La justice suisse pourrait trancher en mars entre Sika et Saint-Gobain

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Plus question de dialogue entre Saint-Gobain et la direction de Sika. La prise de contrôle de la pépite suisse par le groupe français, pour 2,3 milliards d’euros, est aujourd’hui entre les mains du tribunal cantonal de Zug. Il devrait se prononcer courant mars.

La justice suisse pourrait trancher en mars entre Sika et Saint-Gobain © D.R.

Pas question pour le moment d’armistice. Le conflit ouvert autour de la prise de contrôle du chimiste suisse Sika par Saint-Gobain s’emble s’enliser. D’un côté Saint-Gobain et la famille Burkard, qui a signé la vente au groupe français de sa holding SWH détentrice de 16% du capital et de 52% des droits de vote de Sika. De l’autre, les administrateurs indépendants du conseil du suisse, la direction et des actionnaires minoritaires de Sika. Chacun campe sur ses positions. "Il n’est pas question de concessions, la transaction est faite, on n’attend que les avis des autorités de la concurrence pour la clore", a tranché mercredi 25 février Pierre-André de Chalendar, le PDG de Saint-Gobain, lors de sa conférence téléphonique de présentation des résultats du groupe. Et d’ajouter : "Nous espérons que ceux qui alimentent la peur et portent préjudice aux 17000 salariés de Sika vont devenir plus raisonnables […] Des administrateurs d’une société cotée ne peuvent pas décider quand et comment un actionnaire peut céder ses parts."

La moitié des actionnaires ont rejoint la fronde

Les espoirs du groupe français ont été douchés lors de la présentation des résultats annuels de Sika, à Zug, ce vendredi 27 février. "Nous nous opposons toujours à l’intégration de Sika à Saint-Gobain qui mettrait en péril notre modèle de croissance", a déclaré le patron Jan Jenisch. L’emblématique dirigeant du chimiste suisse venait de se féliciter de ce modèle qui avait "dépassé largement nos objectifs stratégiques" et donné "des résultats fantastiques" : des ventes en hausse de 8,3% en francs suisses (+13% à taux de change constants) à 5,57 milliards et un EBIT en hausse de 21% à 633 millions. Le président du conseil d’administration, Paul J. Hälg, est resté sur ses positions, rappelant les raisons de sa fronde face à la famille, accusée de rompre ses engagements envers Sika et de mettre en péril les intérêts des actionnaires minoritaires. Le dirigeant peut s’appuyer sur ses actionnaires : "Le soutien d’actionnaires représentant aujourd’hui plus de 50% du capital de Sika prouve la légitimité de nos actions", a-t-il déclaré.

Contre-attaques de la famille

Ces actions, c’est avant tout la décision du conseil, il y a un mois, de déchoir la famille de ses privilèges, ce qui ramènerait ses droits de vote à 2,5% lors de l’assemblée générale ordinaire du 14 avril. S’y ajoute le projet de résolution de la fondation suisse Ethos, qui veut supprimer la clause "d’opting out" qui permet à Saint-Gobain de ne pas avoir à lancer d’OPA sur Sika. Que peut faire Saint-Gobain pour surmonter ces obstacles dressés sur sa route ? Pas grand-chose, paradoxalement, puisqu’il n’est pas encore directement concerné. La famille Burkard, en revanche, a contre-attaqué auprès du tribunal cantonal de Zug pour lever la limitation de ses droits de vote, auprès de la Commission des offres publiques d’acquisition pour valider l’exemption d’OPA. "Nous attendons des décisions courant mars", a précisé Paul Hälg, qui a rappelé "que des recours avant ou après l’assemblée générale étaient possibles".

Facteur temps crucial

L’opération de Saint-Gobain est-elle menacée ? "En l’état de la jurisprudence suisse, le management de Sika et les actionnaires ont engagé des procédures dont ils savent qu’elles ne sont pas forcément vouées à être couronnées de succès", analyse Patrice Lefèvre-Péaron, associé du bureau de Genève du cabinet Jeantet. Pour l’avocat spécialiste des relations d’affaires franco-suisses, "on ne peut pas exclure que les procédures aillent jusqu’au tribunal fédéral, mais ce n’est pas la décision judiciaire de ce dernier, qui pourrait intervenir tardivement, qui est le point le plus important dans ce type de dossier. La vie des affaires aura repris ses droits bien avant." La prochaine décision du tribunal cantonal de Zug pourrait bien trancher dans les faits sur l’avenir de l’acquisition stratégique de Saint-Gobain.

Manuel Moragues

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