La "finance", le meilleur ennemi des candidats

Après avoir tapé sur eux pendant la campagne, le Président élu ou réélu dimanche devra gagner la confiance de tous ceux qui assurent le financement de l’industrie.

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Souvenez-vous, ce fut sans doute le passage le plus théâtral du premier grand meeting de François Hollande, au Bourget, le 22 janvier dernier: "Il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu et pourtant il gouverne: cet adversaire, c'est le monde de la finance. Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies." Ce monde-là, c'est l'ennemi séculaire de la gauche, au moins quand elle est en campagne. François Mitterrand aussi, en novembre 1980, dénonçait à Carmaux, la ville de Jean Jaurès, les "puissances de l'argent", qu'il promettait de défier "le regard clair"... avant de libéraliser les marchés financiers dans les années qui suivirent.

Nicolas Sarkozy peut bien ironiser sur la posture de son adversaire. Lui aussi n'a cessé de dénoncer les méfaits de la finance, depuis que les subprimes américaines ont déclenché une crise qui s'est disséminée partout. Durant la campagne, il a continué de taper sur l'ennemi invisible, comme dans son discours de la place de la Concorde, le 15 avril dernier : "Le nouveau modèle français répondra au besoin de justice parce qu’il ne sera plus soumis à la dictature de la finance, à sa tyrannie de la rentabilité à court terme."

La réforme du système bancaire et la régulation de la finance seront donc au programme, quel que soit le Président élu. Nicolas Sarkozy a d'ailleurs déjà fait voter, dans les dernières semaines du quinquennat, une taxe sur les transactions financières. François Hollande compte aller plus loin. Il demandera aux banques de séparer, selon des modalités à préciser, leurs activités de dépôts de celles d'investissement.

Les deux candidats, que les Français départageront dimanche, ont sans doute raison de tomber à bras raccourcis sur les excès des marchés, sur ces mécanismes financiers si sophistiqués que ceux qui les utilisent ne maîtrisent même pas, alors qu'ils ont un infini pouvoir de nuisance économique et social. Pourtant, le candidat qui gagnera dimanche devra changer de ton dès le lendemain de son élection. Il devra remiser le concept flou du "monde de la finance" pour se faire plus précis.

Surtout, pour créer les conditions d'un retour à la croissance, il devra gagner la confiance de tous ceux qui assurent le financement de l'économie. Banquiers, gestionnaires d'actifs, fonds d'investissement, business angels, actionnaires individuels, aucun d'entre eux ne doit se détourner des entreprises françaises. Après les avoir diabolisés, il va falloir les amadouer. La France a besoin d'industrie, et l'industrie a besoin de capitaux !

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