La France ne doit pas rater le cap de la fabrication additive métallique

L’impression 3D à partir de poudres de métaux est l’une des innovations qui pourraient marquer la métallurgie de demain. Et si la filière s’étoffe, certains, comme la Fédération forge fonderie, fournisseur traditionnel de produits de base à l'industrie, s’inquiètent de voir ce marché leur échapper au profit des importations.

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La France ne doit pas rater le cap de la fabrication additive métallique

Le marché des poudres métalliques utilisables dans le procédé de fabrication additive, cette "impression 3D" de pièces métalliques, est en pleine croissance. La technologie met en œuvre un faisceau laser ou d’électrons qui provoque la fusion des particules métalliques, déposées ou projetées à la forme voulue. Elle propose une solution de substitution à la fonderie de précision pour une large gamme d’alliages : inox, base nickel, cobalt ou cuivre. Plus rarement des bases titane ou aluminium, plus compliquées à mettre en œuvre.

Peu d'acteurs français dans l'amont

En amont de la filière, les fabricants de métaux en poudre fournissent la matière première. Ces poudres métalliques existent depuis plus de quarante ans, mais il a fallu les adapter, en modifiant la taille des grains. A ce stade, "il y a très peu d’acteurs français. En fait, nous sommes probablement les seuls", relève Adeline Riou, responsable des ventes et du marketing des poudres métallurgiques d’Erasteel (filiale d’Eramet). Erasteel produit des poudres sur trois sites, mais le seul à fournir des produits adaptés à la fabrication additive est situé à Irùn, dans le pays basque espagnol (les autres sont en France et en Suède). Adeline Riou, par ailleurs vice-présidente du groupe de travail fabrication additive de l’Epma (European powder metallurgy association), note une cassure dans la courbe de croissance cette année, avec un passage progressif de la R&D à la production de série. "La demande augmente, donc nous augmentons nos capacités de production", affirme-t-elle.

La grande majorité de ces poudres est importée et le marché est partagé entre Erasteel, le suédois Hoganas, l’anglais LPW, le canadien Tekna et quelques autres. En conclusion d’une rencontre organisée autour de l’acier par MPE Media le 3 juin, le directeur général de la Fédération forge-fonderie Jean-Luc Brillanceau tirait la sonnette d’alarme sur la nécessité, pour les fondeurs français, d’acquérir la technologie de fabrication des poudres, matières premières d’une nouvelle technologie à même d’avoir un impact sur les activités de l’un des plus vieux métiers au monde. "Nous exerçons des métiers de tradition, qui ont beaucoup évolué, mais peut-être pas suffisamment, et pas assez vite", regrette-t-il.

La PME Beam fabrique les machines qui mettent en œuvre la technologie LMD (par projection à travers une buse de poudre fondue par un faisceau laser). Elle diffère du selective laser manufacturing (frittage sélectif par laser), qui consiste à étaler une couche de poudre, fondre au laser la base de la forme sélectionnée, puis étaler la couche suivante... jusqu'au montage complet de la forme. Son responsable R&D, Jonathan Fréchard, note, comme Erasteel, une accélération cette année, avec des ventes fermes dans l’aéronautique qui seront annoncées au Bourget. Mais également une diversification dans le nucléaire, le ferroviaire, le naval, le spatial…

Fixation des prix: un marché immature

Pour les transformateurs qui démarrent dans la fabrication additive, le marché des matières reste opaque. Les prix vont du simple au double, "voire au triple, surtout lorsque les poudres sont vendues par le fournisseur de la machine", ironise un acteur du marché. AFU, une entreprise malouine spécialisée dans la mécanique de précision (usinage, assemblage, bureau d’études) propose des prestations de fabrication additive métallique depuis 2014. Pour sa directrice générale Sylvaine Blancard, "c’est un marché en éclosion. Nous avons reçu beaucoup de marques d’intérêt venant de tous les secteurs, de l’aéronautique à la bijouterie, mais encore peu de commandes fermes." Ce segment ne représente aujourd’hui que 5% de son chiffre d’affaires, mais elle espère bien le voir décoller d’ici 3 à 4 ans.

A une autre échelle, GE ne cache pas ses ambitions dans ce secteur, et annonce la fabrication de 100 000 pièces additives d'ici 2020. Le mois dernier, le groupe a dévoilé un turboréacteur entièrement imprimé en 3D.

Eramet complète sa gamme de métaux d'alliages

Pour Erasteel, le mouvement est bien lancé, et il était indispensable de proposer aux clients de la branche alliages d’Eramet une gamme complète de métaux d’alliages, y compris en poudres. Les clients sont divers : l’aéronautique, l’énergie, le médical, l’outillage. "Ce marché est en transition entre l’émergence et la croissance. Il y a encore beaucoup de R&D, mais on va vers de la production, des applications de série", conclut Adeline Riou.

Myrtille Delamarche

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