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La maritimisation de l’économie a démarré

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L’implantation en mer des activités industrielles est en marche. Les études du consultant Indicta, fondées sur l’analyse technico-économique de près de 50 projets dans le monde, identifient 30 marchés candidats à la maritimisation et un écosystème mondial de plus de 150 acteurs actifs dans le développement de nouvelles technologies. Antoine Rabain, directeur du pôle Energies, Ressources & Technologies d’Indicta, présentera ces résultats le 3 décembre lors des Assises de l’économie maritime à Nantes. Pour L’Usine Nouvelle, il détaille les opportunités de la maritimisation de l’économie.

La maritimisation de l’économie a démarré © DR

Les mers et océans offrent un champ de réponses plus que jamais pertinent pour nourrir la croissance de l’économie mondiale, cette dernière devant faire face à la raréfaction et au renchérissement des ressources terrestres, à des pressions foncières croissantes, en particulier dans les zones littorales surpeuplées, ou encore à des exigences de sécurité toujours plus importantes pour les activités industrielles.

Face à ces enjeux, l’espace maritime dispose de vastes espaces et ressources biologiques (eau, poissons, algues, micro-organismes), énergétiques, (hydrocarbures, vent, courants, vagues, soleil,…) et minérales (matériaux de construction, métaux de base : cuivre, fer, nickel,…, pierres et métaux précieux, terres rares,…), représentant autant d’opportunités pour l’industrie de développer, de façon durable, de nouvelles activités économiques à forte valeur ajoutée, qui ne se fondent pas uniquement sur l’extraction des ressources brutes, mais sur des activités complètes de production et de transformation en mer.

Inspirées des avancées du secteur des hydrocarbures en mer (lire l’encadré ci-dessous), le basculement en mer de nouvelles activités sous-tend le développement d’infrastructures et de processus innovants. Des projets financés par la Commission Européenne en lien avec le programme stratégique Blue Growth (Tropos, H2Ocean,…), aux projets industriels de rupture engagés au Brésil, en Asie, en Australie ou encore dans l’Arctique, ce sont déjà des centaines de millions d’euros qui sont investis pour le développement maitrisé de nouvelles fonctions complexes en mer. Ces nombreux projets innovants, portés par des entreprises multinationales comme des start-ups, couvrent un large spectre d’activités à logique économique ou non, comme les bioressources et leurs nombreuses applications marchés (biocarburants, bioplastiques, nutrition humaine et animale, engrais, pharmacie, cosmétique, …), les industries ressources-intensives (minerais, datacenters, cimenterie, métallurgie, papèterie, …), ou encore les activités scientifiques, touristiques et régaliennes (stades, hôtels, parcs de loisirs, prisons…).

Des projets d’implantations en mer... rentables

Pour l’ensemble des marchés industriels candidats à la maritimisation, l’analyse de leur potentiel de basculement en mer résulte de l’évaluation croisée de paramètres clés, avec en particulier la comparaison des bénéfices économiques attendus sur l’ensemble de la durée de vie des projets, les surcouts générés à l’investissement dans les infrastructures devant être compensés par des gains substantiels dans les opérations de production, pour qu’in fine les coûts complets soient plus avantageux.

L’accroissement de la performance et l’optimisation des processus industriels, en capitalisant sur les nombreux atouts du milieu marin, représentent ainsi des critères de poids pour arbitrer vers la maritimisation d’une activité industrielle terrestre : la réduction des coûts de production grâce à l’ensemble des ressources naturellement présentes en mer, mais aussi par le facteur d’espace maritime quasi-infini, ou encore par le raccourcissement des chaines et des flux logistiques, sont autant de facteurs déterminants pour accélérer cette tendance. D’autant plus en y ajoutant des facteurs plus qualitatifs comme celui de la mobilité et de la localisation (capacité à se rapprocher de zones à enjeux économiques, stratégiques ou géostratégiques).


