La nouvelle jeunesse de l'atome

Compétitive, sans émissions de CO2, l'énergie nucléaire devrait revenir en force sur tous les continents. Pour l'heure, les fournisseurs de réacteurs et les électriciens, Areva et EdF en tête, prennent position.

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La nouvelle jeunesse de l'atome

George Bush, Tony Blair, Nicolas Sarkozy... D'annonces en décrets, le retour du nucléaire est bel et bien engagé. « Plusieurs électriciens ont déjà réservé des capacités dans nos usines pour leurs futurs réacteurs », affirme Arthur de Montalembert, le directeur des activités internationales d'Areva. Le carnet de commandes du constructeur français a augmenté de 16 % en 2006, à 4,4 milliards d'euros. Trente réacteurs sont en construction dans le monde et des dizaines de projets sont en discussion. La capacité nucléaire devrait doubler en trente ans.

L'accélération est venue d'Asie. Le Japon n'a jamais cessé de construire du nucléaire depuis trente ans. Mais les onze centrales (15 GW) en projet sont inaccessibles aux constructeurs occidentaux. Idem en Russie, où les trente réacteurs prévus d'ici à 2020 sont réservés à Rosatom, le fabricant national.

Des chefs d'Etat convaincus

Tony Blair
« L'énergie nucléaire est de retour pour de bon », 17/05/07

George Bush
« Si l'on veut vraiment réduire le volume d'émissions de gaz à effet de serre, il faut s'occuper intensivement de l'utilisation civile de l'énergie nucléaire », 08/06/07


« En Chine, le marché est en pleine effervescence ! », confirme François Nguyen, expert des marchés de l'électricité au sein de l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Le onzième plan quinquennal vise 33 GW supplémentaires pour 2020. Les fournisseurs cherchent tous à placer leurs réacteurs dernier cri et à prendre position pour profiter de l'effet de série... Avec le risque de se voir déposséder de leur technologie par les Chinois. Dans ce match, Areva a raté la première manche. Malgré l'engagement d'Anne Lauvergeon, la patronne du groupe, le marché des quatre réacteurs à eau pressurisée de troisième génération (6 milliards de dollars) lui a échappé au profit de l'américain Westinghouse.

Mais la partie est loin d'être terminée. « La Chine veut se doter de plusieurs technologies et se laisser le choix de poursuivre avec l'un ou l'autre », analyse un observateur. Le gouvernement discute donc avec Areva pour la fourniture de deux EPR à Yang Jiang, pour l'électricien cantonais CGNPC.

L'ex-empire du Milieu fait aussi rêver EdF. L'électricien français y est présent depuis 1986 avec CGNPC qu'il a accompagné à Daya Bay. Il veut participer à la construction des futurs EPR, cette fois comme investisseur. « Notre expérience de Flamanville 3 constitue un atout pour engager un partenariat industriel avec cet électricien», avance Bernard Dupraz, le directeur de l'énergie nucléaire d'EdF. L'autre cible, c'est l'Inde, dont la demande d'énergie va doubler d'ici à 2015. « Ce pays a aussi un programme ambitieux et a l'intention d'accéder aux technologies étrangères avancées », rappelle François Nguyen. Certes, l'Inde n'a pas signé le pacte de non-prolifération nucléaire. Mais le 31 mai, l'Inde et les Etats-Unis ont commencé à négocier l'application de leur accord de coopération dans le nucléaire civil, signé en décembre 2006, qui pourrait sortir le pays de son isolement. Westinghouse, Areva, le canadien AECL sont dans les starting-blocks.

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Allemagne : la sortie du nucléaire contestée


« Il n'y aura pas de remise en cause de l'abandon du nucléaire durant cette législature », affirme la chancelière allemande, physicienne et elle-même partisane d'un prolongement de l'utilisation des centrales. Angela Merkel ne reviendra pas sur cette question : l'arrêt progressif des 19 centrales nucléaires est l'une des pierres angulaires de la coalition au pouvoir. Mais l'Allemagne, dont le prix de l'électricité culmine en Europe, doit réduire ses émissions en CO2 de 40 % d'ici à 2020. Trois des quatre électriciens allemands, Vattenfall, RWE et EnbW (EdF) ont déposé une demande de moratoire pour trois de leurs centrales et réclament une prolongation. Leur stratégie : gagner du temps pour laisser au prochain gouvernement la possibilité de revoir la position actuelle. Leurs plus sûrs soutiens sont la Deutsche Bank et la puissante fédération de l'industrie allemande, la BDI. Selon cette dernière, si l'on retarde la sortie du nucléaire de vingt ans, le prix de l'électricité sera 25 % moins élevé que si l'on arrête les centrales comme prévu.

