L'Usine Agro

La pénurie de beurre, les coopératives laitières n'y croient pas

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le , mis à jour le 01/02/2017 À 11H43

Alors que les fabricants de viennoiseries et de biscuits s’inquiètent de l’envol du cours du beurre et d'une pénurie en France, les coopératives laitières françaises s’organisent. Mais s’alarment de l’impact de la crise du lait sur leurs marges.

La pénurie de beurre, les coopératives laitières n'y croient pas © Flickr/cc Omar

Depuis quelques semaines, les industriels de la viennoiserie et de la biscuiterie ne cachent pas leur inquiétude. "Le cours du beurre a flambé de 80% en un an. Or, il s’agit de notre principale matière première : il représente 24% de la recette d’une viennoiserie ", nous confie un cadre de Délifrance. Le prix de la tonne de beurre est en effet passé de 2 500 euros en mai 2016 à 4 500 euros actuellement. Une des conséquences de la crise du lait, dont la production a reculé de 5% en France entre juin et novembre 2016 et de 2,5% en Europe. Or, si les stocks de beurre s’épuisent, la demande explose à l’échelle française comme internationale. "La Chine a beaucoup importé, plus que la normale. D'autres pays comme la Thaïlande, les Philippines et le Mexique aussi", explique Gérard You, chef du service économie des filières à l'Institut de l'élevage, à France Info.

Et les producteurs de lait préfèrent vendre le reste de leur stock aux industriels de la fromagerie, afin de mieux le valoriser, qu’aux transformateurs. Dès lors, faut-il craindre une pénurie de beurre ?

En 2014, déjà 200 000 tonnes de beurre importées en France

Interrogé par L’Usine Nouvelle, Dominique Chargé, le président de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL) - qui collectent et transforment la moitié du lait en France - n’y croit pas. "Certains acteurs utilisateurs du beurre crient au loup car ils n’avaient pas anticipé une hausse aussi rapide. Lors de la sortie des quotas, nous nous attendions en effet à une baisse de la demande de matière grasse. Nous allons tout faire pour y répondre. Mais pour l’instant, je ne ressens pas un contexte de pénurie, même s’il y a des tensions." D’autant que le phénomène n’est pas totalement nouveau : en 2014, la France était déjà importatrice de beurre, faute de stock suffisant : elle en avait produit plus de 360 000 tonnes et importé 200 000 tonnes.

La "guerre des prix" de la distribution mise en cause

Quant à la crise du lait, elle reste encore difficile à supporter par les coopératives, qui s’attendent à une baisse de chiffre d’affaires pour 2016 et une stagnation de l’emploi. Pour Dominique Chargé, si les prix du lait remontent dans les différents pays européens depuis la fin 2016 après avoir fortement chuté durant l’été, la France a montré une certaine régularité (à 308 euros en moyenne pour 1 000 litres, contre 276 euros en Allemagne) grâce à la politique de soutien des exploitants menée par les coopératives, "en sacrifiant parfois nos propres investissements". Problème, les prix appliqués aux industriels par les distributeurs, eux, sont toujours en baisse, et les négociations actuellement très tendues… "C’est le psychodrame annuel !", raconte Dominique Chargé, qui appelle le prochain président de la République à remplacer la Loi de modernisation de l'économie (LME) pour redéfinir des relations commerciales entre distributeurs et industriels et mettre fin à cette "guerre des prix"

Les industriels non coopératifs moins touchés

Les industriels laitiers non coopératifs (Lactalis, Danone, Bell...) semblent moins souffrir. Ils ne se limitent pas à un approvisionnement exclusif en France, et ne répondent pas aux mêmes règles qu’une coopérative. L’italien Parmalat, contrôlé à 88% par le groupe français Lactalis (qui a récemment lancé une OPA pour s’emparer de l’intégralité de son capital), a vu son chiffre d’affaires progresser de 1,2% l’an dernier à 6,49 milliards d'euros, et son résultat opérationnel brut croître de 3,3%.

 

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