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La mutation forcée de Bayer et Monsanto

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Publié le , mis à jour le 21/03/2018 À 12H37

Enquête L’après-glyphosate, pour Monsanto, se vivra sûrement dans le giron de Bayer. Mercredi 21 mars, la Commission Européenne a donné son feu vert, sous conditions, à son rachat par Bayer. Le groupe allemand se prépare à endosser le rôle de leader mondial des pesticides et des semences.

La mutation forcée de Bayer et Monsanto
Le centre de R?&?D de Bayer à La Dargoire (Rhône) accueille 220 chercheurs.

Patience, patience… Depuis septembre 2016, le groupe chimique et pharmaceutique Bayer est engagé dans une spectaculaire opération à 56 milliards d’euros : le rachat de Monsanto. Que suivent de près les autorités américaines et européennes, inquiètes des répercussions sur les agriculteurs alors que les mariages se succèdent dans l’agrochimie. Entre les américains Dow et DuPont, le suisse Syngenta et le chinois ChemChina…

Bayer, le numéro deux mondial des pesticides, va-t-il s’emparer du champion des semences et des OGM ? Début février, l’allemand avait encore dû faire de nouvelles concessions pour rassurer la Commission européenne. Mercredi 21 Mars, cette dernière a finalement donné son feu vert. "Nous avons autorisé le projet de rachat de Monsanto par Bayer parce que les mesures correctives proposées par les parties, qui dépassent largement les 6 milliards d'euros, répondent pleinement à nos préoccupations en matière de concurrence", précise la Commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager. Outre-Atlantique, les négociations se poursuivent pour convaincre l'administration américaine.

Des plantes aux défenses immunitaires renforcées

Frank Garnier, le président de Bayer France, espère néanmoins faire couler le champagne avant la fin du premier semestre. "Nous pourrons construire un champion européen pour l’agriculture, fortement axé sur l’innovation afin de développer des plantes capables de se défendre elles-mêmes contre leurs agresseurs, le stress hydrique, le choc de températures, l’instabilité des sols…" Si Monsanto s’est retrouvé, ces derniers mois, englué dans la polémique de l’herbicide glyphosate et accusé de « fraude scientifique » et de désinformation avec l’affaire des « Monsanto papers », Bayer préfère regarder droit devant lui. Pourtant, sur un marché mondial de l’agrochimie chahuté, l’allemand a vu ses ventes reculer de 10,1 milliards à 9,9 milliards d’euros en 2016. Adrian Percy, le patron de la R & D de ce pôle, nommé CropScience, mise sur une éclaircie, portée par l’augmentation de la population mondiale et par la demande croissante en protéines végétales.

En Europe comme en France, où il représentait 2,17 milliards d’euros de ventes en 2016, le marché des pesticides est stable en valeur. Mais les quantités s’écroulent : - 20 % de tonnes vendues dans l’Hexagone entre 2008 et 2015. La raison ? "Des produits à moindres doses arrivant sur le marché et le raisonnement progressif des pratiques", reconnaît Eugénia Pommaret, la directrice du syndicat du secteur, l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP). Sans compter un durcissement de la réglementation. En Europe, depuis les années 2000, la moitié des matières actives n’ont pas été reconduites, jugées trop nocives pour l’homme ou pour l’environnement. Alors que ses concurrents, comme BASF, préfèrent, pour certains produits, renoncer au marché européen considéré comme trop difficile en termes de risque et d’image, Bayer entend avancer ses pions en mêlant ses compétences chimiques, agrochimiques et biologiques à l’expertise en semences et en génétique de Monsanto. Il dédie déjà 1,1milliard d’euros annuels à cette R & D.

