La "frustration" de Louis Gallois vis-à-vis de Bruxelles et Berlin

Pour redresser l'industrie européenne, l'Union européenne va devoir faire plus, beaucoup plus. Le commissaire général à l’investissement Louis Gallois n’a pas envie de mâcher ses mots. "Une grande frustration", lâche-t-il. La politique industrielle européenne ? "Il  y a eu une communication sur la politique européenne cet été. Si vous lisez ce document, vous êtes d’accord de la première à la dernière ligne, que vous soyez au fin fond de la Grèce ou en Finlande. Mais le problème, c’est qu’il  n’y a pas beaucoup de consistance", s’est insurgé l’ancien PDG d’EADS, invité à un colloque organisé par l’assureur-crédit Coface.

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Bon connaisseur des arcanes de Bruxelles, Louis Gallois s’inquiète de l’absence de politique d’énergie et d’approvisionnement des matières premières au niveau européen. "On prend le risque de voir l’Europe se retrouver dans la main des pays qui ont conduit une politique de matière première", comme les Etats-Unis ou la Chine, assure-t-il.

Autre critique : la politique de la concurrence est "trop juridique", en partie parce que les appels des décisions antitrust de la Commission européenne ne se font que devant la cour de justice européenne. "Du coup les décisions sont bétonnées au niveau du droit", reconnait Louis Gallois, mais sans prendre en compte le volet économique de la concurrence.

"Mario Monti avait créé une cellule économie au sein de la DG concurrence. Mais elle n’a jamais réussi à prendre du poids", regrette le PDG d’EADS. Selon Louis Gallois, seule la politique européenne de recherche et de construction du marché intérieur vont dans le bon sens. Il n’a en revanche pas de compliment pour la politique du commerce extérieur, où "on ne voit pas de mise en œuvre concrète de la réciprocité". Mais ses plus fermes critiques concernent la politique de change. Louis Gallois s’inquiète de voir "l’euro repartir à la hausse", alors que le Japon intervient pour faire baisser le yen. "C’est un élément de divergence et de dissolution de la solidarité européenne", juge-t-il estimant que l’eurogroupe devrait s’exprimer même si c’est à la BCE que revient le pilotage de la politique de change. "Les marchés écoutent les politiques lorsque ceux-ci sont unis", analyse l’ancien industriel.

Pour relancer la croissance européenne, la balle est aussi dans le camp de Berlin selon Louis Gallois. "L’Allemagne doit jouer son rôle de leader de la zone euro et doit faire ce qu’il faut pour créer de la croissance", alors qu’elle a des "marges de manœuvre formidables".

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Au-delà de la relance de la croissance interne allemande, l’industriel appelle Berlin à plus de solidarité. En allant plus loin par exemple sur les "projects bonds" lancés en juin 2012. L’UE a dégagé 230 millions d’euros du budget européen pour lever des fonds auprès d’investisseurs privés pour financer des investissements dans les énergies vertes, le transport ou le numérique. "Je comprends que les projects bonds posent problème à l’Allemagne. Mais 230 millions d’euros c’est un montant infinitésimal par rapport aux besoins. Si on veut mener des grands projets structurants, comme par exemple couvrir le continent de haut débit, ce n’est pas avec 230 millions d’euros que l’on va le faire", regrette-t-il encore.

Solène Davesne

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