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La guerre des assistants vocaux

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Tandis que le marché de la smart home est estimé à 138 milliards de dollars d’ici à 2023, la bataille pour prendre le contrôle de cette interface prometteuse qu’est la voix fait rage.

La guerre des assistants vocaux
Depuis 2016, Google propose des enceintes connectées dotées de son assistant maison.

Le marché des objets connectés pour le domicile commence à se structurer autour d’écosystèmes contrôlés par les géants technologiques américains. Ils sont fédérés par une nouvelle interface, la voix, elle-même incarnée par un objet en particulier : l’enceinte connectée. Si les assistants personnels sont d’abord arrivés sur smartphones avec Siri sur iPhone dès 2011, Amazon est le premier à s’être intéressé à la voix comme interface pour les objets connectés. Son enceinte Amazon Echo, sortie aux États-Unis en novembre 2014, connaît un succès d’autant plus fulgurant que personne ne l’attendait sur ce marché.

Au départ, ses fonctionnalités sont simples : commandes vocales pour l’écoute de musique, recherches sur internet et achats sur amazon.com. Puis Amazon l’ouvre aux services tiers : contrôle de la smart home (thermostat, éclairage, volets, porte de garage…), écoute de musique ou de la radio via diverses applications (dont le français Deezer depuis peu), commande d’une pizza ou d’une course Uber… Au total, Alexa, l’assistant vocal des enceintes Echo, possède aujourd’hui plus de 25 000 compétences différentes aux États-Unis. Les produits smart home de General Electric, Samsung, Insteon, Philips, Honeywell, Netatmo, TP-Link ou encore Nest sont compatibles. En parallèle, Amazon a multiplié les enceintes connectées. Il en existe aujourd’hui six versions : de 50 à 230 dollars, certaines avec des écrans, dont une pour le dressing avec styliste virtuel intégré. Surtout, l’entreprise a découplé Alexa de ses enceintes. De fait, n’importe quel fabricant peut désormais l’intégrer à des objets connectés. LG, Lenovo et bien d’autres se sont ainsi laissé tenter. Évidemment, ce succès n’a pas été sans attirer la convoitise d’autres géants technologiques : Google en tête, mais aussi Samsung, Apple et Microsoft. Ce n’est pas étonnant, car le marché de la smart home pourrait peser jusqu’à 138 milliards de dollars en 2023, d’après le cabinet d’étude de marché MarketsandMarkets. Et celui qui en contrôlera l’interface sera en position de force pour y imposer ses services.

Après Amazon, Google entre dans la danse

C’est la logique de Google, qui cherche depuis deux ans à devenir un concepteur d’objets légitime au même titre qu’un poids lourd comme Apple. Le géant de la recherche a sorti plusieurs enceintes sous l’appellation Google home, toutes équipées de son Google assistant. Il a par ailleurs suivi pas à pas la stratégie d’Amazon : ouverture de son service aux applications tierces et possibilité pour d’autres fabricants de l’intégrer à leurs produits. Et comme il a l’habitude de le faire, il utilise ses services phares, comme YouTube, pour différencier son offre (et en interdit au passage l’accès à ses concurrents). Le résultat est là. Au salon CES 2018, qui s’est déroulé en janvier à Las Vegas, Google assistant était partout. À tel point que les différents fabricants d’objets compatibles étaient même regroupés sur des zones dédiées. L’année précédente, c’est Alexa qui s’était avéré incontournable.

Le nombre de personnes utilisant ce type d’interface va augmenter dans les prochaines années : de 710 millions en 2017 à 1,8 milliard en 2021, selon les estimations du cabinet Tractica. On n’a donc pas fini de parler à nos objets électroniques, d’autant que les fabricants de téléviseurs et d’électroménager s’y mettent aussi.

