La France en perte de vitesse dans la bioproduction

Si les investissements dans les sites de production de médicaments chimiques se sont maintenus sur la période 2010-2015, ceux concernant les sites de production biologique ont enregistré une baisse de 20 %. Un constat amer pour le Leem, qui appelle à relancer les moteurs de l'attractivité française.

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La France en perte de vitesse dans la bioproduction

C'est un bilan plus que contrasté que dresse cette année la 4e édition de l'Observatoire des investissements productifs pharmaceutiques et biotechnologiques, réalisée par KPMG pour le Leem et Polepharma. Globalement, la tendance est au ralentissement des investissements, même si tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne. En effet, si les investissements sur des sites de production de médicaments chimiques se sont plutôt maintenus sur la période 2010-2015 (410 millions d'euros par an, soit 3 M€ par site et par an), ça n'est pas le cas des investissements concernant les sites de bioproduction (hors vaccins). Ces derniers enregistrent en effet une baisse de 20 % par site de production sur le même intervalle. Car, si l'on est passé d'un périmètre de 29 à 30 sites de bioproduction entre l'observatoire 2014 et celui de 2016, les investissements moyens par site ont chuté de 6 M€/an à 4,8 M€/an. Au total, ils avoisinaient un total de 170 M€ par an en moyenne entre 2010 et 2015. Sur l'ensemble de la période, les investissements dans les biomédicaments ont ainsi reculé de 4,2 % en moyenne annuelle, et même de 12,8 % de 2013 à 2015. Malgré tout, Frédéric Thomas, associé KPMG responsable du secteur Santé et Sciences de la vie, qui a piloté l'étude, refuse d'y voir une tendance négative, et parle plutôt de la fin d'un cycle d'investissements. « L'effort d'investissement des sites de médicaments biologiques dans l'appareil productif est lié à la mise sur le marché de nouveaux médicaments », rappellent le Leem et Polepharma. Le faible niveau d'investissement des sites biologiques de ces dernières années s'explique ainsi par le nombre peu élevé de biomédicaments fabriqués en France. Entre 2012 et 2016, sur les 76 autorisations de mise sur le marché (AMM) délivrées par l'Agence européenne du médicament (EMA) pour des médicaments biologiques, seuls 5 médicaments sont produits en France, contre 21 en Allemagne, ou 12 en Italie, soulignent les deux acteurs du secteur. Dans les médicaments biologiques (toujours hors vaccins), seuls deux sites français ont été enregistrés dans les dossiers d'AMM de l'EMA sur la période 2013-2016 : celui de Sanofi à Le Trait (Seine-Maritime) pour le Praluent (alirocumab) et celui de l'Américain Eli Lilly à Fegersheim (Bas-Rhin) pour l'Abasaglar (biosimilaire du Lantus, à base de glargine).

Quant aux sites de production de vaccins, l'Observatoire indique qu'« ils sont entrés dans une phase de consolidation, marquée par une stabilisation des investissements autour de 85 M€ par an », soit environ 16,8 M€ par site et par an. Sur la période 2010-2015, ils enregistrent tout de même une baisse de 15,5 % en moyenne annuelle, passant de 199 M€ en 2010 à 86 M€ en 2015. Mais pas de quoi s'alarmer pour le Leem et Polepharma, qui estiment qu'environ 85 M€ d'investissement par an suffisent aux sites de vaccins pour maintenir leurs équipements aux normes et assurer la production dans de bonnes conditions. La France compte actuellement 5 sites de production de vaccins, un chiffre stable depuis le dernier observatoire.

Des « manettes » à enclencher pour rendre la France plus attractive

Tous secteurs confondus, la production pharmaceutique a dégagé en 2016 un excédent commercial de 7,6 milliards d'euros, alors que la balance commerciale française était déficitaire, note le Leem. L'industrie du médicament représente 98 690 emplois directs, dont 43 666 dans les métiers de la production sur 271 sites industriels sur tout le territoire français. Elle consacre 10 % de son chiffre d'affaires annuel à la R&D en France, devant l'aéronautique (8 %) et l'automobile (5 %). Mais en dépit des atouts de l'industrie pharmaceutique française, le Leem et Polepharma estiment que « le secteur sort aujourd'hui fragilisé d'un quinquennat marqué par l'instabilité des décisions politiques, l'empilement des normes administratives, la sur-transposition de directives européennes en droit interne et le poids disproportionné des mesures de régulation pesant sur le médicament et de la fiscalité. » En guise de conclusion, Patrick Errard, le président du Leem, a ainsi énuméré les grandes « manettes » qu'il aimerait voir le nouveau gouvernement activer pour donner un élan de compétitivité et renforcer l'attractivité de la France : la fiscalité, la régulation des prix et la simplification des démarches administratives, mais aussi la mise en avant de l'excellence française, qui n'est selon lui « pas assez vendue » à l'international.

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