La longue nuit décisive qui attend les négociateurs de la COP21

Après l’échec de Copenhague en 2009, personne ne veut entendre parler d’un bis repetita. Le rapport remis à Laurent Fabius cet après-midi ne préjuge pas de l’accord final, mais plusieurs questions essentielles restent en suspens.

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La longue nuit décisive qui attend les négociateurs de la COP21


?COP21 ?Crédits : @francediplo CC Twitter

Avec deux heures de retard, les ministres ont remis le rapport intermédiaire mercredi 9 décembre à 14 heures. Rien n’est réglé, mais le président de la COP21, Laurent Fabius reste optimiste, tout en mettant la pression sur ses convives.

"Je suis convaincu que nous pouvons trouver un accord dans le temps imparti. Ce texte est une avancée par rapport [au précédent], il est plus court. […] Il va nous falloir travailler encore cette nuit et demain en vue de l'adoption d'un accord dans les délais fixés", déclarait-il en séance plénière à 15 heures.

En effet, "trois questions transversales devront faire l’objet de discussions approfondies : la différenciation, le financement et le niveau d’ambition de l’accord." Les 196 parties (195 pays et l’UE) ont jusqu’au 9 décembre 20h pour étudier cette nouvelle base.

Ensuite, le Comité de Paris devra se réunir. Cette instance unique a été créée le week-end dernier à la demande du Président de la COP21 pour mener des consultations informelles, avancer sur le texte de l’accord et faciliter les compromis. "Les travaux de cette instance, que nous appelons le Comité de Paris et que je présiderai, devront aboutir à un projet d’accord et de décisions", déclarait-il le 7 décembre.

Le président de la COP21 s’est félicité d’un texte "plus court" : il passe de 43 à 29 pages. "Il y a eu une réduction de trois-quarts du nombre de points entre crochets. C'est mieux, mais encore trop", souligne le président de la COP21.


Les trois objectifs essentiels en suspens
"L'objectif reste toujours le même, parvenir en temps et en heure à un accord pour lutter contre le réchauffement climatique". S’il y a eu des avancées ces derniers jours, des points cruciaux ne sont pas réglés.

Le Président de la République, François Hollande souhaitait "un accord différencié, universel et contraignant". Autant dire, qu’il ne sera pas contraignant. La Chine et les Etats-Unis y sont totalement opposés. Et le seul accord contraignant obtenu, fut celui de Kyoto (Japon) en 1997 signé seulement par … 30 pays.

L’objectif est, rappelons-le, de limiter le réchauffement de la planète à la fin du siècle à moins de 2°C. 187 pays ont donné leur contribution sur les 196 parties, mais elles sont insuffisantes.

Elles permettent tout au plus de limiter la hausse des températures à 2,7°C. Surtout, au Bourget, il a beaucoup été question de 1,5°C, seuil vital pour une quarantaine d’Etats, essentiellement situés dans le Pacifique.

Or, Laurent Fabius appelle le Comité de Paris à intensifier les consultations sur le niveau d’ambition de la COP, la différentiation, et les financements, "Trois questions transversales qui doivent être tranchées" appelle-t-il.

La différenciation signifie la prise en compte des capacités économiques et des responsabilités de chaque pays dans le réchauffement climatique pour définir les efforts qu'ils doivent fournir et la possibilité de recevoir une partie des fonds. Or, certains pays demandent à bénéficier des fonds et pourraient plutôt être mis à contribution, comme certains pays émergents, la Chine par exemple.

Le financement est le nerf de la guerre. Sans financement, il est impossible d’aider les pays les plus vulnérables face au réchauffement climatique à se protéger, alors qu’ils sont les moins émetteurs de gaz à effet de serre.

Il faudra arriver à 100 milliards de dollars en 2020. Les objectifs devaient être annoncés à Paris. A l’heure actuelle, il manquerait encore une quinzaine de milliards. "Chaque contribution supplémentaire qui nous rapproche du seuil des 100 milliards doit être saluée. Mais les comptes étant tenus par les donateurs et reflétant leurs choix sur ce qui doit être comptabilisé et comment, le montant des fonds destinés aux plus vulnérables parait plus élevé qu’il ne l’est en réalité", déclarait Romain Benicchio, porte-parole de l’ONG Oxfam France. La nuit qui vient risque d’être bien longue pour obtenir un accord acceptable et vital pour le futur de la planète.

Olivier Cognasse

Olivier Cognasse Grand reporter Environnement – Utilities – Mobilités – Industries ferroviaire et navale
Olivier Cognasse

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