La génération Y ? Lucide et capable de faire des concessions, selon une étude de l'Apec

L'association pour l'emploi des cadres (Apec) s'est penché sur l'insertion des jeunes diplômés de la promotion 2015. Si le taux global d'emploi est plutôt bon, tous n'ont pas décroché le job de leurs rêves. A rebours des discours sur une génération Y clientéliste et capricieuse, le tableau dressé par l'association montre une génération qui a envie de faire plutôt que de paraître,  qui relève les manches et fait des concessions, sans se faire d'illusions sur la vie en entreprise. Et si les jeunes étaient surtout lucides !

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La génération Y ? Lucide et capable de faire des concessions, selon une étude de l'Apec
Ils sont jeunes, ils sont diplômés du supérieur et ils sont plutôt contents de leur premier emploi.

Pour la première fois (1), l’association pour l’emploi des cadres (Apec) publie un baromètre sur l’insertion des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur, et plus particulièrement des bac +5 et plus, le niveau de diplôme idéal pour accéder à un poste de cadre, la raison d’être de l’association. Si ces résultats ne contredisent pas fondamentalement les résultats des lourdes enquêtes d’insertion, elle offre d’observer l’évolution des étudiants diplômés.

8 jeunes diplômés sur 10 ont déjà travaillé

Un an après après l’obtention du diplôme, le taux d’emploi est de 81 % pour les bac +5. Pour les addicts du chiffre, on notera que le taux d’insertion monte à 92 %, ce taux mesurant les diplômés qui ont travaillé au cours de la période considérée même s’ils n’ont plus d’emploi quelques mois plus tard. Derrière ces résultats globaux, il faut nuancer : un jeune sorti d'école d'ingénieur ou d'une formation en sciences technologiques s'insère mieux qu'un jeune diplômé en science fondamentale (respectivement 96 % et 75 %)

Bonne nouvelle : un jeune sur deux qui a trouvé un emploi accède directement au statut cadre (ou fonctionnaire de catégorie A), quand 18 % sont agent de maîtrise (catégorie B) et 29 % se disent employés (C). Autre indicateur de la bonne dynamique de l’emploi des jeunes de la promo 2015 : 55 % ont d’ores et déjà signé un CDI, quand 38 % sont en CDD et 5 % en intérim. L’emploi salarié représente 97 % de l’emploi des jeunes diplômés, en emploi 12 mois après leur diplôme. C’est dire que le phénomène de développement du travail indépendant et de créations d’entreprises reste très marginal. Ou que de nombreux jeunes font une première expérience (et acquièrent des droits au chômage) avant de se lancer dans l’aventure de la jeune pousse ce que corroborent les informations sur l’âge moyen du créateur de start-up (majoritairement entre 25 et 35 ans).

Un bon job plutôt qu'une boite connue

Parmi les nombreuses questions posées aux jeunes, on notera que ce qui détermine le choix d’un emploi est d’abord l’adéquation au premier emploi (cité en premier par 33 % des jeunes en poste), l’intérêt du travail (29 %) ou le lieu géographique (12 %). Seulement 6 % citent la notoriété de l’entreprise et 1 % la politique globale de gestion des ressources humaines comme premier critère. Ce n’est donc pas (trop) grave si l'entreprise n'apparait pas dans les classements du type "entreprise préférée des étudiants" si elle est capable de leur proposer une mission en adéquation avec leurs envies.

Paradoxalement, quand on demande aux jeunes diplômés de 2015 de qualifier l’état du marché du travail, le mot "difficile" arrive en tête, "ainsi que les appréciations négatives plus précises comme sous-payé, long, précaire et pas d’offres", note l’Apec dans le document qui accompagne ce baromètre. Même en se restreignant aux réponses des jeunes diplômés qui ont un emploi, l’étude des termes les plus utilisés laissent voir un marché du travail pas vraiment rose aux yeux des jeunes diplômés. Des mots comme compliqué ou difficile restent les plus employés, même s’il faut reconnaître que les termes ouvert, dynamique ou bon font leur apparition.

La face cachée de l'emploi des jeunes diplômés

Faut-il voir dans cet écart la preuve que les jeunes diplômés sont des Français comme les autres, plus aptes à la dépression et à l’autodénigrement qu’à la capacité de reconnaître la chance qu’ils ont ? A moins que cet écart puisse s’expliquer par le fait que si on ajoute les jeunes qui n’ont pas encore d’emploi au moment du questionnaire et ceux qui disent exercer un emploi alimentaire (24 % de ceux qui ont un emploi) pas loin d’un jeune diplômé sur quatre n’est pas forcément dans le métier de ses rêves. Ou comme dirait un psychanalyste, près de 40 % des jeunes diplômés de niveau bac +5 et plus font le douloureux apprentissage de la rencontre du principe de plaisir et du principe de réalité.

L’apprentissage de ce dernier se fait vite. 12 mois après l’obtention de leur diplôme, les jeunes qui n’ont toujours pas d’emploi déclarent qu’ils seraient prêts à 84 % à prendre un emploi qui ne soit pas un CDI, 71 % sont prêts à accepter un salaire inférieur à celui souhaité, 64 % sont prêts à déménager et 47 % à prendre un emploi qui ne correspond pas à leur qualification.

Travailler oui, mais gagner sa vie ?

Sur le salaire, seulement 4 % des jeunes diplômés le citent comme premier critère pour le choix de leur emploi (au total, il est cité par seulement 14 % des personnes interrogées). Le baromètre montre par ailleurs que le salaire médian des jeunes diplômés est de 28 000 euros, quand le 1er décile s’établit à 21 700 et le 9e à 39 700.

Quand on demande aux jeunes quel est leur degré de satisfaction par rapport à différents éléments de leur poste de travail, la rémunération arrive en avant dernière position avec une note de 6 sur 10, juste devant les perspectives d’évolution dans l’entreprise (5.5) et derrière l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée (7.0).

Heureusement les collègues sont là

En revanche, le trio de tête concerne les relations avec les collègues (8.1), le niveau d’autonomie (7.9) et l’ambiance au travail (7.5). Autrement dit, les débuts dans la vie active ne sont peut-être pas satisfaisants en terme de rémunération et de poste, mais l’entreprise continue à offrir un prolongement « sympa » de la vie étudiante avec les copains et l’autonomie. C’est bien de le rappeler quand tant d’articles et de déclarations peignent en noir la réalité de la vie en entreprise.

(1) Pour cette raison, il n'est pas possible de réaliser de comparaisons entre ces résultats et une précédente édition qui n'existe pas !

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