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L'Usine Agro

La pêche sort la tête de l'eau

Franck Stassi ,

Publié le

Enquête Premier marché européen, la France est loin d’être autosuffisante en produits de la mer. Le secteur s’adapte pour gagner des parts du marché national.

La pêche sort la tête de l'eau
Pour se redresser, la filière se lance dans le renouvellement de sa flotte et se structure, avec des regroupements et des fusions d’entreprises.

Menacée par la modernisation de la flotte espagnole et par le Brexit, qui pourrait priver les pêcheurs d’une partie de leur approvisionnement, la filière française de la pêche et des produits de la mer se démène pour gagner en compétitivité. Cap sur le grand marché national, la France n’étant autosuffisante en produits de la mer qu’à hauteur de 26 %, contre 38 % pour l’ensemble de l’Union européenne. L’an passé, le secteur affichait une balance commerciale négative de 3,6 milliards d’euros, soit 8 % du déficit commercial français. La France est le premier consommateur européen.

En vingt ans, le nombre de navires de pêche en métropole s’est réduit de 36 %. Plus impressionnante encore a été la baisse des effectifs. « On comptait 40 000 marins », rappelle Gérard Higuinen, le président de l’organisation interprofessionnelle France Filière Pêche. En 2016, seulement 13 450 emplois de marins pêcheurs étaient recensés, principalement en Bretagne, en Pays de la Loire et en Normandie. « Il y a moins de personnels embarqués sur des bateaux davantage mécanisés. L’âge de la retraite est bas, il n’y a donc pas de renouvellement de postes. La régulation sociale s’est faite d’elle-même, en suivant l’évolution des quotas », observe Gérard Higuinen. Au cours des dernières politiques communes de pêche, l’Europe a financé des casses de bateaux. Aujourd’hui, priorité est donnée au renouvellement de la flotte, avec des navires plus économes en carburant. Mais le prix moyen d’un chalutier de pêche arrière est estimé en moyenne à 4 millions d’euros. Un investissement lourd, même si la récente baisse des cours du pétrole a donné de l’oxygène à la filière. La pêche française a aussi travaillé sur l’amélioration de la chaîne du froid pour réduire les pertes, réussissant en quelques années à rehausser la durée moyenne de conservation. « Le poisson est le produit qui a le coût logistique le plus élevé dans la filière agroalimentaire. Il est plus facile de conserver un yaourt », insiste Gérard Higuinen.

Des produits haut de gamme

En avril, au Seafood Expo Global de Bruxelles, nombre d’entreprises françaises s’étaient regroupées sous la bannière de FranceAgriMer, l’établissement national de l’agriculture et des produits de la mer, qui avait emmené dans ses bagages une quarantaine de PME et d’ETI, et du port de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). Pourtant, « il y a un manque de structuration globale et de dialogue dans la filière. Cela fonctionne mieux dans d’autres pays », regrette Jérôme Lafon, le délégué pour les filières pêche et aquaculture de FranceAgriMer. Un mouvement de concentration s’est enclenché ces dernières années, même si les acteurs du mareyage (les premiers acheteurs des produits de la pêche, qui se fournissent à la criée et à l’import et réalisent la première transformation) restent très atomisés, avec 278 entreprises sur le littoral. Océalliance, qui réalise un chiffre d’affaires de 220 millions d’euros et emploie 600 collaborateurs, veut en être le fer de lance. L’entreprise, présente de Boulogne-sur-Mer à Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques) ainsi qu’en Écosse, est devenue le premier mareyeur de France, après avoir fusionné en 2015 avec le bordelais Mariteam. Elle s’approvisionne dans 33 criées et renforce ses relations avec la grande distribution.

Désormais, « l’enjeu est la sécurisation des approvisionnements : des mareyeurs prennent des parts dans les armements. Certains se verticalisent, en ouvrant des ­poissonneries », précise Peter Samson, le secrétaire général de l’Union du mareyage français. « Les coûts de production nous amènent à nous positionner sur des produits premium et valorisés, explique Jérôme Lafon. L’offre française est très diversifiée, en termes d’espèces, par rapport à d’autres pays. Grâce à cette diversité et à une large flottille, elle répond aux demandes locales, artisanales et durables. »

L’élevage, quant à lui, pâtit des craintes des consommateurs sur sa qualité. Le leader français de l’aquaculture Gloria Maris (200 salariés, 35 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016) veut déjouer ces critiques, avec une traçabilité « de l’alevin à l’assiette », une alimentation garantie sans pesticides ni OGM, des densités d’élevage en dessous des normes nationales et plusieurs programmes de recherche. « Une ferme de saumons norvégienne produit en moyenne 300 000 tonnes. Une ferme française de truites, c’est 300 tonnes ! Lorsque nous avons repris Aquanord, à Gravelines (Nord), en 2013, nous avons réduit de moitié la production », ajoute le directeur commercial de Gloria Maris, Grégoire Aubin. Avec sa marque Connétable, la conserverie Chancerelle (1 500 salariés, 140 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016) de Douarnenez (Finistère) vient de muscler le cahier des charges de la gamme Label rouge. « L’idée est de ne mettre en boîte que du poisson frais. Cela ajoute des contraintes, mais c’est nécessaire pour apporter un niveau de qualité maximum. L’idée n’est pas forcément de gagner plus de parts de marché – ces produits sont déjà dans une niche –, mais de pérenniser l’activité auprès des consommateurs qui ont confiance et de positionner Connétable comme un spécialiste du goût », précise Véronique Pérelli, la directrice des achats de Chancerelle.

Une offre adaptée aux jeunes

Dans la grande distribution, le rayon traiteur tire la consommation de produits aquatiques. « Il reste cependant à mener un travail sur la street food », estime Jérôme Lafon. Leader mondial du saumon avec 380 000 tonnes produites chaque année et 3,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, Marine Harvest n’entend pas rater le coche du renouvellement générationnel. « Les jeunes ne se reconnaissent pas dans l’offre actuelle. Ils mangent beaucoup de poisson en restauration hors domicile, mais arrivés au rayon poissonnerie, ils cherchent du “déjà prêt” ou des produits “réenchantés”, avec de nouveaux assaisonnements », souligne son directeur marketing et innovation France, Gabriel Chabert. De nouvelles gammes, commercialisées sous marque de distributeur ou en direct, ont fait leur apparition : canapés, couronnes farcies de saumon et une offre centrée sur le barbecue qui se réfère à l’univers de la viande (rib’s, steaks, brasérades, grill burgers…). Ces produits sont issus d’une pêche certifiée MSC (pour Marine stewardship council, Conseil pour la bonne gestion des mers, en français) ou bien des élevages du groupe qui produisent leurs propres aliments. « Les scandales tels que celui de la vache folle ne doivent pas être reproduits sur le poisson », affirme Gabriel Chabert. 

Un écolabel public

FranceAgriMer veut tordre le cou à l’hégémonie du label privé MSC, dédié à la pêche durable. Faisant suite à une réflexion engagée au Grenelle de l’environnement, l’établissement public a lancé le 1er janvier son propre écolabel des produits de la pêche maritime. Les aspects environnementaux, une meilleure maîtrise énergétique et des impacts liés à la pollution, les conditions sociales et la recherche d’une meilleure valorisation de la pêche seront passés au crible. Le label vise 5 à 10 % de la production commercialisée en France.

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