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La planète connectée des collaborateurs d’Accenture

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Transformation numérique Chez le géant du conseil, les nouvelles technologies sont utilisées à tous les étages du management. Des pratiques transposables à tous les secteurs.

La planète connectée des collaborateurs d’Accenture
Assis sur des fauteuils blancs, les hologrammes du PDG et de sa DRH animent un meeting sur un autre continent. Seuls quelques cadres de la direction générale ont droit à un bureau?; s’ils sont de passage, une simple cabine fera l’affaire. La petite séance de selfies avec le PDG est incontournable en Asie pour motiver les troupes. Pourquoi investir dans l’immobilier quand le cœur des interactions entre collaborateurs se fait via le réseau interne et des visioconférences??

Je dirige un groupe de 380 000 personnes et de 30 milliards de dollars de chiffre d’affaires avec ce petit objet ! », explique Pierre Nanterme, le PDG monde d’Accenture, en agitant son smartphone. À l’intérieur, une application clé : Skype for business, son compagnon au quotidien. Pionnier du « sans bureau fixe » à la fin des années 1990, la méthode Accenture a fait des émules dans les entreprises à défaut de fans parmi les salariés. Le géant du conseil déploie aujourd’hui une organisation innovante qui s’appuie sur une utilisation intensive des outils numériques.

Première révolution : la disparition du siège social. On serait bien en peine de pointer sur une carte le QG mondial d’Accenture. Bien que très coordonnée quant à sa stratégie, la société n’a pas de « headquarters », contrairement à ses concurrents. Dans le conseil, Deloitte dispose d’un siège à Londres ; tandis que dans les services informatiques, IBM pilote ses filiales depuis la petite localité d’Armonk, dans l’État de New York. Chez Accenture, le PDG est à Paris (lorsqu’il n’est pas dans un avion), le directeur financier à Atlanta et le directeur de la stratégie à Londres [voir notre carte page suivante].

Ce matin de mai, dans l’antenne parisienne d’Accenture, on croise le « chief operation officer », Jo Deblaere. De passage dans la capitale, il a pris place dans un bureau-cabine d’à peine plus de 2?m2. À peu près le même que celui qu’occupe la directrice de cabinet du PDG. Ici, personne ne tire sa légitimité de l’épaisseur de la moquette ou du nombre de fenêtres de son bureau. Celui de Pierre Nanterme est à peine plus grand et juste agrémenté d’un bronze de Dali et de quelques peintures modernes. Le but de cette organisation est « d’être près des marchés et, surtout, d’éviter la bureaucratie, l’entre-soi. Ici, je suis le seul de la direction générale », affirme le PDG.

Chez Accenture, il n’y a pas que les patrons de zones géographiques et les cinq directeurs des lignes de business qui sont dispersés à travers le monde. Tous les grands directeurs des fonctions support aussi. Pour communiquer au quotidien, c’est avec Skype (via le mobile ou l’ordinateur) que cela se passe. Pour les occasions spécifiques, les salles de téléprésence sont mobilisées. Et Pierre Nanterme réunit physiquement les 19 dirigeants du groupe chaque trimestre, pour prendre le temps d’aller au fond des choses : la réunion dure deux jours et demi. Ensuite, la responsabilité est de mise. « Pour garder de l’agilité quand on est un géant, il faut une discipline de fer. Que chacun fasse son job et moi, le PDG, le mien. J’ai été chasseur alpin : en cas de guerre, je suis chef choc et feu », témoigne celui à qui il ne faut pas la raconter.

Son mix de rendez-vous IRL (« in real life ») et virtuels vise à rationaliser le temps souvent improductif des transports. « Je suis obsédé par l’efficacité de mes déplacements, le monde est trop grand, souligne-t-il. Faut-il que je voie physiquement les salariés dans un événement qui privilégie la convivialité ? Ou s’agit-il juste d’introduire un meeting sur scène pendant 30 minutes ? Si c’est la dernière option, la réponse est non. » La recherche d’optimisation le pousse à systématiser sur un lieu des meetings avec ses différents publics cibles : salariés, clients, investisseurs et presse économique.

meeting en hologrammes

Depuis deux ans, une autre technologie est venue au secours du patron : l’hologramme. C’est celle qu’il emploie désormais pour le meeting annuel des 5 000 nouveaux cadres dirigeants du groupe. Après avoir mis sa tête dans un écran au-dessus d’un robot articulé, Pierre Nanterme est apparu en hologramme de buste derrière un pupitre, avant de s’incarner au printemps dernier en hologramme en pied (depuis Paris), conversant sur scène avec l’hologramme de sa DRH (depuis Boston), dans un rassemblement qui se tenait à Chicago. Effet garanti sur l’auditoire. « La digitalisation, c’est mon rêve absolu. Cela permet l’ubiquité », confie le PDG.

