"La France ne peut pas rester à l’écart du mouvement de flexi-sécurité", selon Roland Berger

Alors que se déroule l’ultime séance de négociation entre les partenaires sociaux pour revoir le fonctionnement du marché du travail, le cabinet Roland Berger a calculé un indice de flexi-sécurité de plusieurs pays de l’OCDE et son évolution entre 1990 et 2008. Il montre que La France est resté à l’écart d’un mouvement qui a touché tous les pays et que plus l’indice de flexi-sécurité est bas, plus le chômage du pays concerné est élevé. Entretien avec un des auteurs de l’étude Philippe Charlot , directeur chez Roland Berger.

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L'Usine Nouvelle - Comment avez-vous calculé le niveau de flexi-sécurité des pays et où se situe la France ?
Philippe Charlot - Nous sommes partis de données OCDE avec sur l’aspect sécurité, le montant investi par chômeur en matière de politiques de l’emploi (actives ou passives) et sur l’aspect flexibilité un indice de protection du contrat de travail que nous avons inversé. Nous constatons que la France a un indice de flexi-sécurité très bas, l’un des plus faibles d’Europe devant celui de l’Espagne et du Portugal en 2008. Nous nous sommes arrêtés à cette date pour des raisons de données disponibles mais les récentes réformes dans ces pays confirment les tendances observées sur les 20 dernières années.

Mais c’est surtout le mouvement qui est intéressant. De 1990 à 2008, tous nos voisins européens sont allés vers à la fois plus de sécurité et plus de flexibilité à l’exception de l’Allemagne, de la Suède et de la Finlande qui ont réduit le niveau de sécurité. L’Allemagne par exemple a baissé la somme investi par chômeur, avec les lois Hartz à partir de 2003, mais même après ces réformes son niveau de sécurité n’est pas très éloignée de celui de la France et son indice de flexi-sécurité s’est amélioré. Au-delà de la somme brute investie, il y aussi une allocation des dépenses qui peut être plus ou moins efficace. Par exemple le Danemark a réduit les périodes d’indemnisation au chômage mais renforcé le montant consacré à la formation des chômeurs.

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Quelle est la conséquence d’un faible niveau de flexi-sécurité ?
Il est directement et fortement corrélé au taux de chômage du pays comme le montre là encore notre étude. La flexibilité permet de licencier et de recruter plus vite et plus fort. Dans une période de forte mutation de l’environnement économique, c’est un atout car les salariés au chômage restent moins longtemps en exclusion.

Dans les négociations actuelles, les syndicats font valoir qu’il existe un fort taux de flexibilité en France avec un recours massif aux CDD et à l’intérim ?
Oui, c’est exact, les entreprises françaises qui cherchent de la souplesse ont un recours important à ce type de contrat en parallèle de quelques dispositifs de mobilité interne (comme le chômage partiel). Mais ce système crée plus de précarité et ne renforce pas la compétitivité des entreprises car les entreprises investissent moins sur la formation et les compétences de ces salariés de courte durée. Le recours à un CDI assouplit permettrait de rendre plus attractif et de sécuriser les parcours professionnels des salariés. Ainsi les CDD seraient réservés pour des usages très spécifiques comme les pics d’activité.

Votre indicateur de sécurité s’appuie sur une évaluation des politiques de l’emploi or les partenaires sociaux négocie en ce moment une flexi-sécurité au sein des entreprises, n’est-ce pas un champ trop restrictif pour parvenir à un dispositif efficace ?
Il peut y avoir un peu de flexi-sécurité interne, c’est l’objet des accords de maintien dans l’emploi en discussion mais c’est vrai que tout un pan de la question est occulté dans le débat en cours. Tout ce qui relève de l’assurance chômage, de la formation n’est pas discutée. Or quand on regarde la performance de notre formation professionnelle, on est très en retard. On pourrait aussi réfléchir à des dispositifs d’indemnisation plus responsabilisant.

On le fait déjà pour des chômeurs qui veulent devenir créateur d’entreprise, ils peuvent avoir une partie de leur indemnité en capital plutôt que sur la durée. On pourrait imaginer de réviser les seuils d’indemnisation pour des chômeurs qui entrent dans un dispositif efficace de retour à l’emploi avec bilan de compétences, formation efficace sur des métiers porteurs, etc … Le seul élément qui relève de la mutualisation des moyens dans la négociation est le concept de droits rechargeables au chômage en cas de reprise d’emploi.

Avec un taux de chômage déjà élevé et une conjoncture déprimée, n’est-ce pas dangereux d’ouvrir les vannes de la flexibilité ?
C’est évident, la flexibilité va servir essentiellement dans la phase de reprise pour inciter les employeurs à recruter. A l’heure actuelle, elle risque d’augmenter encore le taux de chômage. C’est pourquoi nous pensons qu’il serait plus efficace de mettre en œuvre immédiatement des dispositifs de sécurisation et de réfléchir à un dispositif de flexibilité du CDI qui prendrait effet en 2014. Chaque pays peut trouver son timing et sa voie pour parvenir à plus de flexi-sécurité mais rester à l’écart du mouvement, c’est très dangereux dans un monde actuel qui connait de grandes mutations.

Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche

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