La fulgurante croissance de Nvidia est-elle en train de prendre fin ?

Au cours des cinq dernières années, le leader mondial des processeurs graphiques Nvidia a joui d’une croissance fulgurante qui a triplé son chiffre d’affaires et décuplé ses bénéfices. Mais sur le quatrième trimestre de son dernier exercice fiscal, il subit un sérieux décrochage. S’agit-il d’un trou d’air ou d’un retournement durable de tendance?

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La fulgurante croissance de Nvidia est-elle en train de prendre fin ?
Jensen Huang, PDG de Nvidia, se veut rassurant

Encore une bonne année pour Nvidia. Du moins en apparence. Sur son dernier exercice fiscal 2019 clos en janvier, le leader mondial des processeurs graphiques, qui compte près de 12 000 personnes dans le monde, dont 5 000 dans la Silicon Valley, affiche un chiffre d’affaires en hausse de 21% à 11,72 milliards de dollars, un bénéfice d’exploitation en bond de 37,3% à 4,4 milliards de dollars et un bénéfice net en augmentation de 36% à 3 milliards de dollars. Le groupe américain, qui domine à plus de 70% le marché mondial des processeurs et cartes graphiques au cœur des PC, serveurs ou supercalculateurs selon le cabinet Mercury Research, apparait au sommet de sa puissance.

Les ventes des nouveaux produits moins bonnes que prévues

Mais ces beaux résultats, supérieures aux attentes des analystes financiers, cachent des craquelures dont l’effet se ressent durement au quatrième trimestre de l’exercice fiscal 2019. En un an, le chiffre d’affaires trimestriel a fondu de 24% à 2,2 milliards de dollars, le bénéfice d’exploitation de 73% à 2 943 millions de dollars et le bénéfice net de 49% à 567 millions de dollars. La directrice financière Colette Kress attribue ce sérieux coup de mou au gonflement des stocks et à la détérioration de la conjoncture macroéconomique, en particulier en Chine.

Les ventes de produits basés sur la nouvelle génération Turing de traitement graphique, lancés au quatrième trimestre 2018, s’avèrent décevantes. "Les ventes de certains produits haut de gamme utilisant notre nouvelle architecture Turing, y compris les GeForce RTX 2080 et 2070, ont été inférieures aux prévisions, un résultat inhabituel pour le lancement d'une nouvelle architecture, confie Colette Kress lors de la présentation des résultats aux analystes le 14 février 2019. Ces produits offrent pourtant un saut révolutionnaire en termes de performances et d'innovation avec le traçage de rayons et l'intelligence artificielle en temps réel. Il est possible que des clients aient retardé leurs achats en attente de prix plus bas ou d'autres démonstrations de la technologie RTX. La volatilité importante de nos activités dédiées aux jeux sur PC au cours des derniers trimestres reste difficile à modéliser."

Créé en 1993 à Santa Clara, en Californie, Nvidia s’impose comme le roi des processeurs graphiques et l’une des grandes success stories de la Silicon Valley. La société opère selon un modèle "fabless", se contentant de développer ses circuits intégrés électroniques puis d'en confier la fabrication à des fondeurs de semi-conducteurs comme le taïwanais TSMC. Au départ, ses puces sont utilisées dans les PC pour épauler le processeur principal dans les tâches de traitement graphique de façon à rendre les applications de jeux, vidéo et visualisation d’images fluides et performantes. Ses processeurs, caractérisés par de grandes capacités de traitement parallèle de données, ont ensuite peu à peu étendu leur rôle d’accélérateur de calcul dans les supercalculateurs, les datacenters, l’intelligence artificielle et plus récemment la voiture autonome.

Au cours des cinq dernières années, l’entreprise a joui d’une croissance fulgurante, triplant son chiffre d’affaires et décuplant ses bénéfices. En 2018, elle entre, pour la première fois, dans le Top 10 mondial des fournisseurs de semi-conducteurs du cabinet Gartner.

la prudence de mise

Dans un contexte marqué par de grosses incertitudes, son décrochage au quatrième trimestre de son exercice fiscal 2019 soulève des interrogations. S’agit-il d’un simple trou d’air ou d’un retournement durable de tendance ? "Nous pensons que la société jouit toujours d'un avantage concurrentiel dans les processeurs graphiques pour jeux et centres de données, et que les problèmes, rencontrés actuellement, semblent davantage transitoires que structurels, estime Abhinav Davuluri, analyste financier chez Morningstar. Cela dit, nous recommandons aux investisseurs potentiels de rechercher une plus grande marge de sécurité avant d’engager des fonds dans ce titan des puces de traitement graphique."

La prudence est donc de mise. D’autant que les risques en perspective s’accumulent. La concurrence monte. Et elle ne vient pas seulement d’AMD, son principal challenger sur le marché. Le géant Intel, numéro un mondial des processeurs au cœur des PC et serveurs, se prépare à débouler sur le marché avec ses propres processeurs graphiques discrets. Son objectif est clair : tailler des croupières à Nvidia dans les jeux sur PC, mais aussi dans le calcul intensif, les datacenters et l'intelligence artificielle. Par ailleurs, des clients majeurs risquent de se détourner de l’entreprise en faveur de solutions sur mesure développées en interne. C’est ce que Tesla semble préparer. Son PDG Elon Musk promet une puce maison dix fois plus performante et plus efficace que celle de Nvidia envisagée au départ pour sa voiture autonome. Une chose est sûre : l’environnement s’annonce plus dur qu’il n’a jamais été.

Jensen Huang, PDG-cofondateur, reste malgré tout confiant dans l’avance technologique de sa société et les perspectives de développement à long terme. Pour l’exercice fiscal prochain à clôturer en janvier 2020, il entrevoit un chiffre d’affaires en légère baisse, voire stable. Il se garde toutefois de donner des projections pour les marges. "Je pense que le ralentissement, qui touche aujourd'hui tous nos marchés verticaux, est temporaire, estime-t-il. Les besoins informatiques de la Terre sont loin d’être satisfaits par de ce qui a été expédié au trimestre dernier. Je pense donc que la demande reviendra et que les clients reviendront." En plus de son marché d'apprentissage profond (Deep Learning) et de calcul scientifique, il mise sur trois moteurs pour faire revenir la croissance: l'inférence (fonctionnement du modèle d'intelligence artificielle en mode de prédiction à partir de ce qu'il a appris), le rendu d'image et l'analyse big data.

Réaction positive de la Bourse

Un discours qui semble avoir rassuré les investisseurs comme en témoigne le gain de 10% en Bourse après la publication des résultats. Mais selon les prévisions du cabinet de conseil en investissement Trapping Value pour le prochain exercice fiscal 2020, le chiffre d’affaires pourrait plonger de 21,5 % à 9,2 milliards de dollars, loin des 12,8 milliards attendu auparavant par les analystes financiers, le bénéfice d’exploitation de 66% à 1,5 milliard de dollars et le bénéfice net de 53% à 1,4 milliard de dollars. Ce qui fait dire ses analystes que la fête est bel et bien terminée pour Nvidia.

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