La France vigilante sur la discussion entre GM et PSA sur Opel, l'Allemagne tenue à l'écart

LONDRES/FRANCFORT/PARIS (Reuters) - PSA et General Motors ont confirmé mardi explorer des initiatives stratégiques, y compris une éventuelle cession de la filiale européenne Opel du groupe américain au constructeur automobile français. Cette annonce a suscité incompréhension et étonnement en Allemagne, tandis que Bercy met en avant la question de l'emploi en France.

 
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La France vigilante sur la discussion entre GM et PSA sur Opel, l'Allemagne tenue à l'écart
PSA étudie actuellement avec General Motors une acquisition potentielle d"Opel, la filiale européenne du constructeur automobile américain. /Photo prise le 15 septembre 2015/REUTERS/Kai Pfaffenbach

"Le Groupe PSA confirme examiner avec General Motors, de nombreuses initiatives stratégiques visant à améliorer sa rentabilité et son efficacité opérationnelle, y compris une acquisition potentielle d'Opel, souligne le constructeur dans un communiqué publié mardi 14 février. A ce stade, il n'existe aucune certitude sur la conclusion d'un éventuel accord".

PSA et Opel ont actuellement trois projets communs de véhicules, le nouveau Zafira produit en France chez PSA, le successeur du C3 Picasso qui sera fabriqué en Espagne chez Opel et un petit utilitaire. Ces partenariats industriels, ainsi qu'une coentreprise dans les achats de pièces en Europe, sont hérités de la grande alliance stratégique nouée début 2012 entre General Motors et PSA, mais dont les ambitions ont ensuite été considérablement revues à la baisse. Le groupe américain a finalement cédé fin 2013 les 7% qu'il avait pris au capital de PSA alors en graves difficultés financières.

L'Allemagne tenue à l'écart

Le syndicat allemand IG Metall et le comité d'entreprise d'Opel ont fait part de leur surprise à l'annonce du projet. "Il est vrai qu'il y a eu et qu'il y a des discussions entre GM et PSA dans le but de vendre Opel/Vauxhall; ce serait une atteinte sans précédent aux droits de co-expression européens et allemands", écrivent-ils tous deux dans un communiqué.

Les personnels des grands groupes industriels allemands jouissent d'un véritable droit de regard sur les décisions stratégiques de ces derniers.

La ministre allemande de l'Economie, Brigitte Zypries, a jugé totalement inacceptable que des discussions se déroulent sans consultation des comités d'entreprise allemands ou des autorités locales. S'exprimant en marge d'une séance du Bundestag, Brigitte Zypries a également dit que le gouvernement allemand n'avait eu aucune information sur les discussions entre PSA et GM. Elle a rappelé que GM avait la responsabilité de s'assurer que l'innovatione chez Opel demeure en Allemagne.

Les représentants du personnel d'Opel ont toutefois ajouté qu'ils examineraient le principe d'une vente d'Opel à PSA sans a priori, sur la foi de ce qu'ils savent déjà du constructeur automobile français.

L'Etat français reste vigilant

L'Etat français a fait savoir de son côté qu'il soutenait PSA dans sa volonté de renforcer la taille critique du groupe mais il ajouté qu'il resterait vigilant sur l'impact d'un éventuel rachat d'Opel sur l'emploi et le tissu industriel en France.

"Ces initiatives seront étudiées avec le management de PSA dans les prochaines semaines et ne manqueront pas de faire l'objet d'une attention particulière de l'Etat au sein des instances de gouvernance du groupe", a-t-on indiqué au ministère de l'Economie.

"D'ici là, l'Etat soutient le management dans sa volonté de renforcer la taille critique du groupe (et) prêtera une attention particulière aux impacts en termes d'emplois et d'empreinte industrielle de ces différentes initiatives", a-t-on ajouté.

PSA monte en bourse

A la Bourse de Paris, PSA gagne 3,68% à 18,58 euros à 15h40 GMT, dans des volumes d'échanges étoffés, après avoir touché un plus haut depuis juillet 2015 à 19,165 euros.

A Wall Street, le titre GM bondit de 3,9%, superformant le Dow et le S&P en léger repli au même moment. Les spéculations sur une consolidation du secteur profitent à l'ensemble des valeurs automobiles des deux côtés de l'Atlantique.

La question d'un rapprochement entre PSA et Opel, basé en Allemagne et présent en Grande-Bretagne sous la marque Vauxhall, avait fait surface du temps de la grande alliance avec GM.

Le président du directoire de PSA Carlos Tavares, venu de Renault Nissan, connaît bien les avantages d'un tel projet dans un secteur automobile où la taille est devenue cruciale, notamment pour les constructeurs généralistes. Il en connaît aussi les inconvénients, notamment la complexité sociale et industrielle qui accompagne tout rapprochement.

PSA compte dix usines d'assemblage en Europe, dont cinq en France. Il a vendu 3,15 millions de véhicules à travers le monde l'an dernier sous ses trois marques Peugeot, Citroën et DS.

Pour Reuters, Pamela Barbaglia, Edward Taylor et Gilles Guillaume, avec Laurence Frost à Paris, Jake Spring à Pékin, Maria Sheahan à Berlin, Claude Chendjou pour le service français, édité par Dominique Rodriguez et Wilfrid Exbrayat

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