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L'Usine Santé

La pharma saute les frontières

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Dans la vallée du Rhin, entre Strasbourg et Bâle, la filière des biotechnologies se développe autour de pôles aux stratégies complémentaires.

La pharma saute les frontières
Sur son site de Fegersheim, Lilly produit des médicaments biosimilaires en salle blanche.

Avec Novartis et Hoffmann-La Roche, Bâle héberge le siège social de deux des dix premiers groupes pharmaceutiques mondiaux. Ils y emploient plus de 20 000 salariés, notamment dans la R & D. Ces groupes assurent une visibilité spectaculaire à la cité helvétique : la tour Roche est l’un des plus hauts édifices de Suisse alors que le campus Novartis, avec ses près de 10 000 occupants, dans une vingtaine de bâtiments tous conçus par des architectes de renom, constitue une incroyable tour de Babel, avec plus de 150 nationalités œuvrant dans la R & D du groupe. D’autres géants se développent à Bâle, comme Bayer, qui a multiplié ses effectifs par six en douze ans pour la production de médicaments sans ordonnance. La périphérie française profite de cette manne, avec plusieurs sites de production travaillant pour cette industrie installée en Suisse. Sans oublier les 7 000 frontaliers du secteur…

À Strasbourg, la présence de grands noms comme Lilly – le pharmacien d’Indianapolis a sa plus grande usine au monde à Fegersheim (Bas-Rhin) – ou Merck Life Science – dont le site de Molsheim (Bas-Rhin) est le troisième plus important du groupe américain – n’assure pas à la filière une visibilité équivalente à l’opulence des géants bâlois. Mais sa richesse est à rechercher ailleurs : « Notre université est la seule au monde à compter quatre prix Nobel en exercice dans le domaine des sciences de la vie », se plaît à rappeler Catherine Trautmann, la vice-présidente de l’Eurométropole de Strasbourg.

Des biotechnologies…

Les deux cités majeures de la vallée du Rhin supérieur sont devenues des places fortes de la filière consacrée à la santé humaine. Si Strasbourg ne peut rivaliser avec Bâle et ses sièges sociaux de groupes planétaires, son université irrigue l’écosystème de la recherche médicale. Deux stratégies différentes sont ainsi développées à moins de 150 kilomètres de distance, chacune se nourrissant de l’efficacité de l’autre. « Les entreprises bâloises ont besoin de main-d’œuvre qualifiée ainsi que d’un environnement de recherche pointu, au-delà de leurs compétences internes », souligne-t-on chez Alsace BioValley, le pôle de compétitivité trinational né de cette proximité entre les entreprises suisses, françaises et allemandes [lire l’encadré ci-contre].

Pour toutes ces entreprises, l’innovation est une obligation vitale, plus encore que dans d’autres secteurs. En 2004, la presse suisse annonçait « la mort de la chimie-pharmacie bâloise », faute d’avoir anticipé les délocalisations d’emplois de production de base. Son tournant vers les biotechnologies a fait mentir cet augure et confirme la pertinence de l’orientation très forte de l’université de Strasbourg et de ses partenaires rhénans vers cette spécialité. Lilly a effectué le même virage. « Quatre éléments expliquent le développement de cette filière des biotechnologies, explique Monique Jung, la directrice de l’Agence de développement économique d’Alsace (Adira). D’abord, un très fort pôle de recherche fondamentale à Strasbourg, notamment orienté vers les sciences de la vie. Ensuite, de nombreux cursus universitaires dans ces domaines, puis des collaborations avec des structures publiques et privées bien au-delà de la région et, enfin, l’arrivée dans les années 1960 de grandes entreprises. » Outre Lilly et Merck, l’Alsace accueille également Synerlab, Capsugel, Catalent, Delpharma, Octapharma, Paul Hartmann et Bruker. Et plusieurs de ces opérateurs sont spécialisés en biotechnologies.

… aux techniques médicales d’avant-garde

Dans cet environnement scientifique, universitaire et économique, s’est développée, notamment à Strasbourg, une filière nouvelle liée aux techniques médicales d’avant-garde. Impulsé par l’Institut de recherche contre les cancers (Ircad), ce mouvement a permis les implantations de Siemens, Stryker, US Surgical et Karl Storz, qui fabriquent des matériels médicaux innovants. Le pôle de compétitivité Alsace BioValley ainsi que la société d’accélération du transfert de technologie Conectus Alsace ont favorisé l’émergence et le développement de plusieurs dizaines de start-up qui multiplient les levées de fonds et s’installent durablement dans le paysage médical : traitement du diabète, réparation de maladies cardio vasculaires… Ces dernières occupent une place croissante dans l’économie locale. À l’heure où le premier incubateur dédié à ce secteur, le PH8, est saturé, le lancement à Strasbourg du campus des technologies médicales Nextmed arrive à point nommé. À terme, ce sont 30 000 m², dont l’aménagement sera entrepris début 2018, qui accueilleront des entreprises de R & D, puis de production. « Nous devons favoriser les filières d’avenir tout en pérennisant les entreprises en place », souligne Catherine Trautmann. La création de l’European aseptic and sterile environment training center (Ease), usine-école en milieu aseptique unique en Europe et ouverte en septembre sur le campus d’Illkirch (Bas-Rhin), s’inscrit dans cette logique. « Les grands groupes pharmaceutiques des trois pays sont très demandeurs des formations délivrées dans cette institution », note Monique Jung, qui constate que la plupart de ces sociétés sont en phase de recrutement.

Un signe confirme cette tendance : l’aéroport de Strasbourg a décidé de se doter d’un entrepôt à température contrôlée afin de faciliter le transport de produits pharmaceutiques par avion. Celui de Bâle-Mulhouse en dispose déjà d’un, d’une plus grande taille : les médicaments produits dans le bassin bâlois représentent 70 % du fret de sa plate-forme trinationale. Le logisticien strasbourgeois RLA indique devoir « pousser » ses murs face aux demandes de ses clients locaux et de groupes internationaux en plein développement… 

Alsace BioValley, un pôle trinational

Le pôle de compétitivité mondial Alsace BioValley est né d’une initiative d’un industriel et d’un politique bâlois, qui ont imaginé dans les années 1980 un cluster trinational consacré aux sciences de la vie, aux biotechnologies en particulier, basé notamment sur la puissance des groupes pharmaceutiques de leur ville et de l’université strasbourgeoise. Officiellement créé en 1998, le pôle accueille 150 membres des trois pays. Le bassin du Rhin supérieur (Allemagne du sud-ouest, nord de la Suisse et Alsace) compte environ 350 entreprises dans le secteur biotech/pharmacie et 250 dans le domaine des technologies médicales. Des partenariats scientifiques ont été développés grâce au réseau Eucor, qui associe les universités françaises de Strasbourg et Mulhouse, les universités allemandes de Karlsruhe et Fribourg, et l’université suisse de Bâle. Malgré l’intensité des travaux communs, « il reste encore beaucoup à faire » pour instaurer une réelle culture économique trinationale, admet l’Agence de développement économique d’Alsace. En fédérant l’ensemble des acteurs de la recherche publique – Inserm, CNRS, université, centres de ressources, institut Carnot Mica… –, Alsace BioValley a permis aux Français de parler d’une seule voix à leurs voisins suisses et allemands. 

 

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