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Quotidien des Usines

La laborieuse informatisation de l'hôpital

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Publié le

Les systèmes d'information sont au coeur de la réforme des hôpitaux. Les éditeurs de logiciels ont pourtant du mal à appréhender ce marché favorable.

Les entreprises citées

L'informatique peut-elle aider les hôpitaux à améliorer leurs bilans financiers et la qualité des soins dispensés ? L'Etat en est persuadé : les systèmes d'information sont au coeur de la réforme en cours (plan Hôpital 2012, plan Urgences...). Le projet de loi « Hôpital, patients, santé, territoires », qui devait être présenté devant le Conseil des ministres le 22 octobre, conforte cette volonté : regroupement d'établissements de santé publics et privés, mise en commun de structures... Des mesures générant de nouveaux besoins autour de la consolidation et l'intégration des systèmes informatiques, l'archivage des données et la sécurité des contenus.

« Même si les dépenses informatiques hospitalières demeurent faibles, elles offrent la croissance la plus élevée du marché informatique à l'horizon 2011 », indique Didier Krainc, le directeur général IDC France. Selon la société de conseil, celles-ci se sont élevées à 1,4 milliard d'euros en 2007, soit une croissance de 8,9 % par rapport à 2006. Le marché des logiciels reste le plus porteur avec 340 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2008 (+ 9,5 %). Si tous les établissements disposent d'outils informatiques pour la gestion administrative et financière, les besoins concernant le dossier médical du patient restent importants. Le défi est d'informatiser les différents plateaux médico-techniques (laboratoires d'analyse, blocs opératoires...), pour rassembler les données relatives à chaque patient (antécédents, prescriptions) dans un dossier commun à tous les services.

Ces opportunités n'ont pas échappé aux éditeurs. Cinq grands spécialistes de la santé se partagent le marché français : le belge Agfa Healthcare (104 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2007), les américains McKesson (35 millions d'euros) et Cerner, l'allemand Siemens et le français Medasys (17 millions d'euros). Leur créneau ? Le fameux dossier patient partagé, mais aussi des logiciels plus verticaux. Autour d'eux, gravite une nuée de sociétés très spécialisées, tel l'américain Picis qui fournit des logiciels pour les unités de soins critiques (chirurgie, réanimations, soins intensifs). Sans compter les intégrateurs informatiques (IBM, Thales), avec lesquels ils s'associent lors des appels d'offres.

DE NOMBREUX FREINS

Mais le tableau n'est pas aussi idyllique qu'il en a l'air. Les éditeurs ont bien du mal à concrétiser les promesses du marché. « Ce qui apparaissait, il y a quelques années, comme une évidence est en fait un véritable défi », admet Jean-Marie Le Guen, le président du conseil d'administration de l'Assistance publique des hôpitaux de Paris et député (PS) de Paris.

Le premier frein concerne la faiblesse des investissements. Les hôpitaux publics, qui ont affiché un déficit cumulé de près de 650 millions d'euros en 2007, rechignent à investir. D'abord parce qu'ils sont perdus devant une offre industrielle vaste et parfois hors de prix : il faut compter jusqu'à 10 millions d'euros pour un système complet comprenant logiciels, matériel et intégration. Ensuite, parce qu'informatiser rime avec recruter dans ces fonctions, ce qui est loin d'être une priorité pour des hôpitaux souffrant de manière chronique de sous-effectif.

Enfin, l'enveloppe de 1,5 milliard d'euros, promise dans le cadre du plan Hôpital 2012 pour la modernisation des systèmes d'informations hospitaliers, se fait attendre depuis un an. La première salve des projets retenus vient cependant d'être dévoilée (lire l'encadré ci-dessous).

Si quelques hôpitaux modèles n'hésitent pas à mettre les moyens, à l'image du centre hospitalier d'Arras (Nord-Pas-de-Calais) et du centre hospitalier universitaire d'Amiens (Somme), ils constituent des exceptions. Selon l'enquête annuelle 2006 du groupement pour la modernisation du Système d'information hospitalier (GMSIH), seulement 17 % des 227 établissements interrogés ont informatisé le dossier de soin. La majorité des hôpitaux avancent plus doucement et commencent par l'informatisation d'activités comme les laboratoires d'analyse et les urgences.

Cela engendre un autre blocage, technique cette fois. « Les systèmes informatiques des hôpitaux restent cloisonnés, beaucoup s'équipant par activité. Quand on veut que tout fonctionne ensemble, cela se complique », résume Christophe Boutin, le directeur général de McKesson France. En moyenne, 30 logiciels coexistent au sein d'un même hôpital ; un véritable défi pour organiser l'intégration des différentes briques. Ceci devrait se compliquer davantage quand les hôpitaux partageront leurs informations entre eux ou avec les médecins de ville. Les industriels réclament aussi l'application des normes internationales sur l'intégration des données. Quant à l'identification des patients et des médecins, et quant aux règles de confidentialité, les standards restent à définir.

UNIFORMISER LES SOLUTIONS

Au final, le bilan s'avère mitigé pour les industriels. D'autant qu'ils sont soumis à une forte concurrence de structures publiques, émanant des anciens centres régionaux informatiques hospitaliers. Ces éditeurs publics détiennent plus de 50 % du marché. Une concurrence mal vécue par les éditeurs privés, qui ont investi massivement, à grands coups de rachats, pour étoffer leurs gammes.

« Nous sommes trop nombreux, il va y avoir une consolidation du secteur », pronostique un industriel. Même si elle a été démentie par ses dirigeants, la rumeur selon laquelle Afga Healthcare serait à vendre, persiste.

Pour sortir de ce bourbier, industriels et hôpitaux, souvent en désaccord, sont unanimes et se retournent vers les pouvoirs publics : les budgets annoncés doivent être débloqués et un pilotage clair mis en place. Mais les industriels doivent également évoluer. « Chacun développe sa solution dans son coin. Il serait peut-être bien de proposer seulement trois ou quatre solutions standard à un hôpital », assène Jacques Pantin, le PDG de Dictao et membre du Syntec informatique, le syndicat des SSII et des éditeurs de logiciels.

Dans tous les cas, la modernisation des hôpitaux prendra du temps. « Le parcours des soins est complexe et doit prendre en compte les facteurs, humains, sociaux et techniques », indique Pierre Lesteven, le conseiller stratégique et prospective au sein de la Fédération hospitalière de France. La clé de la réussite sera donc la patience !

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