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La "nouvelle donne pour l’innovation" ne manque-t-elle pas d’un bon design ?

Aurélie Barbaux , , ,

Publié le

Ce n’est pas tant la qualité ni le nombre, 40, des nouvelles mesures pour l’innovation présentées par Jean-Marc Ayrault le 4 novembre dernier qui pêchent. Mais le fait qu’elles soient totalement déconnectées de la feuille de route numérique et qu’aucun objectif clair et mesurable ne s’en dégage.

La nouvelle donne pour l’innovation ne manque-t-elle pas d’un bon design ? © Pascal Guittet

Les entreprises citées

L’art - la politique - est difficile. La critique est facile. N’empêche. Présenter une "nouvelle donne pour l’innovation" sans prononcer le mot numérique, sans commencer par dire que, puisse que l’on est entré dans une nouvelle ère sociale et économique, il faut aussi changer de politiques d’innovation, industrielle, culturelle, scientifique… est compréhensible. Et même si parmi les 40 mesures (des actions à mener, plutôt) alignées par trois ministres pour mettre en œuvre cette nouvelle politique, certaines marquent effectivement la volonté d’aborder le problème autrement (120 millions d’euros réservés à des appels à projets pour l’innovation non technologique, 20 millions pour une nouvelle pédagogie de l’innovation ou le plan Nova de BPI France), les autres mesures ne cherchent qu’à combler les lacunes du cancre France (pour l’évaluation des politiques menées, en termes de financement et de croissance des entreprises innovantes, en matière de valorisation de la recherche ou de solidarité nationale). "On a coupé la partie numérique du discours (de Fleur Pellerin) pour faire plus court, justifie un conseiller. Mais elle en parle dans l’interview qu’elle a accordée au Monde en réponse à une question du journaliste." Un comble, pour une ministre déléguée à l’Innovation, aux PME et à l’économie numérique.

Une nécessaire approche systémique

Mais il est vrai qu’il y a fort à faire pour que la France remonte dans les classements des nations innovantes (c’est apparemment un des principaux objectifs de cette nouvelle donne) et qu’il y avait donc fort à dire aux journalistes en moins d’une heure, questions comprises. Surtout s’il s’agit de "changer d’état d’esprit " vis-à-vis de l’innovation, comme l’a expliqué Fleur Pellerin. Or, comme l’a expliqué Alain Cadix dans son mémoire "pour une politique nationale de design", pour changer de culture il faut une approche systémique et actionner tous les leviers à la fois.

Ce dernier n’a semble-t-il pas été totalement entendu. Alors que l’innovation non technologique devait être un vecteur clé de ses dix propositions phares, seules ont été retenues dans la nouvelle donne l’implantation de designers en résidence dans les pôles et l’éligibilité des dépenses de design au Crédit Impôt Innovation et dans le futur processus innovation de Bpifrance. Mais l’approche systémique du problème Innovation de la France a, elle, été bien traitée, avec quatre leviers (innovation pour tous, innovation ouverte, innovation pour la croissance et innovation publique) et les 40 mesures pour les actionner.

Good design = good policy

Malheureusement, le gouvernement, qui avait, avec cette nouvelle politique d’innovation, l’occasion de démontrer ce qu’une bonne démarche design peut apporter aussi à la construction et l’adoption d’une politique innovante ne l’a pas fait. Dommage, car si "good design = good business" l’équation “good design = good policy” est encore plus vraie. Dans le privé, comme dans le public. Et dans ce domaine, les grands pays "partenaires" et "concurrents" de la France, cités en référence, notamment par Arnaud Montebourg, montrent l’exemple. Pas tant par le pourcentage de PIB dédié à leur politique d’innovation, qu’à la communication sur les objectifs et les moyens. Tout le monde a retenu la Startup America Initiative, l’Industry 4.0 des Allemands ou encore les Eight Great Technologies des Britanniques. Alors que ces intitulés parlent d’eux-mêmes, qui comprend sans de longues explications de texte quels sont les objectifs de "Cette nouvelle donne industrielle, fondée sur 40 mesures transverses, qui complète et renforce la démarche sectorielle des 34 plans de la nouvelle France industrielle et des 7 ambitions de la commission Innovation 2030", comme le martèle le dossier de presse ? (La phrase est répétée trois fois, telle quelle !).

Pas d’ambition fédératrice

Surtout, on se demande comment la nouvelle commission d’évaluation, qui doit être créée au sein du Commissariat général à la Stratégie et à la Prospective, va pouvoir mesurer l’efficacité des nouvelles mesures et dispositifs (et des anciennes), tant on manque d’ambitions chiffrées et d’objectifs fédérateurs, aptes à mobiliser les acteurs concernés. C’est pourtant la mesure phare de cette nouvelle donne, la première même de la liste. "On sait bien qu’en France on ajoute des feuilles à l’arbre, mais il n’y en a jamais qui tombent", décrypte un conseiller ministériel. Rien que la consolidation des aides à l’innovation dans les différentes structures de l’État relève déjà de la gageure. Dans son discours, Arnaud Montebourg n’a d’ailleurs pas donné l’enveloppe globale des efforts de l’État en matière de politiques d’innovation, se contentant d’indiquer que l’effort de la France était du niveau des autres grands pays de l’OCDE (États-Unis, Allemagne, Japon…). Il y aura donc fort à faire ne serait-ce que pour établir les indicateurs qui permettront de mesurer l’efficacité des outils, mesures, et actions, nouvelles et anciennes. Un bon design lui aurait peut-être simplifié la tâche.

Aurélie Barbaux

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