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« La France devrait être au-dessus de 10% de véhicules électriques en 2020 » (Thierry Koskas, Renault)

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Le salon de Genève fait encore la part belle aux véhicules verts. Chez Renault, on place le véhicule électrique au cœur de la stratégie dans le domaine. L’occasion de faire le point avec le responsable du projet véhicule électrique, Thierry Koskas.

« La France devrait être au-dessus de 10% de véhicules électriques en 2020 » (Thierry Koskas, Renault) © Renault

Quelle place ont les véhicules électriques de Renault sur le salon ?

Depuis le salon de Francfort nous présentons nos quatre modèles électriques. Ici il n’y en a que trois car le Kangoo étant un utilitaire nous ne voyions pas l’utilité de le présenter dans un salon dédié aux voitures particulières. Nous avons annoncé la signature ici sur le salon de deux protocoles d’accord avec Schindler et Europcar (500 voitures électriques pour l'été 2011). Notre objectif dans ce salon est de crédibiliser cette nouvelle gamme, même si sa commercialisation n’est pas pour tout de suite.

Quand seront commercialisés les différents véhicules ?

La Fluence et le Kangoo arriveront en premier, au premier semestre 2011. Ce sont deux véhicules déjà existants en version thermique t leur électrification est très attendue. Débarqueront par la suite la Twizy et la Zoé. Nous les lancerons d’abord sur les marchés les plus intéressants pour nous, comme les pays Better Place (Israel et Danemark), en France et dans les pays avec un contexte favorable (aides des Etats, début de réflexion sur le sujet), comme l’Irlande. En Allemagne, aucune aide n’a encore été annoncée pour le développement de véhicules électriques mais nous devons nous positionner avant cela.

Une voiture sur dix

Votre prévision est de 10% de véhicules électriques sur le marché mondial en 2020. Pensez-vous que la France est un marché sur lequel leur développement sera facile ?

Ces chiffres sont toujours d’actualité chez Renault. Cela représenterait environ une voiture sur dix. Renault compte en tirer une bonne part de marché. Il y aura évidemment des différences entre pays. Mais la France devrait être au-dessus de 10% car le pays a une démarche exemplaire en terme de politique de véhicules propres. Il y a des aides à l’achat, des investissements de 900 millions d’euros dans les infrastructures, le soutien à la R&D. Le pays propose un ensemble cohérent qui devrait permettre un véritable développement de l’électrique. Tout va bouger très vite, même s’il est vrai qu’on ne voit pas encore de bornes de recharge dans les rues.

Concernant l’offre du gouvernement de soutenir l’achat des véhicules électriques par une prime de 5000 euros, ne craignez-vous pas qu’elle disparaisse rapidement ?

L’Etat a garanti qu’elle serait proposée au moins jusqu’en 2012. De notre côté, nous insistons pour qu’elle ne soit pas être arrêtée brutalement. Car au final, elle servira essentiellement à compenser le surcoût actuel de production du véhicule électrique. Un surcoût dû aux effets d’échelle. Le véhicule électrique sera d’abord produit en petits volumes avec des éléments supplémentaires par rapport au véhicule thermique. Par exemple, avec un système de chauffage sophistiqué ou de navigation moderne. Il sera donc plus cher à la production. Mais avec la hausse des volumes, le surcoût devrait disparaître, ne nécessitant plus forcément l’attribution d’une prime gouvernementale.

Pensez-vous que les Français sont prêts pour le développement des véhicules électriques ?

Il y a beaucoup d’attentes du côté des entreprises et un fort intérêt de la part des particuliers. Il reste tout de même beaucoup de travail d’éducation à faire dans le domaine : expliquer, montrer, faire tester. Ce dernier point est vraiment important. Nous avons proposé des essais de conduite lors du sommet de Copenhague. Et les gens étaient plutôt satisfaits et surpris par le silence et la douceur de conduite du véhicule. Le véhicule électrique change réellement la manière de conduire. Il a un côté reposant, qui permet de veiller davantage à la sécurité. Il faut l’essayer pour s’en rendre compte. Nous allons proposer des activités commerciales pour mieux faire connaître nos produits.

Concernant vos produits justement, pensez-vous proposer à vos clients des bornes de recharge signées Renault, comme certains de vos concurrents ?

Nous ne sommes pas des fabricants de batteries. Nous faisons des voitures et c’est déjà bien. Mais nous devons nous assurer qu’elles seront bien labellisées. Et nous proposerons des solutions à nos clients, par exemple pour ceux qui voudront recharger dans leur garage, il faudra une solution adéquate. Nous nous concentrons sur les véhicules avant tout. Nous avons par exemple investi 800 millions d’euros sur quatre ans en R&D pour le développement des quatre véhicules électriques.

En terme d’économies, quel bénéfice le consommateur peut-il tirer d’un véhicule électrique par rapport à un véhicule thermique ?

Nous n’avons pas encore dévoilé les prix des véhicules. Mais ils seront globalement au même tarif que les véhicules hybrides. Restera ensuite la location de la batterie. Au niveau du kilométrage, jusqu’à un certain point d’équilibre, le bénéfice du véhicule électrique n’est pas probant. Il revient au même tarif qu’un véhicule thermique, du fait du coût de la location de la batterie. Mais au-dessus de 1000 km par an (soit 40 km par jour, la distance parcourue par beaucoup de Français chaque jour), chaque kilomètre supplémentaire parcouru revient à dix centimes d’euros pour un véhicule thermique, contre seulement deux centimes d'euros pour un véhicule électrique. Et c’est considérable pour des déplacements urbains ou péri-urbains.

