La loi anti-LGBTQ votée en Hongrie dénoncée par les Européens

par Sabine Siebold et Gabriela Baczynska
La loi anti-LGBTQ votée en Hongrie dénoncée par les Européens
Des manifestants protestent contre la loi interdisant les contenus LGBTQ dans les écoles et les médias, à Budapest. Treize Etats membres de l'Union européenne, parmi lesquels Allemagne, France, Irlande, Pays-Bas, ont condamné mardi dans une déclaration commune la nouvelle loi anti-LGBTQ adoptée en Hongrie. /Photo prise le 16 juin 2021/REUTERS/Bernadett Szabo

BRUXELLES (Reuters) - Treize Etats membres de l'Union européenne, parmi lesquels Allemagne, France, Irlande, Pays-Bas, ont condamné mardi dans une déclaration commune la nouvelle loi anti-LGBTQ adoptée en Hongrie, dénonçant "une manifestation flagrante de discrimination".

Ce texte interdit "la représentation et la promotion d'identités de genre différentes du sexe à la naissance, du changement de sexe et de l'homosexualité" auprès des personnes de moins de 18 ans.

"La stigmatisation des personnes LGBTQI représente une violation manifeste de leur droit fondamental à la dignité, prévue par la Charte de l'UE et le droit international", peut-on lire dans la déclaration commune adoptée à Luxembourg en marge du Conseil Affaires générales.

Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Irlande, Lituanie, Lettonie, Luxembourg, Pays-Bas et Suède en sont signataires.

"On ne peut pas accepter ce discours, on ne peut pas accepter cette atteinte aux valeurs", a déclaré le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Clément Beaune, à Luxembourg.

"C'est un choix européen qu'on a fait ensemble et qu'on ne peut pas piétiner, qu'on ne peut pas remettre en cause", a-t-il ajouté.

Ces propos, sur fond d'inquiétudes au sein de l'UE sur les manquements à l'Etat de droit en Hongrie et en Pologne - qu'il s'agisse de l'indépendance de la justice, de la liberté de la presse, ou des droits des femmes et des minorités -, ont trouvé écho auprès du représentant allemand, lequel a souligné que la nouvelle loi hongroise violait clairement les valeurs de l'UE.

S'exprimant devant les journalistes en amont de la réunion, Michael Roth a déclaré que "l'Union européenne n'est pas en premier lieu un marché unique ou une union monétaire. Nous sommes une communauté de valeurs, et ces valeurs nous lient tous".

LA HONGRIE SE DÉFEND DE TOUTE DISCRIMINATION

Alors que le ministre suédois a qualifié de "grotesque" la loi hongroise, son homologue néerlandais a appelé le gouvernement du Premier ministre Viktor Orban à faire marche arrière, tandis que le représentant irlandais a estimé que l'exécutif de Bruxelles devait entamer une procédure auprès de la Cour de justice de l'UE.

En amont de l'élection de l'an prochain, Viktor Orban se montre de plus en plus radical en matière de politique sociale, disant mener un combat pour protéger du libéralisme occidental ce qu'il considère comme les valeurs chrétiennes traditionnelles.

Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, a déclaré que la nouvelle loi ciblait seulement les pédophiles.

S'exprimant avant la réunion avec ses homologues, il a assuré que "la loi protège les enfants de manière à ce que l'éducation en matière d'orientation sexuelle soit un droit exclusif des parents jusqu'à l'âge de 18 ans".

"Cette loi ne dit rien à propos de l'orientation sexuelle des adultes", a-t-il ajouté.

En Allemagne, le maire de Munich a demandé à l'instance dirigeante du football européen de pouvoir éclairer aux couleurs de l'arc-en-ciel (symbole du mouvement LGBT) le stade de la ville lors du match de l'Euro 2020 opposant l'Allemagne à la Hongrie mardi - une demande rejetée par l'UEFA, qui a souligné dans un communiqué sa neutralité politique et religieuse.

L'UEFA a toutefois proposé des dates ultérieures coïncidant avec les événements liés au Christopher Street Day, qui commémore le soulèvement des homosexuels à New York en 1969.

Interrogé sur la décision de l'UEFA, Clément Beaune a dit la "regretter". "Je crois que ça aurait été un symbole très fort", a-t-il déclaré, ajoutant qu'il réfléchissait avec la ministre des Sports à la possibilité d'illuminer des stades en France.

(avec la contribution de Marine Strauss et Philip Blenkinsop à Bruxelles, Simon Johnson, Simon Evans à Manchester; version française Myriam Rivet et Jean Terzian, édité par Sophie Louet)

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