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La France épargnée par les bullshit jobs (et ce n'est pas forcément une bonne nouvelle)

Christophe Bys

Publié le

D'un côté, pas une semaine sans que ne paraisse un livre sur le bonheur au travail et autres secrets de bien-être professionnel. De l'autre, un essai écrit par un des initiateurs du mouvement Occupy Wall Street, David Graeber qui se vend comme des petits pains en dénonçant ce que son traducteur a appelé des "jobs à la con". Y aurait-il quelque chose de pourri dans le rapport des Français et du travail ? L'étude réalisée par la fondation Jean Jaurès apporte un éclairage originale à cette question. Décryptage. 

La France épargnée par les bullshit jobs (et ce n'est pas forcément une bonne nouvelle)
L'exception française comprend un nouveau chapitre : les salariés se sentent moins reconnus que dans d'autres pays
© Wikimedia DE

Les entreprises citées

En partenariat avec Industrie Explorer

Selon une étude réalisée par la fondation Jean Jaurès (1) - plutôt proche du PS comme son nom l'indique -, les salariés français expriment un malaise dans le travail. Ainsi, ils ne sont que 44 % à considérer que leur travail est reconnu à sa juste valeur. Le score monte à 64 % au Royaume-Uni, 76 % chez les salariés allemands et atteint 79 % aux Etats-Unis.

 

Un succès d'édition 

L'étude a été menée alors que l'essai de David Graeber sur les "bullshit jobs" (paru aux éditions Les liens qui libèrent) est un phénomène d'édition, se classant moins d'un mois après sa sortie dans le palmarès des meilleures ventes de la catégories essais et documents. L'anthropologue, qui se revendique anarchiste, y expose la multiplication d'emplois dans lesquels les salariés se sentent profondément inutiles, soit en raison de ce qu'on leur demande ou parce que leur activité principale consiste à faire semblant de travailler. Le nombre de ventes laisserait indiquer que les lecteurs français ont trouvé dans cet ouvrage "quelque chose qui leur parle".

L'étude de la fondation Jean Jaurès révèle que la source du malaise est plutôt à chercher du côté de la reconnaissance que du sens du travail. Car, 88 % des salariés français pensent que leur travail est utile à leur entreprise et 78 % qu'il est utile à la collectivité ou à la société. Toutefois, il faut nuancer un peu le propos. L'étude de l'Ifop révèle que seulement 75 % des salariés des professions intellectuelles ou cadres de la fonction publique pensent que leur travail est utile à leur employeur. Soit 13 points de moins que la moyenne des Français. Si on parle d'un sentiment d'utilité, ce sont 86 % des salariés exerçant des professions intellectuelles qui disent l'éprouver et 90 % des professions manuelles. 

 

Crise de reconnaissance plutôt que de sens

Or le livre de David Graber évoque surtout ce type de professions. Dans son essai traduit de l'anglais, David Graeber cite une proportion d'un gros tiers de salariés estimant son travail inutile ou sans sens, s'appuyant pour cela sur diverses études d'opinions. Les salariés français seraient donc un peu moins nombreux dans ce cas. Ce que notent les auteurs de cette analyse, c'est que si le diagnostic est différent entre le livre de David Graeber et la situation française, les causes sont les mêmes : la mondialisation économique a ébranlé les fondements du travail, de son sens, de sa sécurité.. 

Mais revenons à la spécificité française : la crise de la reconnaissance.

"Le sentiment de ne pas être reconnu à sa juste valeur dans son travail est particulièrement marqué chez les cadres et professions intellectuelles du public (57 %), les professions intermédiaires (notamment dans la santé et la fonction publique, à 67 %), les agents et employés de la fonction publique (58 %), soit précisément des professions qui par ailleurs se sentent "utiles" à la société. Les CSP-, et notamment les ouvriers non qualifiés, expriment également un manque de considération particulièrement marqué. Mais 42 % des personnes exerçant un métier à dominante manuelle ne se sentent pas reconnues par leur entreprise ou leur employeur, contre 46 % chez les professions intellectuelles : le constat est donc général."

 

Le travail, des enjeux politiques 

La question en soi intéressante a aussi une implication politique. Les électeurs de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon sont ceux qui, en moyenne, se sentent moins utiles que d'autres à la société. D'où leur tentation de mettre à bas ce qu'ils appellent "le système". Après tout, semblent-ils penser, "il ne veut pas de nous et bien changeons-en". 

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(1) Pour lire l'intégralité de la note de la fondation Jean Jaurès "Inutilité ou absence de reconnaissance : de quoi soufrent les salariés français ?" par Jérôme Fourquet  Alain Mergier et Chloé Morin, cliquez ICI

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