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L'Usine de l'Energie

La Hague sous perfusion

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L’usine de La Hague est fragilisée par les pertes du groupe Areva et par la morosité du secteur nucléaire. Elle travaille désormais presque exclusivement avec EDF.

La Hague sous perfusion

La plus grande usine de retraitement de combustible nucléaire au monde retient son souffle. Quelque 5 000 personnes, dont 3 200 salariés d’Areva, travaillent sur ce site, à 25 kilomètres de Cherbourg, sur la presqu’île de La Hague (Manche). Employés des entreprises sous-traitantes et personnel d’Areva, tous espèrent que le plan de sauvetage du groupe, annoncé le 27?janvier, pourra être mené à bien [lire « L’Usine Nouvelle » numéro 3454]. « C’est une étape cruciale, mais ce n’est qu’une étape », assure Philippe Launay, secrétaire du syndicat FO d’Areva La Hague. Le site normand, fragilisé par la morosité du secteur nucléaire, a entamé une réduction de ses coûts de 3 % par an jusqu’en 2019 (gel des salaires, suppression de 500 postes sans licenciements…) et s’est engagé dans la recherche de nouveaux clients.

950 à 1 100 tonnes de combustible usé par an

Les combustibles nucléaires en provenance de l’étranger représentaient le tiers des tonnages traités dans les années 2000. Ils n’en constituent plus qu’une infime partie aujourd’hui, de l’ordre de 3 %, avec quelques tonnes en provenance des Pays-Bas et d’Italie. L’usine travaille désormais presque exclusivement pour EDF, tenu par la loi française de recycler son combustible usé. Le groupe, avec ses 58 réacteurs dans l’Hexagone qui assurent 80 % de la production d’électricité nationale, n’est pas un client comme les autres. Mais ce n’est pas suffisant pour faire vivre le site.

Les perspectives de commandes sont mauvaises. La catastrophe de Fukushima, en mars?2011, a contraint le Japon à stopper ses réacteurs et a eu pour effet de geler les projets de réacteurs nucléaires un peu partout dans le monde, au moins pour quelques années. Ce qui éloigne encore les tonnages à traiter par La Hague. « Entre le moment où l’on démarre un réacteur et le moment où les premières tonnes à traiter arrivent, il s’écoule un paquet d’années ! », soupire Philippe Launay. Fukushima a, par ailleurs, mis un terme à tout espoir de contrats avec l’Allemagne. Le 30?mai 2011, la chancelière Angela Merkel annonçait sa décision de mettre à l’arrêt, d’ici à 2022, les réacteurs encore en fonctionnement dans le pays. Dix ans plus tôt, son prédécesseur Gerhard Schröder avait amorcé cette sortie du nucléaire et mis un terme au retraitement de combustibles à l’étranger à compter de 2005. Une gifle pour La Hague.

Pas de contrat à envisager non plus avec le Japon. Si le pays relance ses réacteurs nucléaires – deux l’ont été en septembre?2015, deux autres sont en cours de redémarrage –, il prévoit de traiter son combustible usé dans sa propre usine de retraitement de Rokkasho, construite sur le modèle de La Hague avec l’appui d’Areva. La Chine, avec 25 réacteurs en activité et 26 en construction, souhaite, elle, disposer à l’avenir de sa propre usine de traitement-recyclage, qui pourrait être conçue en partenariat avec Areva.

Lié à Areva par un accord-cadre jusqu’en 2040, EDF a répondu présent en augmentant les tonnages de combustibles à traiter chaque année par l’usine de La Hague. Ils passent de 950 à 1 100 tonnes. EDF ne prévoit pas d’augmenter ses transports de combustible usé vers La Hague, qui varient peu d’une année sur l’autre. L’industrie nucléaire ne fonctionne pas en flux tendu. L’électricien passera commande de tonnages plus importants à traiter à partir des stocks entreposés depuis plusieurs années dans les piscines de l’usine normande. L’accord commercial entre EDF et Areva pour le traitement et le recyclage du combustible usé au cours de la période 2016-2020 a fait l’objet d’âpres négociations entre les deux entreprises publiques. Selon des sources proches du dossier, EDF aurait finalement obtenu des concessions commerciales pour ce nouveau contrat, mais se serait engagé à financer des investissements dans des équipements stratégiques à La Hague.

Une clause du contrat stipule par ailleurs qu’Areva est tenu de décrocher, d’ici à deux ans, des contrats à l’étranger pour compléter les tonnages d’EDF. Sur la liste des prospects d’Areva figurent la Belgique, l’Espagne et Taïwan. Entre les pays qui ont ou vont avoir leurs propres installations de retraitement et ceux qui ont fait le choix de l’entreposage, moins coûteux, les marges de manœuvre commerciales d’Areva sont étroites. Pour assurer l’avenir industriel de l’usine à long terme, la députée (PS) de la Manche, Geneviève Gosselin-Fleury, ex-suppléante de l’ancien député-maire de Cherbourg Bernard Cazeneuve, estime qu’il faut jouer sur un autre levier : le recours par EDF au combustible MOX, un mélange de plutonium et d’uranium appauvri, utilisé dans la nouvelle génération de réacteurs. Le plutonium est récupéré à La Hague à partir du combustible usé avant d’être fabriqué par Areva dans son usine Melox à Chusclan (Gard).

Areva continuera d’investir

De son côté, la direction de l’usine rappelle que l’investissement annuel d’Areva sur le site de la Manche passera de 100 à 200?millions d’euros par an pendant huit ans. « Le groupe va mal, mais il continue de miser sur La Hague », explique Catherine Argant, porte-parole d’Areva. Par ailleurs, le groupe a prévu d’investir 4?milliards d’euros pendant vingt ans et de recruter 200 salariés pour démanteler la partie la plus ancienne de l’usine mise en service en 1966 et arrêtée en 2003.

Pour les maires de la communauté de communes de La Hague (12 000 habitants), l’heure est à la vigilance. La collectivité a beau recevoir chaque année 21?millions d’euros de recettes fiscales de la part d’Areva, soit 91 % de ses produits financiers bruts, elle craint, selon son porte-parole Grégoire Martin, que les économies du « plan de compétitivité » ne se fassent au détriment de la sécurité et de la sûreté. « Nous devons rendre des comptes à la population qui nous fait confiance. » 

Une référence technologique mondiale


Ce n’est pas un hasard si le ministre de l’Énergie chinois s’est rendu à La Hague, le 23?mai 2015, pour le projet de plate-forme de traitement-recyclage qui sera construite en Chine sur le modèle de La Hague. L’usine utilise des techniques à la pointe depuis cinquante ans à une échelle industrielle, sans incident, ce qui en fait une référence mondiale. Inventée par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et mise en œuvre sur le site de La Hague au début des années?1990, la vitrification en fait partie. Elle consiste à solidifier les produits de fission hautement radioactifs – les déchets ultimes – dans une matrice en verre coulée dans une enveloppe d’acier inoxydable. Le site de La Hague a reçu les experts des usines britanniques et américaines pour la vitrification de déchets anciens et fournit une assistance au site de retraitement de Rokkasho, au Japon. 

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