La Pharmacie centrale des armées, usine de l’antidote en cas d’attentat chimique

Pour anticiper une éventuelle attaque par gaz neurotoxiques, la Pharmacie centrale des armées vient d’être autorisée à produire en grand conditionnement et pour les hôpitaux français le seul antidote connu à ce jour. Enquête sur ce site unique.

 
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Crédits Harve Boutet

C’est une usine unique en France, et pourtant inconnue du grand public. Au cœur de la campagne orléanaise, la Pharmacie centrale des armées vient d’obtenir le feu vert des autorités pour produire à haute dose du sulfate d’atropine. Une décision prévue de longue date dans la perspective de la COP 21, qui accueillera à Paris les chefs d’Etat du monde entier fin novembre, mais qui vient de trouver une justification inattendue avec les attentats.

Si la France n’a jamais connu d’attaque par armes chimiques, le Premier Ministre, Manuel Valls, a évoqué "le risque d’armes chimiques et bactériologiques" devant l'Assemblée nationale jeudi 19 novembre, avant de préciser sur France 2, que "ce risque est extrêmement limité" et qu’il n’y a "pas d’indices" particuliers.

Les laboratoires pharmaceutiques sur d’autres indications

Le "sulfate d’atropine" est, à l’heure actuelle, le seul médicament adapté à la prise en charge d’urgence en cas d’attentat chimique aux neurotoxiques organophosphorés. Des substances gazeuses, comme le gaz sarin, capables de bloquer la transmission des influx nerveux à faibles doses et de tuer, en intoxicant l’organisme par voies percutanée, oculaire, pulmonaire ou orale.

L’atropine est produite comme antidote injectable en très petites quantités par quelques industriels : Aguettant et Cooper. Ou dans le traitement d’autres maladies : Lavoisier et Renaudin dans l’infarctus ou la pré-anesthésie, Alcon, Martinet et Faure en ophtalmologie.

Les gaz neurotoxiques qui inquiètent
L’autorisation délivrée par la Direction générale de la santé concerne les intoxications aiguës par les anticholinestérasiques (insecticides organo-phosphorés, neurotoxiques de guerre et carbamates) ou par les médicaments parasympathomimétiques ou cholinomimétiques, dans un contexte d'urgence ou de catastrophe.
L’autorisation délivrée par la direction générale de la Santé est toute autre. Il s’agit d’approvisionner dès maintenant les hôpitaux en antidotes en grand conditionnement, afin qu’ils puissent intervenir en urgence. En cas d’attaque, les victimes doivent se voir injecter des doses de 2mg de sulfate d’atropine toutes les cinq minutes, jusqu’à ce que les symptômes disparaissent.


Crédits : Hervé Boutet

Recourir provisoirement aux stocks de l’armée

En vue de la COP21, la production en solutions de 40mg/20ml a été autorisée pour la Pharmacie centrale des armées (PCA) - et elle seule - début novembre. Un peu tardivement : "Les contraintes de fabrication et d'étiquetage ne permettent pas sa mise à disposition dans des délais compatibles avec l'organisation de la COP 21", estime la Direction générale de la santé. Il est donc demandé au Service de santé des armées d’approvisionner les hôpitaux en recourant provisoirement aux stocks destinés aux militaires sur des zones de combat.

A la PCA, où 70 % des médicaments fabriqués sont à visée opérationnelle, la production s’intensifie. "Notre priorité est de concevoir des antidotes contre les risques nucléaires, radiologiques, biologiques ou chimiques ", confiait à L’Usine Nouvelle Annick Pech, commandant de la PCA, lors d’un reportage réalisé en 2011 au cœur de ce site industriel exceptionnel. L’établissement, seul habilité à fabriquer en France des comprimés d'iodure de potassium en cas de risque nucléaire, avait alors distribué une partie de son stock aux expatriés français après la catastrophe de Fukushima.

Gaëlle Fleitour

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