La France perd du terrain par rapport à ses concurrents et peine à se réformer.

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LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ,
DES VALEURS POUR L'ENTREPRISE

« La France n'a pas les performances qu'elle mérite. Elle a des atouts exceptionnels: la qualité de ses hommes, sa capacité d'innovation, la productivité de son industrie, le niveau de ses infrastructures. Pourtant, elle perd du terrain. En termes de PIB, elle a rétrogradé d'une place, derrière la Grande-Bretagne,qu'elle avait dépassée, ayant repris la quatrième position. De 1991 à 2000, les Etats-Unis ont connu une croissance annuelle de 3,4 %, la France de 1,8 %.
Dans ?France S.A.?, j'ai expliqué que nombre de solutions résidaient dans une transposition intelligente à la sphère publique de l'esprit et des méthodes qui font le succès du secteur privé. On n'a pas manqué de m'opposer la critique classique, celle de mélanger les genres. Or je n'ignore pas que politique et économie ont des finalités distinctes, mais elles me semblent moins antinomiques que complémentaires.
Les valeurs de l'entreprise ne contredisent pas celles de la République. Au contraire, la devise «Liberté, Egalité, Fraternité » conserve toute sa force. Simplement,il faut la considérer à la lumière de l'aube du XXIe siècle.
La liberté est notre aiguillon le plus précieux. Liberté individuelle,mais aussi liberté d'entreprendre,toujours à conquérir,surtout en France,où la réglementation et le contrôle sont des réflexes nationaux. La prise de risques doit être encouragée.
L'égalité - celle des chances sur la ligne de départ, pas celle des résultats à l'arrivée - constitue le ferment le plus efficace pour inciter tous les collaborateurs d'une entreprise à donner le meilleur d'eux-mêmes, comme les clients à acheter et les actionnaires à investir. Elle inclut l'accès aux connaissances et la reconnaissance des mérites. Une entreprise qui ne promeut pas la méritocratie se prive de talents, l'actif immatériel majeur, et le résultat est un gâchis collectif.
La fraternité est la plus haute exigence. Car si les aspirations à la liberté et à l'égalité sont impérieuses, elles la sacrifient aisément. Tempérant les deux autres, elle justifie des arbitrages. Elle porte les vertus du dialogue et nourrit notre système solidaire de protection sociale.
Une idée reçue veut que le marché ne fonctionne bien que parce que les acteurs économiques sont guidés par leur égoïsme. Elle est très réductrice. La recherche par chacun de son intérêt particulier ne débouche sur l'intérêt général que dans le respect de valeurs morales.
Intentionnellement ou non,le marché intègre un certain degré d'altruisme et de fraternité. Cela résulte d'éléments simples, mais souvent oubliés: l'échange profite à tous et n'est pas un jeu à somme nulle.
Non seulement l'économie de marché respecte les valeurs constitutives de notre pays, mais elle les transforme en actes.»

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PAR YANN DUCHESNE,
directeur général de McKinsey en France,
auteur de ?France S.A.? (Seuil,2001)

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