"La Libye est un pays prometteur pour le développement industriel"

Six mois après le début de la révolution libyenne, les rebelles ont donc réussi à entrer dans la capitale Tripoli. Et même si la chute avérée du colonel Kadhafi se fait attendre, se posent déjà les questions sur la relance de l'industrie du pays. Interrogé par l'Usine Nouvelle, Luis Martinez, directeur de recherche au Ceri-Sciences Po, pèse les éléments qui détermineront la nouvelle donne industrielle libyenne.

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L'Usine Nouvelle - Qu’est-ce que le basculement de régime peut changer pour les industries sur place et pour les industriels français ayant des intérêts en Libye ? En particulier dans le pétrole ?
Luis Martinez - Il faut bien comprendre que les industriels français ont des liens avant tout commerciaux avec la Libye. En termes d’investissements directs sur place, la présence française n’est pas très développée ! La Libye n’est pas un grand pays industriel. Les compagnies Libyennes sont avant tout des compagnies de production d’or noir, à hauteur de 1,5 million de barils par jour. Conséquence : pas d’investissement dans l’industrie pétrochimique ni de naissance de complexes de cet acabit. L’investissement n’a concerné que l’exploration de pétrole et de gaz, et le changement de régime n’aura que peu d’incidence sur cette extraction.

Cette situation peut-elle changer ? Des complexes industriels peuvent-ils désormais voir le jour ?

Oui, la Libye est un pays prometteur. Le régime de Kadhafi n’était pas favorable à la libéralisation économique, pour des raisons politiques. En effet, son pouvoir reposait sur l’exploitation d’une rente pétrolière, avec des avoirs estimés en décembre 2010 à 140 milliards de dollars. Le fait le pays ait été sous embargo dans les années 90 a réduit aussi ses possibilités de développement. Si la naissance de complexes industriels était difficile à imaginer du temps de Kadhafi, tout est désormais possible.

Que peut-il se passer pour les industriels français ayant passé des contrats avec le régime de Kadhafi ?
Tout comme un changement de dirigeant chez Total ne change pas la teneur de ses contrats, le changement de régime en Libye ne devrait pas affecter la teneur des contrats existants. Le nouveau ministre du pétrole est précisément resté à Tunis la semaine dernière, pour participer aux négociations d’une transition politique douce. L'éventualité de devoir verser des pénalités, en cas de rupture de contrat, reste dissuasive.

Toutefois, comment peut se passer un "transfert de compétences" sur les raffineries et les puits, entre les salariés de la compagnie nationale, et le gouvernement de transition? Les hauts postes sont-ils remplacés, les petites mains restent-elles?

Ce n’est pas parmi les rebelles qu’on va trouver les dirigeants du secteur pétrolier : on va devoir travailler avec les mêmes. Et ce pour des raisons de compétences techniques, tout simplement. Le Conseil de transition libyen ne va pas faire comme en Irak, et interdire à tous ceux ayant travaillé sous Kadhafi de travailler aujourd'hui. Au contraire. Il a déjà annoncé souhaiter que les employés actuels restent en place.

Au-delà du pétrole, quels secteurs industriels français sont-ils concernés par la nouvelle donne libyenne ?
Il existe l’espoir d’un projet de construction de voies ferrées, d'une commande d’avions de combat ou d’Airbus aujourd'hui mises entre parenthèses… Je pense aussi aux chantiers navals de STX, qui cherchent un repreneur pour la commande d'un paquebot autrefois passée par un fils de Kadhafi, aujourd'hui annulée ! Toute une série de projets sont actuellement sur la table. Encore une fois, peu de chances que ces contrats avec la Libye soient rompus, compte tenu des conséquentes indemnités que Tripoli devrait verser.

Quid du point de vue de la formation ? Y a-t-il de nouvelles opportunités pour créer une nouvelle génération d’ingénieurs en Libye ?
Le taux d’alphabétisation est supérieur à 90% dans le pays. Mais du point de vue technique, Tripoli n’a pu bénéficier de la coopération internationale scientifique et éducative que depuis 6 -7 ans. Il y aura un besoin de formation très important dans les années à venir. Une priorité du nouveau gouvernement sera sûrement d’investir dans l’éducation, mais de façon plus ouverte et plus internationalisée qu’en Irak.

Production de pétrole : rien de nouveau sous le soleil
"Concernant le pétrole et le gaz, après ces 6 mois de guerre, peu de sabotages ont eu lieu. Raffineries, ports, terminaux sont restés en place. La raffinerie de Ras Lanouf, bien que touchée, n’a pas été détruite, et celle voisine de Zaouiah non plus.

Les techniciens de la Saipem, filiale de l’italien Eni, principal partenaire de la Libye, sont à pied d’œuvre pour remettre les pipelines en route. Ce qui permettrait aux exportations de reprendre dès la semaine prochaine. La situation est donc bien différente de l’Irak !

Du point de vue environnemental également, contrairement à l’Irak, aucun sabotage de champ pétrolier avec déversement de nappes dans la mer Méditerranée n’a eu lieu en Libye.  Les principales victimes de ce conflit sont bien les civils."

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