"La France peut redevenir une puissance industrielle"

Partager

TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

L’Usine Nouvelle - Si le coût du travail n’est pas aussi discriminant, qu’est-ce qui peut faire la différence ?
Jean-Dominique Sénard - Dans notre domaine d’activité, le coût du travail est supérieur aux États-Unis, en Allemagne ou en France par rapport aux pays émergents. Ce qui compte, c’est tout ce qui est autour de l’écosystème industriel. Aux États-Unis, la collectivité sait donner aux industriels une visibilité de long terme, une certaine sérénité grâce à un environnement réglementaire et fiscal stable. Il y a aussi un véritable travail de l’ensemble du corps économique et politique pour attirer les entreprises et faire en sorte qu’elles préparent leur avenir dans de bonnes conditions.

Vous ne retrouvez pas cette sérénité, cette stabilité aujourd’hui sur le sol français ?
Non et j’attends à cet effet beaucoup du rapport Gallois sur la compétitivité. Pour l’instant, je n’ai pas le sentiment que les mesures qui ont été prises, notamment budgétaires, vont dans le sens de la compétitivité de l’industrie française ! Depuis quelque temps, nous vivons un alourdissement de nos charges, pas un allégement. La France a besoin d’un environnement stabilisé, et plus nous serons nombreux à l’expliquer, mieux la France se portera. Les chefs d’entreprise ont un rôle pédagogique à jouer. Nous devons expliquer que l’industrie est fondamentale pour un pays, expliquer que les entreprises créent des emplois autant qu’elles le peuvent, et qu’elles se battent dans un environnement extrêmement difficile.

VOS INDICES

source

logo indice & contations

Le contenu des indices est réservé aux abonnés à L’Usine Nouvelle

Je me connecte Je m'abonne

Vous demandez de la stabilité dans les règles, y compris en matière de droit du travail ?
Aujourd’hui, les relations sociales sont codifiées de telle manière qu’elles rendent l’exercice du dialogue social difficile. La manière dont s’organise ce dialogue annihile toute volonté d’innovation en amont. Ce travail est fondamental car s’il débouchait sur une modification d’ampleur des réglementations qui régissent aujourd’hui les relations sociales, nous nous en porterions mieux. Je vise en particulier tout ce qui permettrait d’anticiper les changements liés aux nécessités d’optimiser l’outil industriel. Cette adaptation permanente doit devenir naturelle et cesser d’être d’exceptionnelle ou dramatique. Seul compte la préservation de l’employabilité des personnes, par exemple lors de la reconversion d’un site, sans passer par un drame médiatique.

Croyez-vous encore à un rebond industriel de la France ?
Il n’y a pas de fatalité à la désindustrialisation dans les pays matures, dont la France. À partir du moment où des décisions sont prises pour assurer dans la durée la compétitivité et la stabilité de l’environnement, il n’y a aucune raison de ne pas ouvrir d’usines en France. Il y a des pays où c’est possible : je parle souvent de l’Allemagne. Tout ce dont je parle avec espoir en France est une réalité en Allemagne. Pourquoi ? La capacité d’anticipation y est beaucoup plus forte, le système de cogestion est parfois lourd et décrié, mais avec du recul, il faut voir qu’il a donné à l’Allemagne une formidable capacité de mouvement. Nos usines allemandes font partie des plus performantes d’Europe, car il existe dans le système social une capacité de compréhension mutuelle qui a porté notre industrie. La France a un certain nombre de correctifs à apporter. Si nous le faisons, elle retrouvera une force industrielle.

Michelin pourrait donc implanter de nouveaux sites en France ?
Je peux affirmer, sans risque d’être démenti, que d’ici à quelques années, je pourrai vous montrer des usines françaises au niveau de compétitivité de nos meilleurs sites actuels. L’usine du futur n’est pas simplement ailleurs, elle pourrait aussi être en France.

Vous êtes souvent présenté comme un financier. Or vous êtes un fervent défenseur de l’outil industriel !
J’aime profondément l’industrie, j’ai vécu toute ma vie dans l’industrie. J’ai occupé, certes, des postes financiers, mais aussi des postes industriels lourds. Je n’imagine pas faire autre chose. Il y a dans l’industrie une vraie chaleur dans les relations humaines, une solidarité qui se crée entre les équipes, c’est un sentiment extrêmement fort. Ces usines suscitent un gigantesque espoir : sous vos yeux, vous voyez des choses que vous ne pouviez pas imaginer il y a quelques années. Cela me rend très optimiste sur l’avenir de l’industrie.

Première partie : "Michelin connaît l’une des croissances les plus importantes de son histoire"
Deuxième partie : "Le problème de l’Europe, c’est une crise de confiance générale"

Partager

SUJETS ASSOCIÉS
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS