La France a-t-elle loupé le virage du nucléaire ?

Le programme nucléaire français, lancé dans les années 70, avait pour horizon la construction de surgénérateurs de type Superphénix. Mais la mise en sommeil de cette filière n’a pas permis à la France d’attendre cet objectif.

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La France a-t-elle loupé le virage du nucléaire ?

La filière nucléaire française est mise à mal sur son propre terrain. Le Président de la République a annoncé l’abaissement de la part du nucléaire de 75 à 50 % d’ici 2025 et la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) en 2016. Le débat sur la transition énergétique, lancé le 29 novembre en France par la ministre Delphine Batho, n’a pas pour vocation à discuter ces décisions mais à trouver un moyen d’y parvenir. Le chantier de l’EPR de Flamanville (Manche), qui vient de voir sa facture s’alourdir de 2 milliards d’euros et qui affiche 4 ans de retard, ne donne pas d’arguments à la filière nucléaire pour se défendre. Comment le nucléaire de De Gaulle, de Pompidou, de Chaban-Delmas, de Messmer… est aussi mal vu dans le pays le plus nucléarisé du monde ?

A l’époque des crises pétrolières des années 70, les pères du nucléaire français ont un plan en tête. Un plan à très long terme ! La construction de 58 réacteurs de seconde génération doit permettre d’alimenter la France en électricité en important de l’uranium à la place du combustible fossile. Dans le même temps, le pays lance la construction de deux réacteurs à neutrons rapides à caloporteur sodium, dits surgénérateurs. Aujourd’hui, nous les appellerions réacteurs de quatrième génération : Phénix et Superphénix.

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Le concept de ces réacteurs est de brûler une importante partie des déchets issus des réacteurs traditionnels : les actinides mineurs (américium, neptunium, curium) à très longue durée de vie seraient transmutés, ainsi que l’uranium 238 ou le plutonium 239… Autant d’éléments inutilisés de nos jours. Résultats : les déchets ultimes verraient leur durée de vie réduite de 10 000 ans à 300 ans. Selon le CEA, la France disposerait de 2 500 à 3 000 ans de réserves avec les 250 000 tonnes de combustibles usés et de plutonium entreposés !

Le générateur de recherche Phénix, connecté au réseau en 1974, sera arrêté en 2009 à la suite de nombreux incidents. Le réacteur Superphenix, entré en service en 1984, sera pour sa part stoppé en 1997 par Lionel Jospin à la demande des alliés verts de la Gauche plurielle. Ce réacteur, d’une puissance de 1240 MW, avait pour but d’être le premier vrai réacteur industriel de quatrième génération sur la planète. Avec sa mise à l’arrêt, la France mettait aussi en quasi-sommeil son programme de surgénération. A la place, le pays mettait l’accent sur un programme franco-allemand : le développement de l’EPR, un réacteur sécurisé de troisième génération. S’ils constituent de gros travaux d’ingénierie, ces réacteurs ne constituent pas pour autant une véritable rupture technologique. Ils sont une évolution des réacteurs à eau pressurisée existants.

Aujourd’hui, la quatrième génération en France se résume à Astrid (Advanced sodium technological reactor for industrial). Un réacteur de recherche de 600MW, dont la construction devrait commencer en 2017 sur le site de Marcoule (Gard) pour un investissement de 650 millions d’euros. Si le CEA a passé un accord avec Bouygues pour la construction, la mise en route du chantier n’est pas encore actée par le gouvernement. La France, qui avait quelques dizaines d’années d’avance en la matière, se retrouve désormais à égalité avec les autres grands pays en pointe : Chine, Corée du Sud, Canada, Etats-Unis… Le pays de l’oncle Sam a même un raisonnement tout à fait particulier. Le pays, qui compte 104 réacteurs de deuxième génération, s’interroge sur la possibilité de sauter la troisième génération (EPR, AP1000…) pour se plonger de suite dans la quatrième génération. Un virage que la France n’a pas pu prendre et a désormais peu de chance d’engager.

Ludovic Dupin

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