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La nouvelle carte du monde des usines de PSA

Pauline Ducamp , , , ,

Publié le

La recherche de la compétitivité en Europe et le partenariat stratégique avec DongFeng vont accélérer la mutation de PSA d’un constructeur européen à un acteur global.

La nouvelle carte du monde des usines de PSA
L’usine PSA de Trnava en Slovaquie
© PSA

"Nous avons créé les conditions de la croissance future de PSA. Nous pouvons maintenant passer à l’étape suivante de son redressement". Pour Philippe Varin, la maison de la Grande Armée est à la croisée des chemins. Trop petit et trop européen il y a encore trois ans, PSA a, depuis, entrepris une internationalisation à marche forcée. L’entrée au capital du Chinois DongFeng mercredi 19 février doit lui permettre "d’accélérer fort", comme dit celui qui n’est plus que pour un mois président du directoire.

"En 2020, PSA sera devenu un constructeur global", annonce déjà son successeur Carlos Tavares. Progressivement, PSA dessine une nouvelle carte industrielle autour de deux grands axes : la localisation et la compétitivité.

Meilleur taux d’utilisation

PSA réalise les deux tiers de sa production en Europe, dont 939 483 véhicules produits en France en 2013 dans six usines. Or la compétitivité des usines européennes et françaises n’est pas optimale : le taux d’utilisation des usines n’était que de 72% en 2013, alors qu’un site n’atteint son point mort qu’entre 75 et 80% d’utilisation en deux équipes.

"Le Nouveau Contrat Social (NCS) est la pièce essentielle de notre compétitivité en Europe", rappelle alors Philippe Varin. Le groupe compte ainsi remplir les usines tout en améliorant leur rentabilité. L’accord de compétitivité garantit le niveau de production dans le pays : en 2016, PSA y produira 1 million de voitures minimum.

Si le volume total est équivalent à la production 2013, le taux d’utilisation des usines devrait s’améliorer car le million de véhicules sera produit dans cinq usines (Mulhouse, Poissy, Rennes, Sevelnord, Sochaux), après la fermeture du site d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Entre 2014 et 2016, la production d’un nouveau modèle sera également attribuée à chaque usine, afin de charger les sites.

Davantage de compétitivité

PSA compte aussi charger une partie de ses usines dans le cadre de son alliance avec General Motors. A partir de 2016, Opel et PSA produiront 700 000 véhicules en commun, notamment dans l’usine de Sochaux (Doubs). Le groupe français réalisera ainsi des économies d’échelle, puisque les modèles Opel seront produits sur la plateforme EMP2 de PSA et embarqueront des moteurs EB.

Ce jeu de vases communicants s’accompagnera d’une modernisation des usines françaises, avec un investissement d’un milliard et demi d’euros, comme prévoit le NCS. Certaines sont déjà concernées : Mulhouse et Poissy doivent passer de deux à une seule ligne et Carlos Tavares a d’ores et déjà annoncé que des mesures pour améliorer encore la compétitivité seront prises.

"Ce que j’ai vu lors de mes visites depuis janvier m’a rassuré. Nous pouvons atteindre un vrai niveau d’excellence en terme de manufacturing et de sourcing, il faut donner les moyens aux collaborateurs d’améliorer leur outil de travail. 80% des véhicules vendus en Europe sont fabriqués en Europe, il faut donc y être compétitifs", assume le futur président du directoire.

La fin du segment B en France

Pour y être compétitif, PSA a décidé d’abandonner la production des petits modèles de segment B de sa gamme généraliste en Europe Occidentale. Le taux d’utilisation des usines de petits véhicules est tombé à 65%. Le site de Poissy, qui produit aujourd’hui les Peugeot 208 et Citroën C3, se concentrera sur les versions haut de gamme de ces modèles.

"Poissy a du mal à fournir aujourd’hui les DS3. Les 208 XY et GTI sont aussi très prisées", se justifie Philippe Varin pour assurer que l’usine francilienne peut tourner avec seulement du B premium. Un nouveau véhicule, a priori le successeur de la DS3, sera aussi attribué à l’usine.

Pour fabriquer l’offre généraliste des citadines (le  "segment B mainstream"), PSA réfléchit à une nouvelle usine en périphérie d’Europe Occidentale. "L’usine de Trnava en Slovaquie, qui produit aussi des 208 et des C3, ne suffira pas", rapporte une source proche du dossier. "Aucune décision n’a été prise pour le moment", tempèrent cependant Carlos Tavares et Philippe Varin.

Un million et demi de voitures 

Construire une nouvelle usine, c’est aussi ce qu’envisage PSA en Chine. Avec l’entrée au capital de son partenaire DongFeng, PSA se tourne de plus en plus vers l’Est. En 2015, DPCA, la coentreprise de PSA et DongFeng, disposera d’une capacité de production de 750 000 véhicules. Un chiffre qui va croître dans les prochaines années. PSA va en effet aider DongFeng à développer sa marque propre, Fengshen, via des transferts de technologie (moteurs, organes ou plateformes).

Les deux partenaires envisagent d’atteindre une capacité de production d’1,5 million de voitures en 2020. Via une nouvelle coentreprise, qui couvrira toute l’Asie du Sud-Est, ils exporteront alors des véhicules Peugeot, Citroën et Fengshen. Comme avec General Motors, PSA compte ainsi faire baisser le ticket d’entrée de certaines technologies, via des économies d’échelle. Le groupe touchera de plus des royalties sur le transfert comme la production des véhicules.

En Russie et en Amérique Latine aussi

Europe, Chine... Carlos Tavares voit déjà plus loin. "PSA n’est pas dans une situation bipolaire, centrée sur l’Europe et la Chine, en excluant le reste du monde. Il va s’appuyer sur ces deux pattes pour s’étendre à l’international", prédit le futur président du directoire.

PSA doit en effet redresser ses ventes en Russie et en Amérique Latine, où il a fortement investi pour de nouvelles usines ces dernières années, creusant ses pertes. Le développement d’une plateforme à destination des marchés en croissance avec DongFeng devrait aussi permettre à PSA de proposer des véhicules plus appropriés sur ces deux marchés.

Si on suit la doctrine Tavares des 80% des véhicules vendus là où ils sont produits, la localisation de la production comme de la R&D deviendra la norme. PSA va ainsi ouvrir un nouveau centre de R&D en Chine avec DongFeng.

Pauline Ducamp

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