« Nous n'avons pas le choix »

Votre stratégie est de miser totalement sur le véhicule électrique, contrairement à certains de vos concurrents. N’est-ce pas un peu risqué ?

Pour nous, la vraie rupture, c’est vrai, c’est électrique. Le système à hydrogène n’est pas économiquement et techniquement viable. Quant à l’hybride, il ne fait pas baisser la consommation de CO2 de manière spectaculaire, on reste à des taux de 90g.

Alors avec l’électrique, nous n’avons pas le choix, nous devons réussir. Vus les moyens engagés, nous avons des raisons objectives de croire en son succès. Les véhicules sont au point, les pays s’engagent les uns après les autres, nous avons une bonne visibilité sur les coûts. Comme tout nouveau concept, il y a une part de risque. Mais c’est justement un vrai challenge pour nous tous. L’important entre maintenant et la commercialisation des véhicules est justement de nouer des partenariats comme nous venons de le faire avec Schindler et Europcar. Et puis nous travaillons toujours sur le moteur thermique, qui représentera encore 90% de nos véhicules. Nous améliorons les moteurs thermiques, en proposant par exemple la Clio à 98g de CO2.

Bruxelles a récemment évoqué la possibilité de mettre au point une stratégie commune en Europe dans le domaine des véhicules électriques. Que pensez-vous de cette démarche ?

Nous avons besoin d’une standardisation des prises et je pense qu’une politique européenne globale peut être une bonne chose. Cela permettra de tirer certains pays, en les poussant à investir encore plus dans les énergies renouvelables. Le soutien aux filières de R&D pourra être plus important. Et de toute manière, là encore, nous n’avons pas le choix. Car en face se prépare la concurrence intense de la Chine, la Corée et le Japon, qui voudraient profiter de l’électrique pour prendre des positions sur les marchés européens.

Notre vigilance est obligatoire dans ce domaine. Il n’y a pas un jour où nous n’entendons pas parler d’un constructeur chinois ou japonais. C’est une nouvelle bataille à mener et être groupé est important. Je pense tout de même que les consommateurs européens voudront être rassurés sur la qualité des produits au début de l’ère électrique et se tourneront vers des marques et des réseaux qu’ils connaissent déjà.

Propos recueillis par Barbara Leblanc à Genève

Cession d’actifs à l’étude chez Renault

Le groupe Renault étudie des possibilités de cession d’actifs non stratégiques pour réduire son endettement. « Nous examinons quels sont les actifs que nous ne considérons pas comme stratégiques et qui peuvent être vendus au bon moment et au bon prix » , a expliqué le patron de Renault, Carlos Ghosn.

Dans le domaine de l’électrique, le PDG de Renault et Nissan a assuré que l’Alliance serait la seule sur le marché de masse en 2011. « Pour l’instant, il n’y a pas de concurrence », a-t-il confié en marge du salon.
Plus globalement, il a affirmé qu’il « croyait davantage aux alliances et partenariats qu’aux fusions » dans le secteur automobile, revenant indirectement sur les discussions avec Daimler.

 

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3 commentaires

Nom profil

05/03/2010 - 10h25 -

à propos de la dernière phrase de Thierry Koskas:
même si l'ampleur des rappels, par Toyota, de divers modèles des véhicules qu'il produit, entache sa réputation, il n'en reste pas moins vrai qu'ils ne touchent pas à sa technique hybride, sur laquelle cette marque peut exploiter, en R&D, un retour d'expérience de 13 ans (lancement de la Prius en 1997), alors que les constructeurs hexagonaux voient à peine sortir de l'œuf leurs premiers véhicules électriques.
Effectivement M. Koskas pourrait avoir raison de penser que les consommateurs placeront plus volontiers leur confiance en ces constructeurs, qui comme Toyota, ont assez de recul pour ne pas leur faire payer les pots cassés d'une technologie qu'ils maîtrisent et qu'ils font évoluer sur ces solides bases.
Les Renault Peugeot Citroën ont "manqué le train" il y a longtemps !
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Nom profil

05/03/2010 - 10h21 -

à propos de la dernière phrase de Thierry Koskas:
même si l'ampleur des rappels, par Toyota, de divers modèles des véhicules qu'il produit, entache sa réputation, il n'en reste pas moins vrai qu'ils ne touchent pas à sa technique hybride, sur laquelle cette marque peut exploiter, en R&D, un retour d'expérience de 13 ans (lancement de la Prius en 1997), alors que les constructeurs hexagonaux voient à peine sortir de l'œuf leurs premiers véhicules électriques.
Effectivement M. Koskas pourrait avoir raison de penser que les consommateurs placeront plus volontiers leur confiance en ces constructeurs, qui comme Toyota, ont assez de recul pour ne pas leur faire payer les pots cassés d'une technologie qu'ils maîtrisent et qu'ils font évoluer sur ces solides bases.
Les Renault Peugeot Citroën ont "manqué le train" il y a longtemps !
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Nom profil

04/03/2010 - 13h43 -

Article intéressant, espérons que le futur leur donnera raison.
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