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L'Usine Maroc

"La finance islamique pourrait représenter entre 10 et 20% du système bancaire du Maroc", selon Mohamed Damak de Standard & Poor's

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Entretien Le Maroc doit promulguer fin 2014, une loi bancaire permettant l'usage de transactions en conformité avec la finance islamique. Un marché réglementé depuis 2007 par une circulaire de Bank Al Maghrib, la banque centrale du Maroc.  Mohamed Damak, analyste économique spécialiste de la finance islamique chez Standard & Poor's fait le point des enjeux  pour L'Usine Nouvelle.

La finance islamique pourrait représenter entre 10 et 20% du système bancaire du Maroc, selon Mohamed Damak de Standard & Poor's
Mohamed Damak est spécialiste de la finance islamique chez Standard & Poor's
© standardandpoors

Le Maroc doit faire adopter par son Parlement en principe d'ici à la fin de l'année un ensemble de lois sur la banque, la titrisation et les assurances associant les acteurs du marché à une finance islamique "sharia compliant", à savoir compatible avec les principes de la loi islamique.

L'Usine Nouvelle a demandé à Mohamed Damak, analyste économique spécialiste de la finance islamique au sein de l'agence Standard & Poor's de faire le point sur l'état et les enjeux de ce segment financier en forte croissance au Maroc et dans le monde. 

L'Usine Nouvelle : Le Maroc, compte d'ici à la fin de l'année, mettre en place un cadre législatif permettant la pratique et le développement de la finance islamique. Où en est ce pays?

Mohamed Damak : La finance islamique y reste très embryonnaire. En 2007, Bank al-Maghrib, la banque centrale marocaine a autorisé quelques produits de finance islamique comme les Ijara ou Mourabaha [sortes de crédits à la consommation NDLR] mais ces produits n'ont pas vraiment décollé faute de cadre règlementaire adéquat. [L'encours total de ces produits ne dépasse pas 91 millions d'euros selon le ministère des finances NDLR].

Aujourd'hui, il est en passe d'être approuvé par le parlement. Selon nos analyses, dans un délai de 3 à 5 ans, les actifs de finance islamique pourraient représenter entre 10 et 20% du système bancaire du Maroc.

Et au Maghreb ?

La Tunisie devrait lancer l'émission de sukuks variant entre 200 et 500 millions de dollars. Ce sont des instruments de financement de marché comparables aux obligations de la finance conventionnelle.

Il existe dans ce pays deux banques islamiques tunisiennes dont la filiale d'une banque basée à Bahrein, Albaraka Banking Group et une banque à capitaux tunisiens Zitouna Banque. Pour l'instant, ce marché est encore jeune. Il a besoin de temps pour se développer.

Et en Afrique subsaharienne ?

L'Afrique du Sud a émis des sukuks de 500 millions de dollars. Il y a eu aussi des émissions en FCFA pour le Sénégal et en Gambie ou la banque centrale émet régulièrement des sukuks. On peut penser que les besoins significatifs en infrastructures du continent puissent être financés selon les principes de la loi islamique au fur et à mesure que les pays africains se familiarisent avec ce mode de financement.

environ 1800 milliards de dollars

Quel est le poids de la finance islamique dans le monde ?

Elle représente environ 1 800 milliards de dollars et enregistre une croissance moyenne de 17% par an sur les 5 dernières années. Concernant le marché des sukuks, au 30 septembre, le volume total d'émission a atteint 97 milliards de dollars. Nous nous attendons en 2014 à ce que le volume total des émissions dépasse les 100 milliards de dollars.

Qui peut être intéressé par la finance islamique ?

Au côté des émetteurs et des investisseurs du Moyen Orient ou de la Malaisie, nous pensons que de plus en plus d’émetteurs regardent la finance Islamique comme une alternative pour le financement de leurs économies particulièrement à travers l’émission de sukuks.  Cette année nous avons observé des émissions de la part de notamment de Honk-Kong, du Royaume-Uni, du Luxembourg et d'Afrique du Sud. Au niveau des banques, Goldman Sachs a émis un sukuk de 500 millions de dollars qui a attiré 85% d'investisseurs du Moyen Orient.

Et en France ?

Il n y a pas eu encore d'émission souveraine de sukuks. Ce qui n'a pas empêché une grande banque française comme la Société Générale d'émettre un sukuk en Malaisie.

60% de chances d'attirer les investisseurs du Moyen Orient et de l'Asie

Quels avantages trouvent les investisseurs à s'intéresser à la finance islamique ?

Selon notre étude d'avril, si un émetteur situé hors du Golfe et de la Malaisie décide d’émettre un sukuk, il a 60% de chances d'attirer les investisseurs du Moyen Orient et de l'Asie. Les émissions de sukuks permettent aussi de diversifier la base d’investisseurs.

Quels sont les principes de la finance islamique ?

Ils sont au nombre de cinq. L'interdiction de l'intérêt [riba NDLR], la prohibition de toute spéculation [gharar NDLR], le partage du profit et des pertes, l'existence d'un actif sous-jacent à la transaction et l'interdiction de financement des secteurs illicites comme les jeux de hasard et de casino, les activités en relation avec l’alcool, l’élevage porcin, l’armement ou l’industrie cinématographique pornographique.

Qui se charge de vérifier que ces principes ont bien été respectés lors d'une transaction ?

Un conseil de conformité réunissant des spécialistes indépendants en loi islamique valide la conformité des produits bancaires islamiques et des sukuks.

Quelle monnaie est utilisée dans la finance islamique ?

Depuis le début de l’année, 20% des émissions de sukuks ont été faites en dollars, le reste se fait en monnaie nationale. Le choix de la monnaie d'émission dépend aussi des besoins de l'émetteur.

La finance islamique peut-elle constituer une alternative aux crises de la finance occidentale ?

Sur les trois dernières décennies, la finance Islamique a gagné en crédibilité et en visibilité. Beaucoup de clients ont été séduits par ses principes. Cependant, étant donné sa forte corrélation à l’économie réelle, du fait du principe de l’actif sous-jacent nécessaire à toute transaction en finance islamique, elle reste aussi vulnérable que la finance conventionnelle aux variations du cycle économique.  

Propos recueillis par Nasser Djama


Panorama de la finance islamique selon Standard & Poor's (en anglais)

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