La pénurie de puces dans l'auto va durer plusieurs mois, annonce Bercy

par Gilles Guillaume
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La pénurie de puces dans l'auto va durer plusieurs mois, annonce Bercy
La crise dans le secteur automobile français provoquée par la pénurie de semi-conducteurs, qui a révélé plusieurs failles dans la filière, risque de durer plusieurs mois, a déclaré jeudi le ministère français de l'Economie. /Photo d'archives/REUTERS/Benoit Tessier

PARIS (Reuters) - La crise dans le secteur automobile français provoquée par la pénurie de semi-conducteurs, qui a révélé plusieurs failles dans la filière, risque de durer plusieurs mois, a déclaré jeudi le ministère de l'Economie.

"On va être encore dans une économie de gestion de la rareté pendant plusieurs mois de la part des constructeurs et des entreprises de l'électronique", a-t-on dit à Bercy lors d'un briefing organisé au lendemain de la première réunion tripartite entre filière automobile, filière électronique et services de l'Etat sur un sujet qui commence à empoisonner les constructeurs.

A court terme, les groupes automobiles et les fabricants électroniques ont convenu d'échanger en direct pour optimiser les rares stocks existants, les circuits d'approvisionnement et les capacités de production locales comme celles de STMicro, a ajouté le ministère, selon qui la France et l'Europe devront, à plus long terme, augmenter leurs capacités de fonderie.

La télé-réunion de mercredi, organisée à l'initiative de la Plateforme de la filière automobile (PFA), a rassemblé des représentants des directions des achats des constructeurs français, les équipementiers automobiles via la Fiev, la filière électronique et la direction générale des entreprises (DGE) de Bercy.

Selon Bercy, la crise a révélé une mauvaise anticipation des constructeurs dans leurs commandes au troisième trimestre, notamment pour les véhicules électrifiés et ceux bardés d'aides à la conduite, plus gourmands en composants électroniques.

Elle a montré aussi que la filière électronique devait davantage prendre en compte les besoins de ses clients automobiles, bien qu'ils représentent toujours une part minoritaire de l'activité des semi-conducteurs.

Pour faire face à la demande globale, STMicro a bien augmenté ses dépenses d'équipement de 300 millions de dollars, mais l'impact en terme de production ne se fera pas sentir immédiatement.

"Le délai requis pour les équipements est habituellement de six à neuf mois, nous n'en récolterons donc les fruits qu'au second semestre", a dit mercredi Jean-Marc Chéry, directeur général du fabricant franco-italien de semi-conducteurs, lors d'une conférence organisée par Goldman Sachs.

L'USINE OPEL D'EISENACH REPREND SA PRODUCTION

La pénurie de composants, imputable à la forte demande en informatique liée à l'épidémie de coronavirus - boom du télétravail et du cloud - et aux tensions diplomatiques et commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, a conduit de nombreux constructeurs automobiles à interrompre leur production dans certaines de leurs usines.

Le montage des véhicules est perturbé par l'approvisionnement des sous-traitants automobiles en microcontrôleurs, que l'on retrouve partout dans un véhicule, depuis la gestion du moteur jusqu'au freinage ABS en passant par la direction assistée.

General Motors a prévenu mercredi s'attendre à des résultats 2021 plus faibles que prévu à cause de la crise des puces.

Des sites de Stellantis, né de la fusion de PSA et de FiatChrysler, et de Renault en Europe et au Maghreb ont également commencé à être affectés à la fin de la semaine dernière et cette semaine. Après plusieurs jours d'arrêt, la production de l'usine Opel de Stellantis à Eisenach, en Allemagne, devait toutefois reprendre jeudi.

Taïwan, qui héberge le numéro un mondial des semi-conducteurs Taiwan Semiconductor Manufacturing Co Ltd (TSMC) chez qui nombre de fabricants étrangers sous-traitent une partie de leur production, se trouve en première ligne dans la gestion de la crise et la recherche des moyens d'y remédier.

Mais selon Bercy, le gouvernement français souhaite aussi une accélération de la relocalisation de capacités de recherche et développement et de production en électronique, qui doit être financée dans le cadre du quatrième programme d'investissements d'avenir de 20 milliards d'euros présenté début janvier.

L'Europe défend également un ambitieux projet visant à accroître ses capacités de production en puces, mais uniquement pour les prochaines générations de semi-conducteurs affichant une finesse de gravure de deux à trois nanomètres.

(Gilles Guillaume, avec Mathieu Rosemain, édité par Blandine Hénault et Jean-Michel Bélot)

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