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L'Usine Auto

La pile à combustible à la française : une filière complète... sans les constructeurs automobiles

Pauline Ducamp , , , ,

Publié le , mis à jour le 20/05/2014 À 14H52

Enquête Souvent vilipendés pour leur retard sur la pile à combustible à hydrogène, les industriels français construisent en réalité une filière complète dans ce domaine sous un angle original : sans les constructeurs automobiles.

La pile à combustible à la française : une filière complète... sans les constructeurs automobiles © D.R. - CEA

Huit mille contre deux, le constat est sans appel. Alors qu’une infrastructure de bornes de recharge électrique maille petit à petit le territoire, les bornes de chargement d’hydrogène se comptent en France sur les doigts d’une main. De là à affirmer que le pays était en retard dans le domaine de la pile à combustible à hydrogène, il n’y avait qu’un pas, allègrement franchi ces dernières semaines par les observateurs du secteur automobile.

"Il y a 16 stations en Allemagne, 2 seulement en France, certes nous sommes en retard", reconnaît Pascal Mauberger, PDG de McPhy Energy et président de l’Association Française de l’Hydrogène et des Piles A Combustible (Afhypac) avant d’ajouter : "Mais ça s’améliore et la France bouge !" Car, sans tapage, l’industrie française de la pile à combustible s’organise, et fait inédit, sans s’appuyer sur les grands constructeurs donc en ne misant pas sur le grand public.

Sans PSA, ni Renault

Contrairement à Hyundai ou Toyota, Renault et PSA ont en effet abandonné le projet de développer un véhicule électrique à pile à combustible à hydrogène. "Nous sommes en veille technologique", répondent-ils de conserve. Renault avait pourtant présenté plusieurs prototypes, jusqu’à faire rouler en 2008 un Scénic Fuel-Cell basé sur une chaine de traction électrique développée par Nissan pour son 4x4 X-Trail FCV. Depuis, c’est le japonais Nissan qui explore seul cette technologie au sein de l’Alliance, Renault misant de son côté sur le véhicule électrique à batterie. Le véhicule à pile à combustible a connu le même sort chez PSA. Plusieurs concepts ont été développés dès les années 90, en particulier des prolongateurs d’autonomie à pile à combustible à hydrogène. La crise et les choix stratégiques du groupe en faveur de l’hybride ont eu raison de la pile. "Comme ni Renault, ni Peugeot ne développent de véhicules à pile à combustible, cela a contribué à un lobbying actif pour la batterie dans les véhicules électriques au détriment de l’hydrogène" explique Pascal Mauberger. Selon l’industriel, les pays les plus actifs sur le sujet, comme le Japon ou l’Allemagne, sont aussi ceux qui sortent du nucléaire.

Les nippons Honda, BMW ou encore l’allemand Daimler font ainsi partie du projet HyFive (Hydrogen for Innovative Vehicles), une initiative européenne lancée par la mairie de Londres début avril. Elle vise à développer et mettre en application les technologies et infrastructures qui feront du véhicule à pile à combustible à hydrogène une réalité. La France comme les constructeurs français n’y ont pas souscrit. Membre du projet, Toyota a lui annoncé qu’il commercialisera dès 2015 un véhicule à pile. Hyundai l’a devancé. Depuis le début de l’année, le coréen commercialise son SUV ix35 F-Cell. "Hyundai est aujourd’hui le constructeur le plus avancé car il a investi dans l’outillage pour fabriquer en petite série" constate un industriel du secteur. Mais à un tarif estimé de 150 000 euros l’unité, les carnets de commande devraient rester minces. "Il ne faut pas être misérabiliste et il faut surtout se méfier des effets d’annonce" prévient Florence Lambert, directrice du Liten au CEA et chef de projet du plan filière ‘Batteries’, l’un des 34 plans filière industrielle. Car si les constructeurs et gouvernements étrangers égrènent leurs projets depuis plusieurs semaines, les industriels français du secteur ont aussi leur plan.

