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L'Usine Agro

La guerre est déclarée entre Pernod Ricard et le fonds vautour Elliott

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Publié le , mis à jour le 13/12/2018 À 08H02

[ACTUALISÉ] Elliott, le fonds activiste propriété de Paul Singer, a annoncé le 12 décembre s'être emparé d'un peu plus de 2,5% du capital de Pernod Ricard. Réputé pour ses méthodes musclées, Elliott suggère un changement de gouvernance chez le géant français des boissons alcoolisées, voire une fusion avec l'un de ses concurrents. Pernod Ricard réplique et défend sa stratégie... avec le soutien du gouvernement français.

La guerre est déclarée entre Pernod Ricard et le fonds vautour Elliott
Le fonds activiste Elliott a annoncé mercredi avoir pris une participation de plus de 2,5% au capital de Pernod Ricard
© Steffen Ramsaier - Flickr - CC

Coup de semonce pour Pernod-Ricard. Le fond activiste Elliott a déboursé plus de 930 millions d'euros pour prendre une participation de 2,5% dans le capital du groupe français. L'information a été rendue publique ce 12 décembre par un communiqué du hedge fund américain. Ce dernier a indiqué avoir déjà rencontré Alexandre Ricard pour lui faire part de recommandations, aussi bien en termes financiers que concernant sa gouvernance. 

Un fond activiste aux méthodes musclées

Considéré comme l'un des plus redoutés fonds activistes, parfois surnommés fonds "vautours", Eliott s'est fait une tradition de prendre part au capital des entreprises qu'il estime mal gérées. Ainsi, il s'est récemment invité chez l'opérateur téléphonique italien Tim (dont l'actionnaire majoritaire est Vivendi), chez l'AC-Milan, mais il est également connu pour s'être attaqué à des États comme le Pérou, le Congo-Brazzaville ou l'Argentine.

Dans tous ces cas, la méthode d'Elliott est identique. Elle consiste à prendre une part minoritaire dans le capital d'un grand groupe et d'utiliser ses parts pour faire pression sur l'entreprise et ses dirigeants. Objectif: améliorer la rentabilité de l'entreprise et booster le cours en bourse... quitte à provoquer la démission des dirigeants comme ce fut le cas, cet été, avec Heinrich Hiesinger, PDG de Thyssenkrupp.

Améliorer la performance opérationnelle de Pernod-Ricard

Ces méthodes musclées font craindre le pire pour Pernod Ricard. Après avoir souligné "les opportunités d'investissement les plus intéressantes du secteur des spiritueux" représentées par le groupe français et félicité le "portefeuille exceptionnel de marques internationales de premier plan" de Pernod-Ricard, Elliott n'a pas hésité à tacler la rentabilité financière du géant de la boisson jugée "décevante." La marge opérationnelle du groupe atteint les 26%, un résultat assez éloigné des standards de l'agro-alimentaire.

En cause: la perte de parts de marché sur des segments clefs comme la vodka, le whisky ou le gin. "Les plans successifs mis en place par la Société afin d’améliorer la performance opérationnelle ne sont pas parvenus à générer de levier opérationnel, résultant ainsi en une marge opérationnelle de cinq points inférieure à celle de Diageo, le plus proche concurrent de Pernod", constate Elliott.

Eliott évoquerait la possibilité d'une fusion

Pour remédier à cette situation, Eliott suggère des économies et un changement dans la gouvernance de l'entreprise. Selon une source proche du dossier, il réclame, dans un courrier envoyé au conseil d'administration, que le groupe engage des économies de coûts de 500 millions d'euros. Il évoque aussi la possibilité d'une fusion avec un concurrent.

Sur la gouvernance, le fonds activiste estime que la culture de Pernod-Ricard est "peu ouverte vers l'extérieur" et en inadéquation avec les ambitions d'une multinationale. Un message qui s'adresse directement à la famille des fondateurs de la marque, qui possède 20% des droits de vote mais à peine 15% des parts de capital. 

Des considérations que le fonds activiste explique avoir déjà présentées à Alexandre Ricard, PDG du groupe français. Il promet aussi de s'approcher des autres actionnaires de Pernod-Ricard, pour les rallier à sa cause et maintenir la pression. Mais Pernod Ricard réplique dans un communiqué daté du 12 décembre. Il reconnaît que "les membres de la direction de Pernod Ricard ont eu des discussions avec Elliott au cours des dernières semaines. Le Conseil d’Administration de Pernod Ricard ainsi que son équipe de direction sont pleinement engagés à servir les intérêts du Groupe et de ses actionnaires, et continueront à agir pour réaliser
cet objectif primordial"
.

Pernod Ricard défend sa stratégie

Mais l'industriel français défend sa stratégie. "En tant que deuxième plus grand Groupe de vins et spiritueux, avec le portefeuille le mieux positionné de l’industrie et une forte capacité d’innovation, Pernod Ricard est bien placé pour continuer à exécuter sa feuille
de route stratégique et à adresser la demande des consommateurs. Il rappelle avoir défini depuis trois ans "un nouveau modèle stratégique centré sur le consommateur"
, avec pour fondamentaux: "un portefeuille complet de marques premium, la prémiumisation et le luxe, l’innovation et l’accélération digitale".

Une stratégie qui porte ses fruits, estime le groupe: la "croissance interne du chiffre d’affaires et du résultat opérationnel courant est respectivement de 6% et 6,3% en 2017/18, par comparaison à 3,6% et 3,3% l’année précédente", indique-t-il, rappelant ses "prévisions pour 2018/19 d’une croissance interne de 5 à 7% sur notre résultat opérationnel courant" ainsi que son nouveau plan stratégique « Transform & Accelerate ».

"Notre stratégie est la bonne pour allier la rentabilité court-terme avec une croissance responsable, durable et profitable en ligne avec
une feuille de route long-terme et cohérente"
, conclut Alexandre Ricard. Dans une interview au Financial Times publiée le 13 décembre, le PDG persiste et signe: Pernod Ricard a déjà engagé des réductions de coûts dans le cadre d'un plan d'efficacité et réinvestira la moitié du fruit de ces économies dans les "marques prioritaires". Selon le FT, le gouvernement français a adressé une mise en garde pour soutenir Pernod Ricard et la famille fondatrice, en déclarant "souhaiter que les grandes entreprises françaises aient des actionnaires stables et à long terme (...) qui ne soient pas soumis à la pression d'actionnaires voulant seulement une profitabilité financière à court terme".

Le message est passé. Elliott n'a qu'à bien se tenir.

Avec Reuters

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