La mécanique Proglio pour réduire la part du nucléaire à 50% en 2025 

François Hollande peut-il compter sur l’arithmétique d’Henri Proglio, le PDG d’EDF ? Réduire la part de l’atome dans le mix électrique français tout en maintenant la production nucléaire à son niveau actuel se ferait "mécaniquement" grâce à la croissance de la demande d’électricité. Comment ? Eclairage chiffré.

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La mécanique Proglio pour réduire la part du nucléaire à 50% en 2025 

Réduire le nucléaire en proportion mais pas en valeur absolue. C’est l’équation que semble devoir résoudre François Hollande. Le chef de l’Etat a répété lors de l’ouverture de la deuxième conférence environnementale, en septembre 2013, son engagement à réduire de 75% à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité d’ici à 2025. Le président de la République a ajouté à cette occasion que la prochaine "Loi sur la transition énergétique se bornera à poser le principe d’un plafonnement à son niveau actuel de notre capacité de production nucléaire."

ÉVÈNEMENT
ÉVÈNEMENT

Henri Proglio, le PDG d’EDF, a la solution à cette équation. Il la démontre depuis plusieurs mois : l’augmentation de la consommation d’électricité, liée à la croissance démographique et aux nouveaux usages (technologies de l’information et de la communication, voitures électriques… ) de cette énergie fera passer "mécaniquement" la part du nucléaire de 75% à 50% du mix, sans réduire la production des réacteurs. Qu’il s’agisse de réacteurs rénovés ou de nouveaux EPR, comme l’envisagerait le gouvernement selon "Le Monde" du 10 février.

3,5% de croissance annuelle de la consommation

"Je signale à tout hasard qu’avec 2 % d’hypothèse de croissance économique annuelle et compte tenu de la démographie et des habitudes de consommation, le parc actuel de production français, toutes énergies confondues, ne suffirait qu’à satisfaire 60% de la demande en 2025", déclarait le patron d’EDF en 2012 lors d’une table ronde à l’Assemblée nationale. Rebelote lors du débat national sur la transition énergétique où il lance : "En 2025, c'est-à-dire demain, le pays comptera 6 millions d'habitants supplémentaires. Il faudra donc au moins 10% d'électricité de plus qu'aujourd'hui."

La logique d’une proportion de nucléaire réduite par l’augmentation de la consommation n’est pas contestable. Mais aboutir aux bons résultats supppose un bond de la demande d’électricité. Sans tenir compte des exportations, la consommation brute devra croître de moitié d’ici à 2035 – à 750 TWh - pour que la production nucléaire reste à son niveau de 2013 - 404 TWh - tout en ne représentant que 50% du mix. La consommation devra donc progresser de 3,5% par an pendant les douze prochaines années, quand elle a crû en moyenne de moins de 1% par an les douze dernières années (voir l’infographie). Une raison de cette faiblesse a été une chute brutale de la consommation industrielle qui a baissé de plus de 15 TWh en 2008 et en a regagné à peine 3 TWh depuis. Une réindustrialisation réelle du pays pourrait redonner de la vigueur à la demande d’électricité… Jusqu’à atteindre 3,5% de croissance annuelle ?

Scénarios de RTE plus modérés

Qu’envisage RTE, la filiale d’EDF en charge du réseau de transport d’électricité ? Pour prévoir le développement à long terme de ses lignes, RTE a bâti en 2012 quatre scénarios à l’horizon 2025-2030 pour la demande d’électricité et les moyens de production qui devront y répondre. Un seul de ces scénarios, "Nouveau mix", remplit l’objectif de réduction à 50% de la part du nucléaire dans la production d’électricité. L’atome ne fournirait alors qu’environ 275 TWh, soit près de 145 TWh de moins qu’en 2013. Le scénario "Consommation forte", qui "suppose une démographie et une croissance soutenues, de nouveaux usages électriques, des transferts vers des solutions électriques (chauffage, transport, etc.) et une moindre progression de l’efficacité énergétique" pour une consommation accrue de 23% d’ici à 2030, est le seul à voir la production nucléaire augmenter, de 13 TWh, pour une part dans le mix de plus de 65%. Les deux autres scénarios, "médian" et "croissance faible", affichent une production nucléaire en recul de près de 50 TWh qui représenterait autour de 65% du mix électrique.


Source RTE

Le transporteur d’électricité pointe la grande fourchette d’incertitude de 122 TWh entre la consommation du scénario "Croissance faible" (468 TWh) et celle du scénario "Consommation forte" (590 TWh). Pour RTE, "ces larges écarts entre les scénarios reflètent les incertitudes qui pèsent sur les différents facteurs d’évolution de la consommation nationale". Pour inclure le niveau de consommation de 750 TWh que suppose la mécanique d’Henri Proglio, la fourchette d’incertitude devra faire le grand écart. Sans compter que le président de la République s’est engagé sur une diminution de la consommation d’énergie de 50 % en 2050, sans toutefois préciser quelle part pour l’électricité et les fossiles

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Source RTE

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Ludovic Dupin et Manuel Moragues

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