La norme Afnor consacrée aux produits halal est à peine publiée et déjà critiquée

Publiée ce vendredi, une norme volontaire Afnor, destinée aux entreprises, suggère des bonnes pratiques de fabrication pour transformer des produits halal. Mais elle provoque déjà des levées de boucliers, notamment de la part des certicateurs halal et d'associations musulmanes, qui ont défini leur propre charte.

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La norme Afnor consacrée aux produits halal est à peine publiée et déjà critiquée

Au sein de l’industrie agroalimentaire, évoquer le sujet entraîne beaucoup de réserves. En croissance continue (le cabinet Solis, en 2010, l’évaluait à 5,5 milliards d’euros en France), le marché halal suscite pourtant bien des appétits. Charcuterie, confiserie, snacking, surgelés… Grandes entreprises (Doux, qui en a fait une de ses priorités, mais aussi Fleury-Michon, Haribo…), comme PME spécialisées (Zaphir, Corici ou encore Délice Mondial) multiplient les gammes dédiées pour séduire les consommateurs musulmans, en France comme à l’étranger, en forte demande de produits variés et de qualité. De quoi justifier, aux yeux de l'Afnor, des pouvoirs publics et de plusieurs fédérations d’industriels, le lancement ce vendredi d’une norme volontaire, dédiée aux bonnes pratiques de fabrication des denrées transformées halal.

Ce document "technique", élaboré dans "un cadre B to B" et utilisable sur une base "volontaire", ambitionne d’offrir un cadre aux entreprises françaises, en particulier pour exporter. Et leur éviter de mauvaises surprises, notamment des cas de contaminations croisées entre deux productions, comme lors du retrait de la gamme halal de Herta, mis en cause en 2011 pour ses saucisses de volailles.

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"Une tartufferie" pour le certificateur privé AVS

Dans le cadre de la longue et difficile élaboration de cette norme (consultable ici), le sujet religieux, en particulier le point d’achoppement autour de l’abattage, a été écarté en se focalisant sur la partie transformation, expliquent à L’Usine Nouvelle les deux expertes qui ont supervisé cette démarche (voir notre interview). Elle n’en suscite pas moins des crispations de la part des certificateurs halal. Associé aux premiers travaux, le certificateur privé de viande halal AVS – une référence pour beaucoup de consommateurs musulmans, aux côtés des certificateurs des Mosquées reconnues par les pouvoirs publics : Paris, Evry et Lyon - a ainsi préféré claquer la porte.

Avec ses 200 salariés, cette association à but non lucratif (au chiffre d’affaires d’environ 6 millions d’euros) intervient comme prestataire de service en amont de la chaîne, auprès des abattoirs et des sites d’élaboration de la viande, pour s’assurer que cette dernière a bien été tuée et manipulée selon le rite halal. AVS travaille avec de petites entreprises comme de grands industriels, tels Bigard ou LDC. Au sein de ce marché qui suscite beaucoup de "fantasmes" et d’opportunisme, estime son porte-parole Fouad Imarraine, les consommateurs se montrent de plus en plus exigeants.

Mais il perçoit cette norme comme "une tartufferie". Il l’accuse de n’entendre réguler que le marché halal et laisser de côté la production casher, "un sujet de discrimination fort", et de s'ingérer sur un sujet éminemment religieux à ses yeux. "Il y avait un engagement économique avant toute autre considération, dénonce-t-il. Nous, les musulmans, servions juste de faire valoir."

"Un besoin de normalisation"

Pourtant, initialement, "il y avait un besoin de normalisation et d’assainir ce marché sur lequel il y a énormément de fraudes, estime Fateh Kimouche, fondateur du site d’informations Al Kanz. Mais on a offert une mauvaise réponse en impliquant les industriels. Ce ne sont pas des observateurs donnant un avis purement consultatif. Pour eux, les exigences halal sont comme pour le bio : des contraintes."

En réaction aux travaux d'Afnor, les associations musulmanes (deux certificateurs dont AVS, deux associations de consommateurs, mais également les trois grandes Mosquées et le Conseil National du Culte Musulman, ces quatre derniers étant aussi parties prenantes de la norme Afnor) ont élaboré, il y a un an, leur propre charte halal (consultable ici). Objectif, "constituer le référentiel religieux commun aux musulmans, définissant le caractère halal des produits carnés et de leurs dérivés".

Le délicat sujet de l’abattage

Cette charte exclut notamment la pratique de l’étourdissement des bêtes, l’abattage non manuel et mécanique, ou encore l’emploi de certificateurs non musulmans pratiquants. "Une période d’adaptation sera négociée avec les différents partenaires" visant à "favoriser des conditions rendant possible l’application de cette charte" et à "examiner les modalités d’évolution (des) pratiques" industrielles actuelles, ceci pour "permettre la mise en œuvre et la mise en conformité de leurs sites de production", précise-t-elle.

Qui suivre ? Pour les entreprises françaises, le choix s’annonce donc difficile. "La charte du CFCM est très portée sur l’amont de la fabrication, défend un porte-parole d'Afnor. La norme volontaire est un document technique centré sur la transformation et n’aborde quant à elle aucun précepte religieux. Ces deux documents sont complémentaires et ont chacun leur utilité."

Gaëlle Fleitour

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