"La fonction de directeur sûreté a pris un essor considérable"

Olivier Hassid, directeur du Club des directeurs sécurité des entreprises (CDSE), revient sur la difficulté des entreprises pour recruter des responsables de la sûreté industrielle*. Il plaide pour une filière criminologie qui intègrerait les questions de sûreté industrielle.

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L'Usine Nouvelle : la fonction de directeur sûreté est-elle répandue aujourd’hui dans les entreprises ?

Olivier Hassid : Il y a cinq ans, je vous aurais dit que ce n’était pas fantastique. Aujourd’hui, c’est une fonction qui a pris un essor considérable, notamment avec le développement de la menace terroriste et de la criminalité organisée au cours des années récentes. Il faut tout de même apporter une nuance. Dans les PME et ETI, cette fonction peut-être "noyée" et être assurée par le PDG, le DRH, le secrétaire général ou le risk manager.

Ces questions de sûreté se rapprochent de plus en plus des notions d’audit et de "compliance". Dans d’autres cas le responsable est à la fois en charge des aspects de sécurité au travail et d’hygiène et sécurité et de sûreté, c’est-à-dire de gestion du risque criminel. Or quand il y a un directeur sécurité et sûreté, il peut être délicat pour la personne de réaliser correctement son travail sachant que ce sont deux problématiques au final très différentes.

Quel est le profil des directeur sûreté ?

Il faut faire attention à ne pas recruter n’importe qui. Une entreprise qui cherche à recruter un directeur sûreté recevra beaucoup de CV, mais les DRH ne sauront pas forcément qui choisir, car ils ne savent pas quelles compétences valoriser. Aujourd’hui, dans 70 % des cas, le poste est occupé par un ancien fonctionnaire : militaire, policier ou gendarme. Mais attention, une personne issue de l’administration n’a pas forcément en tête les préoccupations des entreprises : l’approche financière et d’investissement nécessaire à un chef d’entreprise, le leadership, la mise en place d’indicateurs évaluant l’efficacité du dispositif de sûreté…

Quelles sont les formations ?

Il y a trois grandes formations qui sont intéressantes et généralement accessibles à partir de BAC+3. Il y a l’INHESJ (Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice), qui s’adresse plutôt aux gens de l’entreprise qui n’auraient pas une culture de la sécurité. Ensuite le CNPP (Centre national de prévention et de maîtrise des risques) qui propose le cycle technique CERIC de lutte contre la malveillance. Enfin, il y a l’ESCP Europe qui propose une formation sécurité-sûreté de deux mois.

Deux universités (Paris 1 Panthéon-Sorbonne et Paris Ouest Nanterre) proposent également des masters en management des risques qui intègrent ces questions. Ce qu’il nous manque aujourd’hui en France, c’est une grande filière "criminologie" qui irait du BAC au BAC+5 et qui intègrerait ces questions de sûreté. Il y a une lacune, et c’est dommageable. Car cela s’apprend. Il manque également un "vernis sûreté" dans les formations de futurs dirigeants d’entreprises, que ce soit Polytechnique, HEC ou les écoles d’ingénieurs.

Y a-t-il une reconnaissance des formations effectuées ?

Non. Aux Etats-Unis, il existe un certificat nommé Certified Protection Professional (CPP) qui est reconnu par les entreprises. Cela n’existe pas en France, mais il y a des réflexions au sein du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS, établissement public sous tutelle du ministère de l’Intérieur chargé de l’agrément et du contrôle des professions de sécurité privées).

Propos recueillis par Patrick Déniel

* :La sureté regroupe l’ensemble des mesures de protection pour lutter contreles actes de malveillances, tandis que la sécurité industrielle vis un fonctionnement sans danger des installations pour les employés et les populations avoisinantes.

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