Vision cible d’une plateforme autonome maritimisée pour l’implantation d’activités industrielles (ici 2 activités complémentaires)

Pour démontrer la pertinence économique des projets industriels, des investissements restent nécessaires pour assurer de façon crédible et attractive l’ensemble des fonctions "supports", telles que la gestion de l’énergie, de l’eau, des déchets, du stockage, de la logistique, …

Ainsi, les énergies marines renouvelables, qui sont aujourd’hui largement considérées comme une ressource produite en mer pour les besoins à terre, pourraient répondre aux besoins énergétiques croissants des industries implantées en mer, la sécurisation des approvisionnements à coûts maitrisés apparaissant comme un élément clé des investissements futurs.

A terme, la valorisation des synergies industrielles entre plusieurs activités implantées conjointement en mer, renvoyant ainsi aux principes de développement durable et d’économie circulaire, pourrait accélérer le franchissement des seuils justifiant le basculement d’activités terrestres en mer. Les synergies entre activités y sont en effet à la fois nombreuses, diverses et étendues : CO2, eaux usées et déchets organiques comme les nutriments pour l’algoculture, elle-même valorisable sous forme de nutriment pour l’aquaculture, mais aussi transformable en biocarburant, papier, plastique, produits cosmétiques, …

Pour un rayonnement mondial de l’industrie française et européenne

Si le concept de la ville en mer semble encore utopique, celui du développement de zones d’activités industrielles durables en mer est lui déjà bien engagé, réunissant des facteurs d’attractivité économiques, écologiques et sociaux avérés, amenés à s’accroitre au cours des prochaines années. De quoi renforcer le développement de l’économie maritime mondiale, qui dépassent aujourd’hui 3% du PIB mondial, avec des perspectives de croissance particulièrement favorables pour les acteurs français, dont le savoir-faire et les capacités d’innovation dans ce milieu complexe sont immenses, permettant d’espérer la structuration de nouvelles filières industrielles d’excellence, en France et à l’export.

Plus généralement, ces opportunités concernent aussi bien les innovateurs experts du milieu marin que les acteurs des services qui sauront proposer de nouveaux modèles organisationnels et de partage du risque entre constructeurs, opérateurs et clients utilisateurs.

Antoine Rabain, directeur du pôle Energies, Ressources & Technologies d’Indicta

De la plateforme pétrolière au hub flottant
Au sein de l’économie maritime mondiale, la production de pétrole et gaz en mer constitue de loin le premier marché industriel "maritimisé", avec une dynamique d’investissements intense (supérieurs à 100 milliards d'euros par an), permettant de repousser les limites de profondeur et de distance des champs par rapport à la côte. Les innovations se focalisent en particulier sur la robotique sous-marine autonome, l’immersion d’automatismes fixes de production, ou encore les navire-usines de type FPSO (Floating production storage and offloading) et FLNG (Floating Liquefied Natural Gas), qui produisent les hydrocarbures au plus près de la zone d’extraction, avec des besoins énergétiques de plus en plus importants, dépassant maintenant quasi-systématiquement les 100 mégawatts voire 150 mégawatts de puissance installée pour les dernières constructions. La multiplication des projets de grande envergure (Brésil, Australie, Malaisie, Arctique, …) devant mettre en œuvre plusieurs navires-usines dans des mêmes zones de production, a amené les opérateurs à repenser les méthodes d’approvisionnement énergétique des plateformes.
Plateforme "Usine électrique" : illustration du potentiel d’optimisation dans le pétrole et gaz en mer

Au-delà de la fonction de production d’énergie déportée, et à titre d’exemple, les projets du pré-salé brésiliens, majoritairement caractérisés par des profondeurs d’eau supérieures à 2000 mètres et des distances à la côte supérieures à 250 km, nécessiteront, en plus d’usines électriques flottantes, des plateformes "relais" – ou hubs logistiques – positionnées entre la côte et les sites de production.
Illustration : un projet de « hub flottant » au Brésil pour optimiser et mutualiser les flux logistiques des opérations offshore

Un consortium japonais mené par Mitsubishi Heavy Industries and IHI Corp., et accompagnés par Japan Marine United, Kawasaki Heavy Industries, Mitsui Engineering & Shipbuilding and Nippon Yusen K.K, ont récemment obtenu un accord de l’opérateur Petrobras pour conduire des études de faisabilité pour un premier hub flottant au large de Rio de Janeiro au Brésil.

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