La méthode de management est utilisée à tous les niveaux de l’entreprise. Sur le bureau de Christian Nibourel, le patron d’Accenture France et Benelux, à la tête de 6 200 collaborateurs, est installé depuis plusieurs années un dispositif de caméra dit « round table ». Avantage par rapport à l’horrible petite pieuvre noire de « conf call » qui traîne désormais dans toutes les salles de réunion de la planète, elle permet de converser aux quatre coins du pays en son et en image. La caméra s’oriente automatiquement vers la personne de la réunion qui prend la parole. Et les images retour sont transmises sur le PC de chacun ou projetées sur l’écran adjacent. Tous les téléphones fixes ont disparu. C’est via Skype, avec ou sans image, que chacun communique avec ses interlocuteurs.

favoriser les relations transversales

Pour les communications destinées à une audience plus large, une autre solution existe. Christian Nibourel convie chaque mois ses 500 senior managers à un chat vidéo. Chacun se connecte via son PC depuis son bureau ou le canapé de son salon pour l’écouter faire un compte-rendu de l’activité et des objectifs, et pose ses questions via la messagerie instantanée interne. « En une heure, c’est fait ! Et en évitant que les collaborateurs s’infligent une heure et demie de déplacement en voiture ou quatre en avion », se réjouit-il.

Le numéro de téléphone du manager français est celui de son PC. Celui de son mobile est aussi accessible, mais son usage est plutôt réservé aux proches ou aux urgences. Pour le dirigeant, ces moyens de communication rendent les salariés plus libres de leurs mouvements. Au risque de la sursollicitation numérique ? « On peut indiquer que l’on est indisponible et se mettre sur “off” », se rassure Christian Nibourel, qui souligne que la question de l’envahissement se retrouve aussi bien dans la sphère privée que professionnelle. « La connexion est permanente et tout se mélange. Moi-même, je peux discuter avec mes filles entre deux appels, c’est une problématique de la société contemporaine en général. » Il indique toutefois mener certaines réunions « PC éteints obligatoires ».

Tout le système de communication mis en œuvre par l’entreprise ne se résume pas à la gestion des relations hiérarchiques et à l’animation d’équipe, loin s’en faut. L’autre enjeu est de favoriser les relations transversales pour « casser les silos ». Pour y parvenir, la société de conseil en stratégie et en technologie s’appuie sur un réseau interne extrêmement dynamique : Accenture people. Chaque collaborateur y est identifié avec son rôle, son expertise, son responsable, ses missions passées ou en cours. Un certain nombre de ces informations sont renseignées de manière automatique via SAP. Chacun peut mettre sa photo et renseigner sa bio (avec des infos comme ses hobbys ou ses vacances préférées), la démarche n’est pas obligatoire mais 70 % des collaborateurs l’ont réalisée. La moyenne d’âge est de 32 ans chez Accenture, d’où sans doute le soin apporté à leur présentation virtuelle.

Les communautés d’intérêt auxquelles appartiennent les salariés sont aussi spécifiées. Pourtant, lorsqu’on passe derrière les PC, où s’affiche la bannière verte d’Accenture people, on ne voit pas un annuaire. Sous l’en-tête, le fleuve d’un fil d’actu qui n’a rien à envier à Facebook s’anime. Car le cœur du réacteur d’Accenture people est un agrégateur de contenus de toute l’activité des collaborateurs, Stream. Toutes les actions des collègues auxquels on est abonné sur les différentes plates-formes internes de la maison entraînent des notifications dans le flux.

Pourquoi instituer un tel média ? Parce que la productivité dans les services consiste aussi à ne pas réinventer la roue tous les matins ! L’expérience et les connaissances des uns doivent être accessibles et visibles aux autres. Derrière l’agrégateur qui notifie, on trouve donc plusieurs plates-formes qui accueillent spécifiquement les contenus : Yammer (pour les communautés d’intérêt), Media exchange (une sorte de YouTube interne), Collections (un mix de Pinterest et d’Instagram) et la principale : le Knowledge center, surnommé « KK » en interne. Il archive les projets menés, les retours d’expérience, les méthodologies, les « meilleures pratiques ». Certains documents ont des accès limités, selon le degré de confidentialité, mais l’auteur est toujours identifié pour être joint. Tous connectés ! 

Un méta-réseau social pour faire vivre la communauté.

Le réseau social d’Accenture, Stream, est une sorte de réseau des réseaux. Et son fil d’actu présente l’intérêt de mélanger des éléments ludiques avec des informations professionnelles utiles. Le collaborateur parisien y verra passer aussi bien la dernière mission de supply chain téléchargée en Afrique du Sud que la vidéo étonnante d’une nouvelle lunette connectée découverte par un employé californien. Si cela lui a plu, il pourra à son tour partager l’info avec ses contacts. Chaque mois, 650 000 « like » et « partage » sont comptabilisés sur Stream, et la médiatisation des nouveautés de la base de documents professionnels donne lieu à 200 000 téléchargements. 

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