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L'Usine Matières premières

"La France doit être à la pointe de l'après-glyphosate", assure Stéphane Travert, ministre de l'Agriculture

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Le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Stéphane Travert, a la lourde tâche de conduire la transition vers moins de pesticides.

La France doit être à la pointe de l'après-glyphosate, assure Stéphane Travert, ministre de l'Agriculture
Stéphane Travert, ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation
© Cheick.Saidou/Min.Agri.Fr

L'Usine Nouvelle - Quelle est votre feuille de route pour une transition vers moins de pesticides ?

Stéphane Travert - Nous sommes en train de la construire. L’objectif est de transformer nos pratiques agronomiques, de rendre notre agriculture plus respectueuse de l’environnement. Dans la politique alimentaire que nous souhaitons mettre en place, c’est ce que l’on appelle « soigner notre capital collectif ». Comment faire en sorte que demain nous ayons une agriculture moins dépendante des produits phytosanitaires et, dans le même temps, accompagner nos agriculteurs pour qu’il n’y ait pas de perte de compétitivité face à d’autres pays européens. C’est toute la question que nous avons à résoudre.

Les solutions pour sortir du glyphosate seront-elles disponibles dans trois ans, comme le veut Emmanuel Macron ?

Il le faut. Nous y mettons les moyens en recherche, en formation et en innovation. Le Président a donné ce délai car il considère que la France doit être à la pointe sur ces combats. D’ailleurs, les choses évoluent au niveau des autres pays européens. Nous devons travailler avec eux sur les distorsions de concurrence, essayer d’harmoniser nos pratiques… Le glyphosate est autorisé pour cinq ans. Emmanuel Macron veut que d’ici à trois ans, nous ayons la capacité de trouver des solutions. Mais il a toujours dit : pas de suppression sans substitution ou solution. Nous sommes guidés par cela.

La viticulture et les grandes cultures restent surconsommatrices de pesticides, malgré les plans Écophyto successifs lancés depuis le Grenelle de l’environnement…

Il faut rebâtir le plan Écophyto. Aujourd’hui, on remet aux agriculteurs des certificats de produits phytosanitaires, on encadre leurs consommations. Dans notre projet de loi, nous souhaitons séparer la vente et le conseil et interdire les rabais, remises et ristournes qui échappaient au contrôle. Cela dit, les agriculteurs ont fait un important travail sur la réduction des produits chimiques ces dernières années. Cette diminution – qui n’est pas forcément une transformation vers le bio – ne se voit peut-être pas du fait des résultats du plan Écophyto, qui sont loin d’être à la hauteur de ce que l’on pouvait attendre. Dans certaines cultures, comme la viticulture, des progrès significatifs ont été réalisés, mais on sait que dans quelques endroits, notamment dans les vignobles en coteaux, on manque encore d’alternatives. Il n’y a pas de solution clés en main. On peut déjà agir directement grâce à la rotation des cultures, l’agroécologie. Mais aussi mener des expérimentations comme TerraLab, au sein de la Ferme 112, dans la Marne, ou les fermes Dephy, dont les outils pilotes recueillent des données pour étayer des avis scientifiques. Toute cette réflexion et la nouvelle génération qui prend en main les destinées de l’agriculture vont faire évoluer les choses.

À quelles innovations croyez-vous ?

L’agriculture connectée, via des solutions numériques et des capteurs, peut être un accélérateur de changement en transformant les usages, les modes de production, la relation du producteur à son environnement et au consommateur. Idem pour la robotique. Toutes ces solutions permettent de réduire la pénibilité, d’optimiser le temps de travail et le rendement. Mais aussi de démultiplier la collecte des données. Ce sont des sources de connaissances nouvelles permettant de réagir en temps réel sur la qualité du produit, de l’adapter au goût des consommateurs. Ces machines intelligentes et connectées ne vont pas supplanter l’homme, mais elles l’aideront à être plus compétitif grâce aux outils d’aide à la décision et d’anticipation.

Il reste des freins réglementaires à lever, nous disent les fabricants de robots autonomes et de drones pulvérisant avec précision…

L’épandage aérien est interdit. Si un drone est capable de survoler un champ de maïs pour y déposer un traitement, même naturel, ciblé sur la surface de la parcelle touchée par une maladie, peut-être faudra-t-il alors revoir la réglementation. Je ne veux rien m’interdire, même si notre position reste contre l’épandage aérien massif. Mais il faut faire de la pédagogie et ce n’est pas le plus facile…

« Le biocontrôle fait partie des solutions »

Les OGM et les nouvelles techniques d’ingénierie des plantes sont-ils des pistes à explorer?

