole. L’an dernier, la récolte de maïs a été faible en France, avec une absence de stocks de report. Le maïs, plante tropicale, a besoin de chaleur pour pousser. Cette année, on a pris 15 jours de retard. Cela générera des baisses de rendement, et peut-être une envolée du prix en juin-juillet-août. En août, le blé pourrait faire office de roue de secours pour nourrir le bétail."

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