La lettre du Social et du Management du 23 au 29 septembre

Partager

La prime qui fait pschitt

C'est ce qu'on doit appeler une collision temporelle. Souvenez-vous avant l'été, un débat occupait la scène sociale : fallait-il ou non mettre en place une prime dividendes, quasi obligatoire en cas de hausse des dividendes des salariés ? Le président de la République, son promoteur, expliquait que c'était une question de juste répartition : que la croissance des entreprises devait profiter à tous, actionnaires et salariés. Las, la crise financière est passée par là et les capitalisations boursières ont fondu de quasiment un tiers. Il n'empêche : les entreprises devront négocier au titre des résultats de l'an dernier. A contretemps.
Le DRH de Seb a réussi à accorder une prime d'un montant strictement égal à la baisse de l'intéressement, après en avoir modifié le calcul. Pour les salariés rien ne changera sur la fiche de paie. Chez le groupe volailler LDC, la CFDT monte au créneau pour dénoncer également une proposition de la direction pour « une prime Sarkozy d’une centaine d’euros soustraite de l’intéressement des salariés, ce qui revient à baisser le calcul de l’intéressement. C’est un véritable tour de magie qu’a opéré la direction du groupe. »

Le président de la République n'a décidément pas de chance avec ces initiatives en matière de revenus. La prime dividendes après l’initiative sur la répartition de la valeur ajoutée en trois parts, deux sujets qui ont fait pschittt dans un contexte économique particulièrement épineux. Difficile d'augmenter les revenus des salariés lorsqu’on est président, dans une économie où la décision reste entre les mains des chefs d'entreprise. Et lorsque les mesures gouvernementales sont prises en cours d’année alors que les négociations salariales ont déjà été entamées, voire closes et les budgets décidés, le succès de l’opération est encore plus délicat.


Poussée de conflits sociaux localisés

Des rapports de forces s’engagent sur l’ensemble du territoire autour de sites voués à la fermeture ou à des plans de restructuration. L’action la plus violente est la grève de la faim entamée depuis maintenant dix jours par douze salariés de Lafarge qui s’insurge contre la disparition de leur site de Frangey dans l’Yonne où 74 emplois sont en jeu. Ils campent devant le siège de Lafarge à Saint Cloud en compagnie du maire de leur commune également gréviste de la faim. Un comité central d’entreprise doit se tenir aujourd’hui jeudi 29 septembre, le sujet sera sur la table. Sur l’étang de Berre le site pétrochimique de Lyondellbasel a été mis à l’arrêt et bloqué mercredi 28 suite à l’annonce du projet de fermeture en l’absence d’un repreneur. Les syndicats prédisent une grève dure reconductible toutes les 24 heures. En solidarité, les salariés du site de Total à Donges (Loire-Atlantique) ont voté mercredi 28 septembre une mise au minimum technique de leurs installations pour 24 heures. A côté de l’Etang de Berre, les salariés de Fralib Gémenos qui bloquent leur site depuis plusieurs semaines viennent de se voir ordonner par le tribunal de grande instance de Marseille de « cesser les entraves à la liberté d’aller et venir dans la société, sous peine d’une astreinte progressive par infraction constatée ». Le syndicat de la CGT estime que cette décision ne l’empêche pas de continuer à occuper le site, mais la situation risque de rester tendue jusqu’à la décision de la cour d’appel d’Aix qui doit se prononcer sur la décision du tribunal administratif de Marseille qui a validé le PSE d’Unilever au motif d’une compétitivité insuffisante. Depuis début septembre, de nombreux sites sont inquiets, les mouvements de grèves se sont multipliés. Certains sont en voie de trouver des accords avec la direction, pour d’autres ce n’est que le début de la lutte. Parmi eux : Arcelormittal à Florange, Constellium à Ham, Sobrena à Brest, Still SAS à Montataire, Faurecia à Nompatelize, la Fonderie du Poitou à Ingrandes-sur-Vienne, Goodyear Amiens Nord …


Demandez en plus aux salariés

Mais quel est donc ce mal qui frappe le monde du travail ? Le cabinet Mercer a interrogé 30 000 salariés dans 16 pays (dont 2000 rien que pour la France) et il en ressort une baisse importante de l'engagement des salariés par rapport à la précédente enquête, en 2007. Un chiffre résume cette situation : près d'un salarié sur trois (30 %) pense sérieusement à quitter son entreprise, soit 57 % de plus qu'en 2007. Seulement 58 % (- 6 points) des salariés sont satisfaits de leur entreprise.

Si la satisfaction par rapport au salaire et notamment le lien entre le revenu et l'effort progresse, la satisfaction au travail chute de 20 % passant de 72 % à 57 %. En particulier, le nombre de salariés s'estimant sous-utilisés progresse : ils étaient 85 %, ils ne sont plus que 72 % à considérer que leur employeur tire pleinement partie de leurs capacités dans leurs rôles. Et si le meilleur moyen de remotiver les troupes passait par une plus grande mobilisation des uns et des autres...

Christophe Bys

A lire cette semaine dans L'Usine Nouvelle :

« Dans l’usine qui a fabriqué le candidat présidentiel du NPA, Philippe Poutou »

Partager

SUJETS ASSOCIÉS
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

  • Recherche le contact d'un décideur ou d'une entreprise industrielle

    GOODYEAR AMIENS
ARTICLES LES PLUS LUS