L'Usine Santé

"La France est le premier pays de Roche pour les études cliniques"

Gaëlle Fleitour ,

Publié le

Entretien Sixième laboratoire pharmaceutique mondial, premier en investissement R&D, le Suisse Roche va lancer en 2012 le Pertuzumab, son prochain produit phare. A quelques mois de la commercialisation, Severin Schwan, directeur général de Roche, confie à L’Usine Nouvelle les ambitions du laboratoire en médecine personnalisée, en France et dans le reste du monde.

La France est le premier pays de Roche pour les études cliniques © Roche

L'Usine Nouvelle - Roche compte 12 molécules en phase III de développement dans son pipeline. Lesquelles vont sortir en 2012 ?
Severin Schwan - Nous allons lancer trois nouvelles molécules. Zelboraf, un traitement du mélanome métastatique, va arriver dans l’Union Européenne, mais il est déjà commercialisé aux Etats-Unis et en Suisse. Le médicament oral Vismodegib (découvert par Genentech, la biotech reprise par Roche en 1990, ndlr) sera destiné aux patients atteints d’une forme avancée de cancer de la peau. Enfin, Pertuzumab (le prochain blockbuster de Roche, qui devrait dépasser le milliard de dollars de ventes, ndlr) devrait être approuvé contre le cancer du sein métastatique, à partir de données que nous publierons cette semaine. Nous projetons aussi de décrocher de nouvelles indications pour nos produits existants.

En Europe comme aux Etats-Unis, les systèmes de santé doivent réduire leurs coûts. Les ventes de Roche vont-elles en souffrir ?
Je ne crois pas que cela pose de problème pour mettre sur le marché des produits vraiment innovants, car les autorités sanitaires sont plutôt favorables à approuver des traitements si on leur apporte la preuve de l’innovation et du bénéfice. La question se pose plus pour le remboursement. Je suis optimiste pour notre portfolio. Je suis très confiant dans le fait que le gouvernement français va rembourser un produit comme Zelboraf.
Sur le plan des ventes, la dynamique est clairement en train de se déplacer de l’Ouest vers l’Est du monde et les pays émergents comme l’Amérique Latine. Ou la Chine, où nous sommes en croissance de 30%, avec des milliards d’euros de ventes. Mais je ne peux pas vous donner de prévisions pour 2012.

Vous êtes très attaché aux interactions entre Roche et Roche Diagnostics. Quid des collaborations avec l’extérieur ?
Il est crucial que nous prenions en compte l’innovation en dehors de notre entreprise. 50% de notre portefeuille est issu de collaboration avec des entreprises pharmaceutiques, des universités ou des centres académiques. En médecine personnalisée, ce lien est encore plus indispensable. Pour mieux cibler nos traitements, nous avons besoin d’avoir accès aux patients, dans des centres académiques. Nous avons donc créé des pôles translationnels, pour ne pas se militer à des relations bilatérales avec un institut. Nous avons monté des consortiums avec de nombreux hôpitaux, des institutions afin d’avoir la masse critique nécessaire pour étudier les patients et définir des biomarqueurs. Ces pôles se situent en Suisse, au Canada, en France, à Singapour et plusieurs se trouvent aux Etats-Unis.

Que représente la France pour Roche ?
Nous n’avons pas de production en France (sa dernière usine, à Fontenay-sous-Bois, a été cédée en 2008 à son management, ndlr), mais nous y avons un réseau de centaines de collaborations en R&D. C’est le premier pays pour nous en termes d’études cliniques, et nous y menons beaucoup de recherche. Nous n’allons pas étendre nos usines de production à travers toute l’Europe, nous en avons assez. Mais nous souhaitons développer les meilleures classes de scientifiques, et la France dispose en la matière de chercheurs de très haut niveau.

Par ailleurs, le système de santé existant en France est bon. Les Français disposent d’un "droit" à la santé, comme en Allemagne. Alors que dans le Royaume Uni, si vous ne pouvez pas vous offrir un traitement, c’est dommage mais et on vous laisserait sans soin... Pour moi, qui viens d’Autriche, il est difficile de comprendre que la société soit divisée en deux lorsque cela a un lien avec la santé.

Un test de diagnostic… qui arrive un peu tard
Leader en médecine personnalisée, le laboratoire Suisse vient de lancer un nouveau diagnostic compagnon en Europe. Nommé "cobas EGFR Mutation Test", ce test est destiné à identifier les patients souffrant de cancer du poumon non à petites cellules (NSCLC), caractérisé par des mutations du gène EGFR. Ces malades pourraient alors tirer profit de son traitement Tarceva. Mais Roche n'est pas habilité à demander le remboursement de ce test compagnon. Ce sera aux sociétés savantes de le faire. Or en France, "ce test arrive avec quelques années de retard sur les tests développés par 28 plateformes hospitalières de génétique moléculaire, dont les patients bénéficient gratuitement grâce au soutien de l'Institut National du Cancer", regrette une source interne. L'argument de Roche ? Son test est standardisé, contrairement à ceux des plateformes hospitalières.

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