Apple et Microsoft à la traîne

De ce côté, c’est Samsung qui est en tête. Le champion coréen a musclé sa stratégie IoT (internet des objets) avec le rachat de SmartThings en 2014, et peut puiser en matière d’enceintes dans les produits Harman, dont il a fait l’acquisition pour 8 milliards de dollars en 2016. Enfin, pour l’assistant vocal, Samsung a porté son dévolu sur Viv Labs, une start-up (fondée par les créateurs de Siri) qu’il s’est aussi offert en 2016. Sa technologie sera au cœur de la prochaine version de son assistant Bixby, qui va prendre une importance grandissante au sein des produits de la marque.

Apple et Microsoft, eux, sont un peu à la traîne. Apple parce qu’il a des faiblesses en matière d’intelligence artificielle, ce qui limite les capacités de son assistant. L’entreprise a donc misé sur la qualité sonore de son enceinte et sur un assistant limité aux recommandations musicales. Et Microsoft car il a du mal à sortir du marché du PC sur lequel il règne. Sa console Xbox est bien une porte sur le salon, mais il peine à convaincre les fabricants d’objets connectés.

2018, année décisive pour le marché français

Et la France dans tout ça ? Une fois n’est pas coutume, le marché y est un peu en retard. C’est Google qui a dégainé le premier dans nos contrées avec son enceinte Google home. Amazon n’est cependant pas bien loin derrière : les enceintes Echo devraient arriver dans l’Hexagone le mois prochain. Quant à Apple, son enceinte HomePod sortira « au printemps », sans plus de précision. Les acteurs nationaux cherchent eux aussi à profiter de ce marché, comme Orange avec son assistant Djingo, bientôt disponible sur smartphone et via une enceinte dédiée.

Les factions se forment en fonction des objectifs de chacun. Le groupe Carrefour a, par exemple, rejoint le camp Google, pour contrecarrer l’insatiable appétit d’Amazon en matière de commerce. Les possesseurs de l’enceinte Google home peuvent créer une liste de courses, trouver une recette ou bien encore chercher l’emplacement d’un magasin simplement par la voix. Walmart en a fait de même aux États-Unis. Ils savent qu’aujourd’hui se décide une partie de leur avenir dans le monde ultra-connecté de demain où le réfrigérateur pourra préparer tout seul une liste de produits à racheter, le client n’ayant qu’à valider à l’oral l’heure de la livraison à son domicile. 

Une voix qui vaut de l’or

  • 3,5 milliards de dollars marché mondial en 2021 des enceintes connectées
  • 40 milliards de dollars  marché mondial en 2022 des achats en ligne effectués par la voix
  • 54 % des Français très intéressés par les assistants vocaux

Sources : Gartner, OC & C Strategy Consultants, GfK

 

La voix, un outil de travail ?

La place des assistants vocaux n’est pas qu’à la maison ! Ces derniers cherchent aussi à envahir les bureaux. Le plus présent sur ce terrain est Microsoft, grâce à l’intégration de Cortana dans Windows et Office 365, ainsi que dans ses services cloud. Il est même possible pour les entreprises de créer leurs propres services, liés à leurs applications métiers, à partir de ces technologies. Les briques technologiques sont gratuites, les revenus provenant de l’utilisation du cloud. C’est aussi l’approche d’Amazon, leader mondial du cloud d’infrastructure au travers d’Amazon Web Services. Absent des ordinateurs et des smartphones, l’entreprise se repose sur des partenariats. Et a annoncé, fin novembre? 2017, la disponibilité d’Alexa – son assistant vocal – sur des équipements de conférence téléphonique. Plus surprenant, Amazon a conclu un accord avec Microsoft pour connecter Alexa et Cortana. L’idée est de permettre la création de commandes personnalisées (et réservées à son entreprise) à l’aide de services cloud. Cela va de la gestion des réunions et des rendez-vous (comme la réservation de salles) au contrôle de la climatisation et des lumières, mais aussi à l’achat de billets d’avion (au travers de la plate-forme Concur) ou à la recherche d’information (par exemple pour trouver des coordonnées dans l’annuaire interne). Cette très grande diversité de compétences grâce à une intégration précoce de services tiers fait ici aussi la force d’Alexa. 

 

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