Prolongateur d’autonomie

L’un des épicentres du mouvement c’est Grenoble, en Isère. Associé depuis plusieurs années au CEA, Symbio F-Cell, une PME d’une vingtaine de personnes, a ouvert début mai son capital à Michelin. "C’est un investissement stratégique pour nous", souligne Valérie Bouillon-Delporte, Directrice Marketing Clean Technologies for Sustainable Mobility chez Michelin. Le pneumaticien ne veut pas construire des véhicules à pile mais aider Symbio FCell à développer cette technologie. La PME travaille déjà sur des prototypes complets de piles à combustible hydrogène avec l’aide du CEA. "Mais nous ne nous positionnons pas comme un équipementier classique par rapport aux constructeurs, nous sommes sur un marché où nos clients veulent un véhicule électrique avec une plus grande autonomie" détaille Fabio Ferrari, le patron de Symbio F-Cell. La société commercialise ainsi des prolongateurs d’autonomie à hydrogène pour véhicules électriques. "Une cinquantaine de Kangoo ZE de la Poste sera équipée avec nos kits d’ici la fin de l’année, trois sont déjà en circulation. L’autonomie des véhicules est alors doublée, ce qui permet aux facteurs de faire une journée complète sans recharger" ajoute Fabio Ferrari.

Quatre des vingt salariés de Symbio F-Cell assemblent aujourd’hui les prolongateurs à Grenoble, une équipe que Fabio Ferrari veut voir grandir cette année, pour atteindre une cinquantaine de personnes. "En entrant au capital, Michelin amène des fonds pour aider à industrialiser les produits de Symbio F-Cell. Nous sommes reconnus pour nos process industriels. Les deux partenaires travailleront aussi en commun pour élaborer une technologie de pile à combustible plus puissante" poursuit Valérie Bouillon-Delporte. Ce partenariat symbolise deux axes originaux abordés par la filière française. Le développement de la pile à combustible ne passera pas dans l’Hexagone par le grand public, mais par des flottes captives, en proposant des solutions techniques aux coûts maitrisés, loin des tarifs exorbitants des quelques modèles aujourd’hui sur le marché.

10 000 emplois 

"Quand le plan Batteries a été lancé, j’ai ressenti un réel engouement des industriels et beaucoup d’attente, relate Florence Lambert. La France dispose d’acteurs sur toute la chaine, de la production à la distribution de l’hydrogène, et ces technologies sont au niveau de l’état de l’art mondial, voire au-dessus ! Aujourd’hui, notre priorité est de les industrialiser". Florence Lambert a remis la feuille de route du plan au Premier ministre le 14 mars et depuis, une quarantaine d’acteurs sont au travail. L’étape actuelle : identifier les régions où implanter aussi bien de futures unités de production que les stations de recharge, une dizaine par an sur tout le territoire, à partir de 2015. "Des usines peuvent être construites en commun entre plusieurs industriels. Nous voulons identifier des territoires où développer un éco-système viable de la pile à combustible à hydrogène" précise Florence Lambert. C’est la même philosophie qui prévaut pour les stations. Elles seront placées chez des professionnels qui ont des véhicules à hydrogène dans leur flotte. D’autres entreprises, acteurs publics ou particuliers pourront également venir y recharger leurs voitures à hydrogène.

Le pragmatisme prévaut aussi côté technologie. "Le prolongateur d’autonomie ne demande pas des années de développement. Il s’ajouter simplement à la batterie d’une voiture électrique et augmente son autonomie. Tout le monde y gagne, avec un optimum techno-éco" rappelle la chef du plan ‘Batteries’, qui ne désespère pas de voir les constructeurs français prendre part à la filière dans les prochaines années. "Je ne suis pas inquiète, vu l’électrification des plateformes chez Renault et PSA, poursuit Florence Lambert. Nous sommes dans la complémentarité. Il est de toute façon illusoire de penser que tout le monde pourra se satisfaire d’un véhicule électrique à batterie". Avec à la clé, 10 000 emplois dans la filière contre 1500 aujourd’hui. Chez Symbio F-Cell, le paysage qui se dessine est clair. "Demain, les petits véhicules urbains auront toujours une batterie, prédit Fabio Ferrari. Mais pour la logistique ou des véhicules intermédiaires, le prolongateur d’autonomie fait sens. Enfin les plus gros modèles seront équipés à 100% d’une pile à combustible à hydrogène".

Pauline Ducamp

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