La guerre des prix affecte les opérateurs télécoms européens

par Harro Ten Wolde et Clare Kane

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FRANCFORT/MADRID (Reuters) - Deux des principaux opérateurs de télécommunications européens ont annoncé mercredi une baisse de leur chiffre d'affaires, qu'ils imputent à l'atonie de l'économie européenne et à une réglementation stricte, mais ils décèlent des raisons d'espérer dans d'autres régions du monde.

Au vu de leurs comptes publiés ce mercredi, Deutsche Telekom et Telefonica se retrouvent dans une situation que connaissent également leurs concurrents tels que France Télécom, KPN ou Swisscom.

Les opérateurs se plaignent d'une réglementation trop contraignante et d'un marché européen surencombré et en récession qui, expliquent-ils, entravent leur capacité à investir dans la modernisation de leurs réseaux, vitale pour leur croissance future.

Telefonica, premier opérateur européen par le chiffre d'affaires, a vu celui-ci chuter de 11,7% à 6,7 milliards d'euros en Europe au premier trimestre, le chiffre d'affaires dans son ensemble diminuant de 9% à 14,1 milliards d'euros.

De son côté, Deutsche Telekom a vu son chiffre d'affaires européen se contracter de 6,9% à 3,33 milliards d'euros sur les trois premiers mois de l'année, le chiffre d'affaires total ayant baissé de 4,5% à 13,8 milliards.

Illustrant les pressions qui pèsent sur le secteur, les valeurs européennes sont bien moins valorisées que leurs homologues américaines et se traitent à 11 fois environ le bénéfice projeté contre 19 pour ces dernières, selon des données Reuters.

L'action Telefonica perdait 1,15% vers 13h30, alors que Deutsche Telekom gagnait 3,8% et que l'indice des télécoms européennes était inchangé.

Telefonica pâtit d'une hausse de son endettement, alors que son objectif prioritaire est justement de réduire sa dette, et d'une performance inférieure aux attentes en Espagne.

L'opérateur télécoms espagnol veut ramener sa dette à moins de 47 milliards d'euros en fin d'année mais elle atteignait 51,8 milliards fin mars contre 51,3 milliards trois mois plus tôt.

Une dépense de 701 millions d'euros pour des fréquences, la dévaluation du bolivar vénézuélien et d'autres paiements saisonniers durant le premier trimestre ont interrompu la réduction de son endettement.

Pour autant, Carlos Winzer, analyste de Moody's, pense que Telefonica peut encore atteindre son objectif d'une dette représentant 2,35 fois l'Ebitda en fin d'année.

Deutsche Telekom profite quant à lui d'un excédent brut d'exploitation trimestriel un peu meilleur que prévu et de sa première croissance nette en nombre d'abonnés aux Etats-Unis depuis le début 2009.

OFFENSIVE SUR LE MARCHÉ ALLEMAND

Telefonica a généré de la trésorerie dans certains pays d'Amérique latine mais l'a ponctionné en Europe, son cash-flow opérationnel diminuant surtout en Grande-Bretagne, en République tchèque et en Irlande. Globalement, le cash-flow opérationnel a diminué de 22% au premier trimestre, à 2,6 milliards d'euros. En Europe, il a chuté de 40% à un milliard d'euros.

En Espagne, le chiffre d'affaires a diminué de 16% à 3,3 milliards d'euros mais la marge a poursuivi son amélioration, atteignant 47%, conséquence de l'abandon en 2012 de la pratique de subventionner les combinés.

"C'est une année difficile parce que le marché domestique continue de souffrir en raison de la contraction des dépenses de consommation", observe Carlos Winzer.

Telefonica est le principal actionnaire de Telecom Italia, qui tient ce mercredi une réunion de son conseil d'administration au sujet des discussions de fusion avec Hutchison Whampoa, une éventualité dont l'opérateur espagnol ne veut pas entendre parler, selon des sources.

Deutsche Telekom, de son côté, doit faire face à une offensive sur son propre marché intérieur, caractérisé actuellement par le rattrapage du retard pris en matière de pénétration des "smartphones".

L'ex-monopole, tout comme ses concurrents en Allemagne Vodafone, Telefonica Deutschland et E-Plus, filiale de KPN, revoient donc leurs grilles tarifaires en se recentrant sur l'internet mobile et ils augmentent leurs dépenses publicitaires.

Deutsche Telekom a dit que le chiffre d'affaires des services mobiles avait diminué de 0,1% durant le trimestre, soulignant qu'il s'agissait néanmoins du meilleur chiffre depuis le quatrième trimestre 2011.

Cette baisse s'entend hors coûts de terminaison d'appels, qui eux aussi ont diminué, le régulateur allemand voulant les voir réduits pratiquement de moitié d'ici la fin de l'année. Sur cette base, le chiffre d'affaires des services mobiles avait baissé de 2,2% au dernier trimestre 2012.

Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Angrand

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