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"La métallurgie révise ses textes pour sortir de l'accumulation de couches géologiques" explique Jean-François Pilliard (UIMM)

Cécile Maillard

Publié le

Jean-François Pilliard, délégué général de l’UIMM, explique ce que le patronat de la métallurgie attend de la remise à plat en cours du "dispositif conventionnel" de la métallurgie, que les partenaires sociaux de la branche viennent d’engager.

Syndicats et patronat de la métallurgie se sont rencontrés le 23 juin pour entamer une remise à plat des conventions collectives et textes qui régissent les relations sociales de la branche. Jean-François Pilliard, délégué général de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM), explique à L'Usine Nouvelle quels sont les enjeux de cette négociation.

L'Usine Nouvelle : Pourquoi vous engager dans une refonte du "dispositif conventionnel" de la métallurgie ?
Jean-François Pilliard : Ce qu’on appelle "dispositif conventionnel" est composé d’un ensemble de dispositions qui s’accumulent depuis les années cinquante. Cet empilement de règles territoriales et nationales crée une insécurité juridique pour les entreprises, et certaines d'entre elles ne sont plus du tout adaptées aux entreprises actuelles et à la mondialisation. A l’origine, ces dispositions ont plutôt été inspirées par les grandes entreprises. Or celles qui évoluent dans un environnement mondial s’en détachent, et les petites et moyennes entreprises se retrouvent avec des dispositifs obsolètes, complexes, insécurisés juridiquement.

Qu’attendez-vous de cette remise à plat ?
Nous devons créer un nouvel environnement, de simplification, de souplesse, de sécurisation. Les partenaires sociaux, souvent brocardés pour leur incapacité à s’adapter ou à anticiper les évolutions de leur environnement, ont là une extraordinaire opportunité de démontrer qu’ils peuvent sortir d’une logique d’accumulation de couches géologiques, pour créer quelque chose de nouveau. Notre objectif, partagé avec les organisations syndicales, est de partir d’une page blanche et de réfléchir à ce qui est nécessaire pour les 10 ou 15 ans à venir. C’est très innovant socialement !

Les enjeux de cette refonte sont-ils différents selon les secteurs ? Les régions ?
Il faut un socle commun de règles, pour garantir une cohérence économique et une équité sociale. Mais autour de ce socle commun, les partenaires sociaux devraient avoir la possibilité de négocier un accord pour un temps donné, sur un territoire précis, dans un secteur, pour s’adapter à une situation spécifique.

Que mettrait-on dans le socle commun, que laisserait-on aux entreprises ou aux territoires ?
Il est trop tôt pour le dire, les négociations à venir en décideront. Mais nos échanges avec les syndicats, depuis deux ans, montrent une convergence vers l’idée qu’on ne peut plus continuer à avoir plusieurs grilles de classification. Il faut aller vers une grille unique, qui permette à un salarié d’évoluer tout au long de sa vie professionnelle.

Faut-il conserver 76 conventions territoriales de la métallurgie ?
De nombreuses différences existent dans ces conventions collectives, par exemple sur le salaires. Seuls ceux des cadres et ingénieurs sont nationaux. Faut-il conserver ces différences territoriales ? Oui si l’on estime qu’elles collent à la réalité des conditions de vie et du prix du logement. Mais on peut aussi penser qu’il serait plus intéressant d’avoir des minimas identiques sur tout le territoire, alors que la mobilité géographique et professionnelle est de plus en plus un facteur d’évolution des compétences.

La compétitivité c'est aussi la capacité d’innover et d’attirer les jeunes

 

Ne craignez-vous pas qu’une refonte des grilles de classification, d’où découlent les salaires, et une harmonisation des minimas entre territoires, n'entraînent une augmentation des salaires ?

Nous devons trouver un équilibre financier global, pas point par point. Il y a derrière cette négociation, un fort enjeu de compétitivité. L’industrie souffre. Notre projet n’est pas exclusivement social, car il y a une volonté partagée de redonner à l’industrie, et à la métallurgie, des perspectives de développement. Le déclin de l’industrie est inacceptable, et parmi les causes de ce déclin, il y a la rigidité, les pesanteurs.

Est-ce que cela signifie que vos adhérents seront prêts à accepter une certaine augmentation salariale si vous obtenez, en échange, plus de souplesse dans l’organisation du travail ?
Ils souhaitent d'abord que nous nous débouchions sur un ensemble de mesures dont nous évaluerons l’efficacité collectivement. La souplesse peut être trouvée autour du socle commun, en permettant à un secteur ou une région d’adopter des mesures un peu différentes, en autorisant les expérimentations, ou en prévoyant des durées non illimitées pour certaines mesures. Les conventions collectives à durée de vie illimitée ne sont pas adaptées à un environnement qui change à une vitesse stupéfiante.

Refondre la convention collective va-t-il permettre de répondre au manque d’attractivité des métiers de la métallurgie ?
Bien sûr ! La compétitivité ne se réduit pas aux seules questions financières et de coût du travail. Elle inclut aussi la capacité d’innover et d’attirer les jeunes. C'est un des enjeux de la négociation.

Allez-vous réécrire une nouvelle convention collective ?
Oui, mais avec un esprit complètement différent. En France, pas une entreprise, pas un salarié, ne peut s’assurer que la législation est correctement appliquée. Cela nuit à la compétitivité. De trop nombreux textes induisent une grande judiciarisation. Nous sommes tous d’accord pour développer, dans les rapports sociaux, des procédures de médiation pour éviter les contentieux. Nous espérons que de telles dispositions figureront dans la prochaine convention collective. Aujourd’hui, nous gérons plus des normes que des hommes. La réécriture des textes conventionnels est une formidable opportunité de redonner responsabilité et confiance aux partenaires sociaux. Nous avons jusqu’à la fin de l’année pour trouver un accord sur les principes qui structureront le socle commun. Nous verrons ensuite si nous pouvons engager, en 2016, une négociation.

C’est très long !
Nous avons mis deux ans à faire un diagnostic partagé, nous prenons encore six mois, et j’espère que compte tenu de l’investissement réalisé en amont, nous irons vite sur les négociations.

Propos recueillis par Cécile Maillard

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