La peur fait plonger les cours du pétrole

En enfonçant le seuil des 40 dollars, le WTI se rapproche des niveaux observés au plus fort de la crise, en 2009. Une dégringolade qui doit plus au mouvement de panique des marchés face au krach chinois qu'aux fondamentaux du marché.

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Plus que les fondamentaux qui définissent l’offre et la demande, c’est une série de craintes qui a fait retomber le pétrole à des prix planchers que l’on n’avait plus vus depuis plus de six ans.

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Craintes pour l’économie chinoise en premier lieu, alors que le pays a absorbé ces dernières années toutes les hausses de production pour propulser sa croissance (officielle) à deux chiffres. Si les bourses chinoises dévissent et contaminent leurs homologues étrangères, sur le seul front pétrolier la réalité n’est pas si sombre. La demande de la Chine (7,25 millions de barils par jour importés en moyenne en juillet) continue à croître : + 22% sur juillet 2014. Un quasi-record qui s’explique par une politique agressive d’achats. La Chine a d’ailleurs largement augmenté ses capacités de stockage. Ce n’est donc pas à une baisse de la demande chinoise qu’on assiste, mais à une révision à la baisse de la croissance de consommation anticipée par le marché, qui croyait sa soif de pétrole inextinguible.

Les fondamentaux plaident pour une baisse lente mais durable

Les autres fondamentaux sont pour la plupart légèrement baissiers, mais ne justifient en rien ce dévissage brusque après une période – peut-être un peu optimiste – de stabilisation des cours autour des 60 dollars. La production américaine, attendue à la baisse, continue en fait de croître modérément. L’assouplissement de l’interdiction d’export du pétrole américain (pour préserver l’autonomie du pays), lui, reste symbolique. Son seul effet devrait être une réduction du différentiel entre les cours de référence du brut américain à New York (West Texas Intermediate) et celui du pétrole de mer du Nord sur le marché londonien (Brent).

L’accord sur le nucléaire iranien, lui, va dégripper progressivement l’embargo partiel sur le brut de Téhéran entre 2016 et 2018, ajoutant à court terme moins de 500 000 barils, et à moyen terme moins de 2 millions de barils par jour à la production globale. Seule inquiétude : le flou sur le niveau des stocks iraniens, qui pourraient se déverser rapidement sur le marché.

La chute actuelle traduit par contre les hausses bien réelles de production de l’Arabie saoudite et surtout de l’Irak, qui a augmenté sa production d’un million de barils par jour et annoncé son doublement d’ici 2020. Ce qui semble possible, si le détenteur des cinquièmes réserves mondiales parvient à financer les investissements nécessaires.

Des conséquences à long-terme

Car la forte volatilité du pétrole depuis 2008 complique fortement le financement des entreprises du secteur. Dans la sismique, le segment le plus risqué et le plus volatil, le taux de rendement des obligations a doublé, voire triplé dans certains cas pour rémunérer le risque encouru par les investisseurs. A cela s’ajoute le facteur climatique, contre lequel les majors sont sommées de prendre des mesures. Celles-ci vont de l’augmentation de leurs réserves financières au bouleversement complet de leur modèle économique, par exemple en investissant massivement dans les énergies renouvelables.

Cet accroissement des risques pourrait donc modifier durablement le secteur pétrolier. En faisant fuir les investisseurs traditionnels du secteur pétrolier, comme les fonds de pension, il questionne son financement. Notamment celui des investissements qui s’avèreront nécessaires pour répondre à la demande en hydrocarbures de la prochaine décennie.

Myrtille Delamarche

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