Bayer a récemment injecté 2 millions d’euros à La Dargoire, aux portes de Lyon (Rhône), seul site de recherche privé dédié à la protection des cultures de l’Hexagone. Ici, 220 chercheurs disposent désormais d’un « centre d’innovation » pour accueillir les parties prenantes (agriculteurs, politiques, grand public…) comme les partenaires de Bayer : entreprises, universitaires, laboratoire avec le CNRS… Voire des start-up, qui pourraient l’aider à analyser les big data générées par les multiples machines et robots de La Dargoire. Près de 30 000 molécules y sont passées au crible chaque année afin de mettre au point de nouveaux fongicides s’attaquant aux champignons. Y compris des solutions moins toxiques, comme des produits naturels ou de synthèse dopant les défenses immunitaires des plantes.

Des semences et des conseils

Le centre de recherche travaille avec dix homologues à travers le monde, spécialisés pour leur part en biocontrôle, semences, agriculture numérique… Une nouvelle molécule requérant une dizaine d’années de R & D et 300 millions d’euros, "nous devons être futuristes pour évaluer quelles pratiques agricoles seront bouleversées par l’agriculture de précision ou les drones, leur impact sur les profils et les doses des produits… ", raconte Rachel Rama, la directrice de La Dargoire. Pour répondre aux enjeux et aux inquiétudes de la société, les chercheurs ont dû s’adapter, développant "des tests de toxicologie précoces pour évaluer la sécurité des produits très tôt dans la chaîne de recherche".

Monsanto, de son côté, se présente désormais comme une entreprise de science des données. Le groupe américain imagine fournir "un jour des solutions intégrées pour les agriculteurs combinant des graines aux nouvelles caractéristiques, des micro-organismes, des conseils agronomiques, des prévisions météo…", selon Robert Fraley, le patron mondial de la R & D de Monsanto. Chez Bayer, un premier bouquet de services pour l’agriculture de précision, Xarvio, vient d’être lancé. Au menu, un logiciel capable d’identifier une mauvaise herbe ou une maladie et son stade d’évolution à partir d’une simple photo. Un autre outil permet de ­moduler la dose de fongicide utilisée.

Reste encore à en ­définir le modèle ­économique. Dans un premier temps, il s’agira d’un abonnement annuel pour l’utilisateur. "C’est un moyen de fidéliser les clients et d’optimiser la valeur des produits phytosanitaires et des semences standards, sur des marchés matures et de volume", souligne Thomas Paschal, le responsable de l’activité agro­alimentaire du cabinet Alcimed.

Innover, mais aussi communiquer, dans l’espoir de désamorcer la défiance vis-à-vis des pesticides. Le futur leader mondial du secteur vient de lancer son opération transparence, en publiant sur un site internet des résumés des études portant sur la sûreté et la sécurité de ses produits. En attendant, promet Bayer, les études entières… Lancée tout d’abord dans l’industrie pharmaceutique, se félicite Adrian Percy. Qui entend bien, si le rachat se confirme, amener Monsanto à aller dans le même sens… 

LE STRATEGIQUE MARCHE FRANCAIS

Sur les 46,8 milliards d’euros de ventes du groupe Bayer en 2016, la France représentait 1,5 milliard d’euros, dont plus d’un tiers via le pôle CropScience, dédié à la santé des plantes. Doté de 1 733 salariés, ce dernier concentre l’écrasante majorité des investissements R & D de Bayer dans l’Hexagone, avec 110 millions d’euros (sur quatre sites) sur un budget total de 160 millions. C’est grâce au rachat, il y a une quinzaine d’années, du leader mondial de l’agrochimie Rhône-Poulenc Agro, que l’allemand est devenu le numéro un des pesticides en France et a fait son entrée dans le Top 3 mondial. Deux usines, à Villefranche-Limas (Rhône) et à Marle-sur-Serre (Aisne), lui sont aujourd’hui dédiées. La présence hexagonale de Monsanto est nettement plus réduite, avec 521 salariés exerçant dans trois activités : les semences de grandes cultures (maïs et colza), les semences potagères et la protection des cultures. Ils sont répartis sur onze sites, dont six stations de recherche, deux usines de semences et deux stations mixant recherche et production. Monsanto ne dévoile pas son chiffre d’affaires en France. 

 

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