La négociation emploi dans l'impasse : et maintenant ?

Les partenaires sociaux se sont séparés le 20 décembre sur un constat de blocage de la négociation sur la sécurisation de l'emploi. Rendez-vous les 10 et 11 janvier pour tenter une dernière fois de rapprocher des positions encore très éloignées. Sinon...

Partager
La négociation emploi dans l'impasse : et maintenant ?

Les mines sont tendues, les regards fatigués, le ton, las. Après un jour et demi de négociation au siège du Medef, organisations syndicales et patronales se sont quittées le 20 décembre au soir sur un constat d'échec. D'impasse, plutôt.

La CFDT, qui rêvait d'aboutir avant la fin de l'année, avait pourtant proposé de discuter toute la nuit de jeudi à vendredi. Refus du représentant du Medef, qui a reconnu qu'il ne parviendrait pas à faire bouger les positions patronales en si peu de temps. Rendez-vous est donc pris le 10 janvier, à prolonger le 11 si besoin.

On a assisté à deux jours, et même deux semaines, de sur-place, avec des projets d'accord qui avancent à tous petits pas. A la sortie de la négociation, jeudi, même la toujours partante Marie-François Leflon (CFE-CGC) montrait son découragement : "j'ai fait énormément d'efforts pour plus de flexibilité, apporté plusieurs propositions qui auraient pu débloquer la situation, elles n'ont pas été retenues".

La représentante des cadres reconnaît que les organisations syndicales ont "bien eu quelques petits cadeaux, mais insuffisants par rapport au danger que présente toute la fin de l'accord", sur l'assouplissement des licenciements et la limitation des contentieux. Pas question pour elle de signer "un fiasco historique".

Patrick Pierron parle au nom d'une "CFDT déçue" et "inquiète d'avoir si peu avancé sur des questions concrètes". Il fait le "constat amer" d'être "très loin d'un accord", et estime qu'une séance ne suffira pas, en janvier, tant les positions restent éloignées au bout de deux mois et demi d'intenses négociations.

Crispations et big bang

Le représentant de la délégation patronale, Patrick Bernasconi, reconnaît "un passage de crispations, comme dans toute négociation importante". Selon lui, le programme est tellement chargé que cette négo aurait dû prendre un an.

Les syndicats invoquent des divisions patronales pour expliquer le sur-place : "bien sûr, que c'est compliqué chez nous, reconnaît-il, mais ça l'est tout autant pour les organisations syndicales, en interne, et entre elles".

Au cœur des blocages : la taxation des contrats courts, réclamée par quatre syndicats sur cinq. CFTC et CFDT en font une condition sine qua non de leur signature, le patronat ne veut pas en entendre parler.

La CGT n'en fait pas une question centrale. Pour Maurad Rabhi, "l'enjeu, ce n'est pas les contrats courts, mais le big bang qui menace le droit social, un chamboulement incroyable des droits du travail qui permettrait au patronat d'ériger une statue à Patrick Bernasconi ! Ce serait le comble que ce détricotage se fasse sous un gouvernement de gauche !"

Agnès Le Bot (CGT) souligne qu'obtenir une complémentaire santé pour tous, c'est important, mais pas au prix "de la casse du droit du travail".

La centrale de Montreuil refuse la création de CDI intermittents, la réduction du délai de contestation d'un licenciement, l'assouplissement des règles du licenciement économique, la flexibilité en cas de difficultés conjoncturelles...

"Quel syndicat pourrait signer un texte pareil ? Comment l'expliquer, ensuite, à sa base ? Un gars comme Laurent Berger, à la CFDT, ne le fera jamais", estime Maurad Rabhi.

Jeter l'éponge serait catastrophique pour le patronat

Face au blocage, quelles issues envisager ? Durant les deux longues heures de suspension de séance de l'après-midi, la délégation patronale s'est certainement interrogée sur sa stratégie. Jeter l'éponge et ne pas chercher d'accord serait catastrophique pour elle, puisque le gouvernement a promis de légiférer.

Et que les parlementaires socialistes, qui commencent à grogner et réclamer un virage à gauche, pourraient être tentés de le prendre par des amendements. Le groupe socialiste à l'Assemblée nationale a commencé à auditionner les partenaires sociaux, et pourrait avoir des idées peu susceptibles de plaire au Medef...

Autre solution, pour le patronat : proposer un accord a minima, accepter un renchérissement des contrats courts, mais très limité, bouger un peu sur tout, retirer du texte ce qui fâche...

Restera la menace d'une loi sur ce qui n'est pas abordé. "J'espère bien que l'accord sera respecté à la ligne, sinon on se fera entendre", avait averti, la veille, Patrick Bernasconi. Et quel serait l'intérêt du patronat ? Autant laisser faire le gouvernement, qui devra assumer les mécontentements.

Le ministère du Travail, dont un des objectifs est justement de ne pas avoir à prendre toutes ces décisions qui fâchent, suit d'ailleurs heure par heure ce qui se passe avenue Bosquet. Selon un proche du ministre Michel Sapin interrogé en fin de négociation par l'AFP, "le Medef n'a visiblement pas encore fait les mouvements qui permettent de trouver un équilibre, il faut que ce soit gagnant-gagnant, et il manque clairement des choses".

Reste enfin le scénario, très optimiste, d'une réelle ouverture patronale d'ici le 10 janvier. Des pas tels, que CFDT, CFTC et CFE-CGC se laisseraient convaincre d'en faire quelques autres vers plus de flexibilité, ce qui rendrait possible un accord.

La CGT a choisi, elle, de faire ses pas dans la rue. Elle prépare des mobilisations pour début janvier. Contre un accord qui n'existera sans doute pas encore...

Cécile Maillard

SUR LE MÊME SUJET

PARCOURIR LE DOSSIER

Tout le dossier

Sujets associés

NEWSLETTER La Quotidienne

Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes...

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

Tous les événements

LES PODCASTS

A Grasse, un parfum de renouveau

A Grasse, un parfum de renouveau

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Anne Sophie Bellaiche nous dévoile les coulisses de son reportage dans le berceau français du parfum : Grasse. Elle nous fait découvrir un écosystème résilient, composé essentiellement...

Écouter cet épisode

Les recettes de l'horlogerie suisse

Les recettes de l'horlogerie suisse

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, notre journaliste Gautier Virol nous dévoile les coulisses de son reportage dans le jura suisse au coeur de l'industrie des montres de luxe.

Écouter cet épisode

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Martin Buthaud est docteur en philosophie à l'Université de Rouen. Il fait partie des rares chercheurs français à se questionner sur le rôle du jeu vidéo dans nos sociétés.

Écouter cet épisode

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Nathan Mann nous dévoile les coulisses de son reportage dans l'abattoir Labeyrie de Came, dans les Pyrénées-Atlantiques, qui robotise peu à peu ses installations.

Écouter cet épisode

Tous les podcasts

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

Trouvez les entreprises industrielles qui recrutent des talents

Safran

Ingénieur-e Qualité /Navigabilité F/H

Safran - 09/11/2022 - CDI - Niort

+ 550 offres d’emploi

Tout voir
Proposé par

Accédez à tous les appels d’offres et détectez vos opportunités d’affaires

75 - PARIS HABITAT OPH

Fourniture de bois et de matériel de menuiserie

DATE DE REPONSE 06/01/2023

+ de 10.000 avis par jour

Tout voir
Proposé par

ARTICLES LES PLUS LUS