Sur les OGM, la règle est simple : il n’y a pas de culture. Mais je pense que la recherche doit pouvoir se faire. Quant aux nouvelles techniques que vous évoquez, les NBT, nous sommes sur des choses bien différentes, qui ne doivent pas être toutes a priori être classifiées comme OGM, si les organismes issus de ces techniques présentent un niveau de sécurité comparable à celui des techniques conventionnelles de mutagenèse. Nous attendons l’avis de la Cour de justice de l’Union Européenne sur ces NBT.

L’exemple de Limagrain, qui menace de délocaliser sa R & D à la suite du fauchage de certains de ses champs de recherche conventionnelle, montre que la recherche culturale est très difficile à mener en France…

Nous devons être attentifs à cette situation, car il faut continuer à mener des travaux de recherche appliquée dans de bonnes conditions et il n’est pas possible de tout faire sous serre. Il faut travailler sur la pédagogie et l’écoute, y compris auprès des militants. Le Gnis, l’interprofession des semenciers, a mis en place un plan autour de la recherche, qui privilégie l’information. Clarifions les choses en précisant que telle parcelle est dédiée à recherche, que ce ne sont pas des OGM préparés en catimini.

Le développement de l’industrie du biocontrôle, qui compte de nombreuses PME proposant des solutions non chimiques, a pris du retard à cause de lenteurs administratives…

Le biocontrôle fait partie des solutions. J’ai rappelé aux entreprises de ce secteur l’importance de leur travail de recherche. Plus elles rendront leurs données objectives, plus il sera facile de leur accorder les autorisations de mise sur le marché et de porter ces outils à la connaissance du public et des agriculteurs.

Comment un agriculteur peut-il financer ces innovations ?

Je viens de l’Ouest, où il y a beaucoup de mutualisation de matériels. Le collectif peut être le moyen d’aider des exploitations qui ne peuvent pas investir seules dans des drones ou de la mécanisation. En jouant sur la réduction des intrants et sur les économies de charges générées, elles peuvent retrouver les points de compétitivité dont elles ont besoin face à leurs concurrents européens. Se pose aussi la question des marchés sur lesquels valoriser ses produits. Pourquoi ne pas dédier une partie de sa production pour travailler en direct avec le consommateur, en mettant en avant la qualité de son travail : culture biologique, pâturage, plein air ? Ce sont des facteurs de croissance qui ont été identifiés lors des ateliers des États généraux de l’alimentation : pour l’amont, mais aussi pour l’aval de la filière, avec des produits mieux ciblés qui permettent de répondre à la demande des consommateurs.

Quelle part du plan de 5 milliards d’euros promis à l’agriculture par Emmanuel Macron sera dédiée à toutes ces solutions?

Nous présenterons ce plan au Salon de l’Agriculture. Il répondra à une approche filière pour cibler des gains de compétitivité dans l’amont et l’aval. Nous voulons diversifier et trouver les outils les plus transformant, au-delà de la subvention, avec les meilleurs effets de levier possibles pour soutenir le numérique, l’innovation et sa diffusion en infléchissant les politiques d’investissement dans les exploitations agricoles. 15 milliards d’euros sont déjà investis chaque année par l’agriculture et l’agroalimentaire, dont un milliard est couvert par les financements publics. 

Parmi nos priorités figurent aussi les investissements dans les entreprises agroalimentaires, et la méthanisation. Il s’agit d’un complément de revenu utile pour les agriculteurs, or sept ans pour un plan de méthanisation, c’est beaucoup trop long : on doit avoir débloqué le dossier en douze mois !

Vous appuierez vous sur l’Inra et les centres techniques?

Nous venons de fixer le nouveau contrat d’objectifs et de performances de l’Inra, qui travaille à moyens constants. Et nous avons signé un beau partenariat pour le rapprocher d’Irstea, qui a une véritable culture de la robotique, à l’horizon 2020. L’idée est de permettre que demain, ces instituts ne nous apportent pas uniquement de la science pour la science, mais des solutions appliquées pour l’agriculture. Nous nous appuyons aussi sur les formations de recherche d’AgroSup, qui existent sur l’ensemble du territoire. Pour amener ce mieux-disant environnemental dont nous avons besoin, il faut utiliser tous les leviers mis à notre disposition. Au moment où l’on veut partager une politique agricole qui soit comprise par tous et qui permettent à nos concitoyens d’avoir confiance en leur alimentation, on doit aller chercher tout le monde !

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