Marie Luginsland



Mais le territoire le plus prometteur, ce sont les Etats-Unis, le plus grand parc nucléaire au monde est vieillissant. L'Energy Bill de 2005, en reconnaissant le rôle du nucléaire, a donné le coup d'envoi à une série de projets. Selon l'AIE, les Etats-Unis se doteraient de 13 à 29 GW de capacités additionnelles sur la période 2005-2030. Les mieux placés pour obtenir ces marchés sont Westinghouse et General Electric, les fabricants nationaux. Le premier se targue de proposer sa technologie sur 19 projets (soit 28 réacteurs). « Plus d'une trentaine de projets sont évoqués.

Parc total

30 centrales sont en cours de construction dans le monde
74 sont programmées
182 autres projets ont été évoqués

Sur trois technologies : l'EPR d'Areva, l'AP1000 de Westinghouse, et le réacteur à eau bouillante de GE », commente Bernard Dupraz, d'EdF. L'électricien français a signé un accord de coopération technique avec Constellation, l'un des plus importants électriciens nucléaires américains, basé dans le Maryland. Ce dernier a fait le choix de l'EPR, avec une stratégie originale. Il se propose d'être investisseur et opérateur d'autres électriciens, et EdF viendrait apporter son expertise. Quant à Areva, il a investi 200 millions de dollars dans la certification de son EPR auprès de la NRC, l'autorité de sûreté américaine. Une démarche menée au sein du consortium Unistar avec Constellation (toujours lui !). « Cet investissement démontre notre confiance dans une relance du nucléaire nord-américain », affirme Arthur de Montalembert. Le fabricant compte sur une première décision d'investissement dans un nouveau réacteur en 2010.

Des incitations claires aux Etats-Unis

Le gouvernement américain a pris des mesures claires pour soutenir la construction de nouvelles centrales. En réduisant les taxes pour les 6 000 premiers MW installés et pour huit ans d'exploitation. En garantissant les délais pour l'approbation des projets ou en proposant des prêts fédéraux pouvant aller jusqu'à 80 % du coût du projet pour des réacteurs nucléaires avancés.

Même sur le Vieux Continent, les affaires reprennent. Il y a trois semaines, un livre blanc a prôné la réouverture de l'option nucléaire en Grande-Bretagne. Comme aux Etats-Unis, les conditions y sont favorables aux nouveaux projets : « Les règles en matière de licensing ont été précisées depuis un an », constate-t-on chez EdF. L'électricien soumettra, le moment venu, une demande de certification d'un modèle EPR avec Areva. Il vise une position d'électricien intégré, présent sur tous les types de production d'électricité, et en aval, dans la commercialisation. Quel que soit l'électricien retenu, le premier béton pourrait être coulé en 2012, pour une mise en service en 2017. L'enjeu est de taille car une dizaine de tranches (16 GW) devraient suivre.

Investir dans la formation

Les allemands E.on et RWE sont aussi aux aguets. Et Suez, le principal opérateur du parc nucléaire belge, entend bien quitter ses territoires. Cibles ? « La Grande-Bretagne, la France, la Bulgarie, mais aussi la Roumanie, où Electrabel est en discussion pour deux réacteurs de type Candu », précise Paul Rorive, le directeur des activités nucléaires de Suez.

A plus long terme, d'autres acteurs venus de pays émergents évoquent ouvertement le nucléaire. Et pas seulement le franc-tireur iranien qui a adapté de vieilles technologies russes. Certains, comme la Namibie, le Nigeria, le Kazakhstan ou l'Australie, pour valoriser leurs réserves d'uranium. L'Afrique du Sud est le plus avancé dans cette démarche. Prétoria a en effet décidé de renforcer son équipement nucléaire et pourrait passer commande de nouvelles tranches d'ici à la fin de l'année, à Areva ou Westinghouse.

D'autres veulent diversifier leurs ressources énergétiques. Ainsi le Conseil de coopération du Golfe (Qatar et Emirats Arabes Unis notamment) a évoqué le nucléaire. Areva discute avec les autorités marocaines, tout comme EdF et Suez. Le pays qui doit d'abord se doter d'un cadre législatif et réglementaires envisagerait d'acquérir des unités de 1 000 MW, dérivées de celles de Ling Ao, en Chine. Mais l'urgence est d'investir dans la formation. La génération des pionniers de l'atome civil part à la retraite. Areva recrute en France, aux Etats-Unis ou en Allemagne. Chez Suez, le plan de formation des jeunes ingénieurs prévoit de renouveler 20 % des effectifs dans le nucléaire, c'est-à-dire 700 personnes d'ici à cinq ans. Et d'en embaucher 20 % supplémentaires sur dix ans.

L'Italie a abandonné l'atome en 1986 par référendum, mais le premier électricien, Enel, y replonge. Engagé depuis dix-huit mois dans un accord pour participer avec EdF à la construction du réacteur EPR de Flamanville, il forme une centaine d'ingénieurs chez son concurrent français. Le but : pouvoir exploiter le parc nucléaire qu'il vient de racheter en Slovaquie. L'atome n'a plus de frontières.

Virginie Lepetit


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