La mécanique des fluides se penche sur la peinture de Jackson Pollock

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La peinture à l’huile est un fluide non newtonien rhéo-fluidifiant. Vous ne le saviez pas ? Le peintre américain Jackson Pollock non plus, probablement. C’est pourtant en maîtrisant cette propriété que l’artiste a élaboré sa technique et ses œuvres.

La mécanique des fluides se penche sur la peinture de Jackson Pollock © Icrf - Flickr - CC

La physique pour expliquer la création artistique ? Personne ne le prétend, mais un laboratoire de l’université de Mexico compte sur la science des fluides pour mieux comprendre la technique picturale de Jackson Pollock, maître de l’expressionnisme abstrait et figure de l’action painting.

Presque autant que par ses œuvres, Jackson Pollock est fameux par les photos qui le surprennent dans son atelier, pot de peinture et bâton en mains, en plein action painting devant une grande toile posée à même le sol. Car le peintre américain, mort en 1956, était un adepte du dripping, technique qui consiste à projeter la couleur à l’aide d’un bâton ou d’une brosse. Voilà pourquoi des physiciens spécialistes de l’écoulement des fluides ont pensé avoir leur mot à dire sur son oeuvre.

Dripping painting

Les chercheurs mexicains du laboratoire de rhéologie et mécanique des fluides de l'université de Mexico, en bons scientifiques, ont découpé le problème : le résultat d’un jet de peinture sur la toile dépend notamment des propriétés physiques de la peinture (le fluide non newtonien… etc.) et du geste de l’artiste : la hauteur et la vitesse auxquelles la peinture est projetée. Leurs premiers résultats ont été présentés cette semaine, lors d’un congrès de l’American Physical Society, à San Francisco.

Les physiciens, qui ont travaillé en collaboration avec le Museum of Modern Art de New-York, ont utilisé un Pollock "mécanique" : un dispositif expérimental qui projette de la peinture en contrôlant précisément la hauteur, la direction et la vitesse du jet. Ils ont renouvelé l’expérience avec des peintures différentes, notamment en termes de viscosité, et ont ainsi mieux compris, sinon l’art du peintre, du moins comment et pourquoi il obtenait certaines textures ou certains motifs sur ses toiles. Ces résultats font sans doute plus progresser la science des fluides que l’élucidation de la création artistique, mais les chercheurs ont bien l’intention de s’attaquer à d’autres artistes avec la même approche expérimentale.

A vrai dire, ils se sont déjà penchés sur un peintre muraliste mexicain, David Alfaro Siqueiros (par ailleurs prix Lénine, membre du parti communiste jusqu’à sa mort en 1974, et acteur d’une tentative d’assassinat de Trotsky… mais c’est hors sujet).  

Accidental painting

David Alfaro Siqueiros - qui a, au cours de sa vie artistique, politique et militaire mouvementée, trouvé le moyen d’accueillir dans son atelier… Jackson Pollock - est l’inventeur de l’ "accidental painting". Cette fois, la technique picturale consiste à superposer plusieurs couches de couleurs, pour obtenir des motifs sous la forme de taches réparties de manière plus ou moins accidentelle. Or, ce que faisait Siqueiros - sans le savoir - c’est exploiter les phénomènes qui se passent à l’interface entre deux fluides de densités différentes. Les physiciens appellent ça l’instabilité de Rayleigh-Taylor...

D'ailleurs, au cours de sa vie artistique, politique et militaire mouvementée, Siqueiros a trouvé le moyen d’accueillir dans son atelier… Jackson Pollock.

Thierry Lucas

 

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