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L'Usine Matières premières

La Plastics Vallée essaie le recyclage

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Un gisement de matières plastiques inexploité existe. On en est convaincu entre Genève et Lyon, où sont étudiées plusieurs pistes de recyclage.

La Plastics Vallée essaie le recyclage © pascal guittet ; Dragan Nikolic

Produire des matières premières de seconde vie à forte valeur ajoutée à partir des meubles de jardin, des arrosoirs, des jouets et autres fenêtres provenant de déchetteries. C’est l’ambition de Triveo, une société créée à Izernore (Ain) en novembre 2014 par quatre entreprises de la Plastics Vallée (Broplast, Indco, Gavand et Nigra Fils), le Pôle européen de la plasturgie (le PEP, de Bellignat, dans l’Ain), et le groupe d’insertion Aire. Triveo explore une voie de recyclage des matières plastiques destinées à l’enfouissement ou à l’exportation, dans une logique d’économie circulaire de valorisation des déchets.

Une étude conduite par le PEP a évalué à 1 100 tonnes le gisement potentiel après la fermeture du marché chinois d’importation de déchets plastiques et la restriction des accès à l’enfouissement. Les investissements nécessaires pour le recyclage de ces matériaux pourraient être amortis à partir d’au moins 800 tonnes par an. Une usine va être construite d’ici à la fin 2016 sur un terrain cédé par la communauté de communes du Haut-Bugey (Ain). Cet investissement de 1,2 million d’euros sera pris en charge par Aurea, le groupe parisien dont Broplast fait partie. Le bâtiment sera ensuite loué à Triveo. Sur la base d’un travail de caractérisation de ces matériaux effectué par deux élèves ingénieurs de l’Institut national des sciences appliquées (Insa), les actionnaires de Triveo ont choisi des solutions techniques manuelles pour trier les lots, les gros volumes réceptionnés. La chaîne de tri est reconfigurable en fonction de chaque lot et complétée par des machines simples, peu automatisées et peu onéreuses, pour homogénéiser et broyer ces matières plastiques de seconde vie. Un choix adapté à la nature des déchets et aux objectifs visés afin de limiter le déficit des deux premières années.

Des essais sur des lots de 5 tonnes

« On ne s’interdit pas, à terme, de produire du compound après filtration, précise Hervé Vion Delphin, le président de Triveo. Mais notre projet relève de la philosophie d’un chantier d’insertion avec de la main-d’œuvre peu qualifiée, apportée par l’association Aire, et formée par la société Broplast qui dispose d’un encadrement compétent dans le domaine du traitement des matières plastiques. » Triveo a recruté quatre personnes et prévoit d’en embaucher six autres d’ici à la fin de l’année. La société réalise des essais industriels sur des lots de 5 tonnes dans deux entreprises de Rhône-Alpes et de Normandie, dont un transformateur qui pourrait faire son entrée à son capital début 2016.

Triveo propose de réaliser des audits chez des industriels pour estimer leur gisement potentiel de matières plastiques recyclables. « L’équilibre économique est difficile à trouver », concède Charlotte Thévenet, la directrice des programmes de Plastipolis, le pôle de compétitivité de la plasturgie installé à Bellignat (Ain). Le prix des matières premières a baissé et l’écart avec celui des matières recyclées est « moins intéressant qu’auparavant ». Seule une interdiction de l’enfouissement en Europe pourrait dynamiser la filière. « Si Triveo prouve son efficacité, le concept pourra être exporté dans d’autres régions », indique Charlotte Thévenet.

Le contexte économique n’est guère favorable. Quelques entreprises comme Cobeplast, Plasti Rhône-Alpes et MPI Recyclage et Environnement interviennent dans ce secteur dans la région. Ereplast s’est, par exemple, spécialisée dans la régénération de chutes industrielles de PVC en provenance de l’est et du sud-est de la France. La société dispose de lignes de broyage, d’extrusion et de micronisation. En 2014, le volume traité par la société de Porcieu-Amblagnieu (Isère) est tombé à 2 000 tonnes. Celle-ci est confrontée de plein fouet à la crise du bâtiment, son principal pourvoyeur. La baisse du prix des matières premières, dans le sillage de celui du pétrole, n’incite guère l’entreprise à l’optimisme, quand bien même les prix ont tendance à « repartir à la hausse depuis quelques jours ».

Traiter aussi les composites

Des industriels ont mis en place leur propre filière de recyclage. Vercors Thermoformage a créé un réseau de tri et de recyclage dans un rayon de 200 km autour de son usine de Loriol (Drôme). L’éco-conception est intégrée dès la phase de pré-étude des projets dans cette entreprise qui a développé les premières prises d’escalade thermoformées au monde, ainsi que des produits à base de biomatériaux.

Le pôle de compétitivité Plastipolis est aussi engagé dans d’autres programmes de recyclage, relatifs en particulier aux véhicules hors d’usage qui peuvent comprendre des matières plastiques fabriquées avec des additifs interdits sur le Vieux Continent. En partenariat avec Axelera, le pôle de compétitivité chimie-environnement de Lyon et Rhône-Alpes, et des groupes industriels, une réflexion est engagée pour valoriser les plastiques issus des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), en combinant des voies chimiques, physico-chimiques et énergétiques. « Il s’agit de savoir comment on arrive à trier ces différents plastiques, comment les réutiliser, à quel niveau de pureté, pour quelles applications », précise Charlotte Thévenet.

Autres thèmes d’actualité : le recyclage des composites intégrant des charges et des fibres renforçantes, en particulier des matériaux chargés de fibres de verre et de charges minérales. Des essais sont conduits avec une petite cimenterie pour démontrer la faisabilité de certains process. Le projet Aéronautique déchets composites (Aerdéco), auquel participe Plastipolis, porte sur le recyclage des martériaux composites issus de l’industrie aéronautique, en utilisant le procédé de solvolyse qui permet d’extraire les fibres de carbone. De nouveaux composites ont été fabriqués à partir des fibres recyclées avec des propriétés mécaniques proches de celles des matériaux de départ. Mais la miniaturisation croissante des composants reste un vrai défi… 

Un contrat d’expérimentation pour fortifier la valorisation


Accélérer le développement d’une filière de recyclage des plastiques était l’une des priorités du contrat passé entre l’État et le comité stratégique de la filière chimie et matériaux. Durant plus d’un an, Deloitte a décortiqué, avec l’aide de huit syndicats professionnels et de trois éco-organismes, la chaîne de valeur du recyclage des plastiques, tout en s’inspirant des situations allemande et britannique. Le cabinet a présenté ses conclusions le 23 mars aux industriels et institutionnels. Un contrat d’expérimentation pourrait permettre de fortifier une industrie du recyclage et de la valorisation des plastiques. Avec l’ambition de recycler, dès 2020, un volume annuel de 300 000 tonnes supplémentaires de déchets plastiques. Mais aussi de disposer de capacités de production et d’utilisation de 500 000 tonnes de combustibles solides de récupération. Ces déchets solides broyés, généralement exclus des tris, peuvent servir à la production d’énergie. Le développement d’un tel écosystème permettrait de créer 2 000 emplois, selon Deloitte. Reste à étudier les mécanismes économiques, financiers et fiscaux à mettre en place. L’animation de la filière, elle, sera confiée à l’association Alliance chimie recyclage.

Gaëlle Fleitour

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