La fusion EADS-BAE échoue, Berlin montré du doigt

PARIS/BERLIN/LONDRES (Reuters) - EADS et BAE Systems ont annoncé mercredi la fin de leurs discussions de fusion, montrant l'Allemagne du doigt après l'échec d'âpres tractations diplomatiques entre Paris, Berlin et Londres sur leurs prérogatives.

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Les deux groupes avaient jusqu'à 16h00 GMT pour annoncer s'ils demandaient aux autorités boursières britanniques l'autorisation de poursuivre les négociations ou s'ils renonçaient à leur projet, destiné à donner naissance à un nouveau géant mondial du secteur de l'aéronautique de la défense qui aurait surpassé l'américain Boeing.

"Il est devenu clair que les intérêts des Etats parties prenantes ne pouvaient pas être réconciliés de manière adéquate avec les objectifs que s'étaient fixés BAE Systems et EADS pour leur fusion", ont fait savoir les deux groupes dans un communiqué commun.

"BAE Systems et EADS ont donc décidé qu'il était dans le meilleur intérêt de leurs entreprises et de leurs actionnaires d'abandonner les discussions et de continuer à se concentrer sur leurs stratégies respectives", ont-ils ajouté.

L'Allemagne a été explicitement mise en cause dans le blocage des discussions.

"Il est juste de dire qu'il y a eu des difficultés avec le gouvernement allemand", a déclaré Ian King, le président de BAE, lors d'une conférence téléphonique avec des journalistes.

Un porte-parole d'EADS, plus incisif, a expliqué que "le gouvernement allemand n'a donné aucune raison claire pour justifier son opposition", alors que "Paris et Londres étaient favorables à la fusion (et que) des solutions avaient été trouvées à toutes les questions soulevées par les gouvernements français et britannique".

De source gouvernementale française, on a de même déclaré que le gouvernement allemand avait bloqué l'avancée du dossier.

"Il semblerait que la chancelière (Angela Merkel) ne souhaite pas que les discussions se poursuivent", a ajouté cette source.

"LES INTÉRÊTS INDUSTRIELS" DE L'ALLEMAGNE

Berlin, tout en se défendant de porter la responsabilité de l'échec des discussions de fusion entre EADS et BAE, a invoqué ses intérêts industriels.

"L'Allemagne n'est pas la seule à avoir bloqué la fusion entre EADS et BAE, la France aussi avait des réserves", a estimé une source gouvernementale allemande.

Le secrétaire d'Etat à l'Economie Peter Hintze a cependant déclaré sur le site internet du magazine Der Spiegel que "les intérêts industriels de l'Allemagne (...) sont mieux garantis sous cette forme", c'est-à-dire en maintenant l'indépendance d'EADS.

"Je n'ai pas à regretter ou à me réjouir, j'ai à constater", s'est pour sa part borné à commenter le président François Hollande.

En Bourse, l'action EADS a fortement grimpé après l'annonce de l'abandon des négociations, tandis que le titre BAE accusait le coup à Londres.

A 16h45, EADS s'adjugeait 4,6% et signait la plus forte progression de l'indice CAC 40, lui-même en repli de 0,13%. BAE perdait 0,9%.

Car au-delà des divergences constatées entre la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni sur leur participation au capital du futur groupe et sur les droits associés en matière de gouvernance, le projet a échoué à convaincre plusieurs grands actionnaires.

La perspective de la fusion entre EADS et BAE avait suscité doutes et questionnements chez les analystes du secteur, qui jugeaient la parité de 60-40 très favorable au groupe britannique et soulignaient l'aspect destructeur de valeur pour les actionnaires du groupe européen d'aéronautique et de défense.

Invesco Perpetual, qui dit détenir 13,3% des actions ordinaires de BAE, a dressé une longue liste d'objections à la fusion, citant notamment des craintes d'ingérence des Etats, l'absence de logique stratégique de l'opération et le manque de visibilité concernant les dividendes au-delà de 2013.

Le groupe Lagardère, désireux de sortir au meilleur prix d'EADS, avait également critiqué le projet de fusion.

Matthias Blamont et Dominique Rodriguez, édité par Gwénaelle Barzic

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