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La forte tête d'Areva

Ludovic Dupin ,

Publié le

Martha Heitzmann-Crawford dirige la R et D d'Areva depuis le mois de mars 2011. Un destin atypique pour une femme dont l'ADN est avant tout écologique.

Un français à l'accent chantant, des « r » avalés, un rire franc et bruyant. Elle vous accueille avec chaleur, comme si vous la connaissiez depuis longtemps... Aucun doute, Martha Heitzmann-Crawford est une vraie Américaine. Depuis 1997, elle a choisi la France. En retour, l'industrie et la science hexagonales l'ont adoptée. Depuis son bureau de la Défense, décoré de quelques cactus, rappel de son Arizona natal, elle dirige la R et D d'Areva.

Pourtant, rien ne la prédestinait à se retrouver dans l'industrie. La jeune surdouée a grandi au sein d'un ranch bio. Neuvième de douze enfants, elle passe les journées auprès de son père qui s'occupe des animaux. Il lui prodigue ses leçons de choses sur la géologie et sur les écosystèmes... C'est dans ce contexte que naît la sensibilité verte de Martha. Pourtant, elle est aujourd'hui une figure de l'industrie en France. Un passage de huit ans à l'OCDE lui ouvre un hublot dans ce secteur. Martha Heitzmann-Crawford y trouve les pratiques environnementales négligées. « Si tu n'aimes pas ce qui sort de la cuisine, va faire la cuisine », lâche-t-elle dans un éclat de rire. En 2007, à son embauche chez Air liquide comme directrice R et D, l'un des dirigeants lui lance : « Nous savons que vous avez des convictions environnementales. Nous vous demandons de les garder dans votre poche. » L'Américaine refuse ces conditions... son futur employeur cède.

La culture du positif à l'américaine

Quatre ans plus tard, Anne Lauvergeon, alors présidente d'Areva, vient la chercher. Elle rejoint le groupe en mars 2011, quelques jours avant l'accident de Fukushima. Pas de quoi la faire fuir. « Une crise est le moment parfait pour faire bouger les lignes, tranche-t-elle. Il n'y a pas une source d'énergie sans impact écologique. L'important est de faire mieux avec moins ! » À peine arrivée, elle participe activement à la mise en place de l'usine d'enrichissement d'uranium Georges Besse II, qui divise par deux la consommation d'énergie du procédé. Puis, elle s'empare du passif environnemental des sites industriels du groupe. « Elle est énergique et respectée. Elle symbolise la culture du positif à l'américaine, où l'on est à la fois orienté résultats et libre de son expression », résume Luc Oursel, le président d'Areva, qui apprécie son habilité politique. Et pour cause ! Dès la fin de ses études, elle a travaillé avec le sénateur Al Gore à Washington.

Très vite, elle veut comprendre l'impossibilité à communiquer entre le Nord et le Sud sur les questions d'environnement. À 22 ans, elle s'envole vers les îles Marshall en Micronésie. Sa mission : conseiller le directeur de l'autorité de protection pour l'environnement local, organisme qui n'existe que sur le papier. Elle doit rester dix mois, elle part deux ans et demi plus tard en laissant un bâtiment, une flotte de voitures et de bateaux d'inspection, un laboratoire d'analyse de qualité de l'eau...

Cette femme de 44 ans puise son énergie dans son enfance. La règle de la famille était simple : « À 18 ans, tu te débrouilles. » Et d'expliquer : « Dès mes 7 ans, je savais déjà que je devrais trouver les moyens de financer mes études. Mais ce n'était pas une source d'angoisse. » Avancer en toute confiance est un trait de caractère. À la fin des années 1980, quand son père apprend qu'elle prépare un diplôme en écologie, un sujet pas encore à la « mode », il s'inquiète. Elle lui répond : « C'est toi qui m'as appris que si j'aimais vraiment quelque chose, je serais forte, je serais l'une des plus fortes. » L'avenir ne la dément pas.

Industrielle, Martha Heitzmann-Crawford est aussi une vraie scientifique, diplômée de Harvard. Elle a même un labo dans son appartement du sud parisien, où elle transmet sa passion à ses trois enfants. Elle est présente dans les conseils d'administration du CNRS, du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et de l'Agence nationale de la recherche (ANR). « Martha Heitzmann-Crawford aide le CNRS à déposer des brevets qui répondent aux attentes de l'industrie, décrit Alain Fuchs, le président du CNRS. Elle apporte beaucoup à la recherche française dans sa tentative de créer de grandes universités de recherche. » Modeste, elle analyse : « C'est un honneur que mon pays adoptif me demande mon avis. » En réalité, Martha cultive cet ascendant : « Influencer, c'est cela la vraie réussite. Après, que les idées soient marquées avec ton nom n'a pas beaucoup d'importance. »

Elle apporte beaucoup à la recherche française dans sa tentative de créer de grandes universités de recherche.

 

 

EN QUELQUES MOTS

  • Sa devise « Si on peut l'envisager, on peut le faire », qui lui a permis de ne jamais se fixer de limites.
  • Patrimoine industriel Passionnée de vieilles usines, elle emmène ses enfants les visiter pendant les vacances.
  • Multiculturelle Elle a choisi de fonder une famille multiculturelle et multilingue.
  • Surdouée Depuis l'âge de 5 ans, Martha Heitzmann a suivi les filières pour enfants précoces.

 

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